L’ auberge de l’Ange par la grâce de la cuisine d’Ester Scherer, née Haüsser (1730-1818)

L'ANGE

L’ange de la salle de restaurant a donné son nom à l’auberge. Photo: I. Scherer 2009

En 1753, Jean Christophe SCHERER (1715-1788), cordonnier, veuf de Maria Barbara Appel ( 1715-1752) dont il a quatre enfants, se remarie avec Ester-Suzanne Haüsser (1730-1818). C’est le talent culinaire de cette femme qui est à la base de la réussite de l’auberge de l’Ange.
«  Sans forfanterie, on peut dire que ses pâtés et sa pâtisserie l’ont fait connaître dans toute la province ».

Fille de boulanger, Ester-Suzanne est douée pour la cuisine: son mari et elle décident donc de profiter de ce talent pour ouvrir une auberge et le couple cherche une occasion. Ayant d’abord pensé acheter l’auberge de l’Etoile qui lui passe sous le nez, Jean Christophe et Ester-Suzanne acquièrent l’auberge de l’Ange et se lancent aussitôt dans d’importants travaux pour agrandir la salle.

auberge de l'ange Wissembourg IH

L’auberge de l’Ange Wissembourg. Photo : I.Scherer 2009

L’affaire marche bien.
En 1776, Jean Christophe fait installer un billard qui est extrêmement à la mode en ces temps là et commence à servir du café.
En 1787 nouvelle extension de la salle.

Après la mort de son mari en 1788, Ester poursuit l’exploitation de l’auberge avec l’aide de ses enfants. En 1793, elle cède l’affaire à son fils Jean SCHERER (1757-1830) et se retire en compagnie de ses filles Marguerite et Rosine.

Jean Scherer se marie en 1795 avec Eve Elisabeth Heindenreich. Ils auront six enfants dont seule une fille, Marguerite aura une postérité.
Jean décède en 1830 et l’auberge de l’Ange passe alors à l’un de ses neveux, Louis Frédéric Auguste SCHERER (1810-1871), dit Louis, mon trisaïeul, fils de Jean-Georges SCHERER (1765-1822) aubergiste brasseur à la Couronne.

Les notes du livre « l’Outre Forêt dans la tourmente révolutionnaire »(1) nous racontent que « l’Auberge de l’Ange fût tenue jusqu’en 1870 par la famille Scherer et qu’elle bénéficiait d’une excellente réputation pour a finesse de sa cuisine et la qualité de ses vins ( en particulier ses inimitables côtelettes). »

D’ailleurs dans la famille Scherer la bonne chère et l’hôtellerie sont de tradition. Les femmes épousent des bouchers, des vignerons, des confiseurs. Les hommes, quand ils ne poursuivent pas les premières traditions de leur aïeul autour des vêtements (cordonnier, tailleur etc), sont aubergistes, cafetiers ou brasseurs.

Il y a plusieurs anecdotes sur l’auberge. En voici quelques unes. Merci de compléter si vous en connaissez d’autres.

Albert de Saxe Cobourg Gotha, mari de la reine Victoria d’Angleterre s’arrête à l’auberge de l’Ange et apprécie tellement la cuisine qui y est faite qu’il repart avec le chef cuisinier, Eugène OTT .
En 1864, celui-ci qui séjournait à Bonn avant de rentrer en Angleterre, est assassiné par une clique de jeunes gens ivres parmi lesquels le comte Eulenburg qui lui porte le coup fatal. Comme la Prusse n’accorde aucune indemnité à la famille, la presse d’opposition hurle au scandale: 20 000 alsaciens signent une pétition envoyée au sénat et les Erckmann Chatrian publient un pamphlet à ce propos (1).
Le débat fait rage autour de l’impunité dont jouissent les militaires prussiens :
La gazette du Rhin s’indigne : « Peut-on imaginer un membre éminent de notre société, proche du gouvernement, traîné devant le juge pour un cuisinier ?»
Ce à quoi, Eulenburg étant finalement condamné à 9 mois de forteresse, le journal anglais Spectator répond : «  La peine, si elle est appliquée, sera à porter au crédit des autorités militaires prussiennes, car bien que peu sévère, c’est  déjà quelque chose qu’elles pensent que la vie d’un cuisinier français ait quelque valeur. »

En 1863, le maréchal de Mac Mahon y donne un banquet.

Le 14 septembre 1870, le nouveau préfet républicain du Bas-Rhin, Edouard Valentin, fût caché par Albert Boell ( avocat et député) à l’Ange, pourtant pleine d’officiers prussiens.

La guerre de 1870 porte un coup fatal à l’auberge, Louis SCHERER meurt le 21 mai 1871.  Ses  deux fils sont en France et optent pour la nationalité française. La reprise de l’affaire est alors impossible sous l’occupation allemande. Juste avant ou après la mort de Louis, l’auberge est vendue à un allemand tandis que ma trisaïeule, Louise Bourguignon (1816-1890) se retire.

Louise Bourguignon et Louis Federic Scherer vers 1865

L’auberge de l’Ange est aujourd’hui le restaurant de l’Ange et est tenu par la famille Ludwig.

Le métier ne se perd pas pour autant.

« Après la guerre franco-allemande, le nombre de brasseries et d’établissements alsaciens augmenta car beaucoup d’Alsaciens fuirent à Paris. Beaucoup d´entre eux brassaient leur propre bière alsacienne, qui était servie par des serveuses qui avaient remplacé les garçons de café.« (2)
Jules Albert Scherer ( Wissembourg 1845- Paris 1909), deuxième fils du couple, devient, lui, directeur du Grand Hotel de Bade, 32 boulevard des Italiens à Paris qui est maintenant partagé entre l’hôtel LONDON et le cinéma UGC.

32 bd des italiens

32, boulevard des italiens. Paris.

A l’époque le boulevard des Italiens est au coeur du quartier  « branché » de la capitale. On y trouve, des théâtres, des restaurants et des cafés célèbres comme le café Riche, le café de Paris ou le café de Bade au rez-de-chaussée de l’hôtel.

Dans l’une de ses chambres, des anarchistes russes assassinent le général Silverstoff, chef de la police politique du tsar Alexandre III, le 30 novembre 1890.

Assassinat Seliverstoff

La hune du Petit Parisien 1890

Tandis qu’après 1852, se retrouvent, au café de Bade, les amis de Baudelaire: Asselineau, Danville et Philoxène Boyer.

Baudelaire au café de Bade

Baudelaire au café de Bade par Félix  Regamey (1844-1907)

Marié à Marie-Louise Schmidt (1860-1921) de Bischwiller, Jules Albert a quatre enfants dont un fils, Jules Scherer, époux d‘Alice Fraissinet, donc cousin germain de mon père, qui reprend l’affaire de son père jusque dans les années 20 où il cessera ses activités à la suite d’un différent avec un associé.

L’amour de la cuisine est toujours bien présent dans la famille. Ceux qui font des stages chez Valrhôna ou ceux qui commandent des casseroles en cuivre pour Noël se reconnaîtront!!

 

Sources :

 

Publicités

3 commentaires sur « L’ auberge de l’Ange par la grâce de la cuisine d’Ester Scherer, née Haüsser (1730-1818) »

  1. Bonjour, je continue de lire vos articles, même si je ne commente pas souvent.

    J’avais aussi réussi à acquérir l’intéressant ouvrage qui mentionne la chronique Scherer et leur vie d’aubergistes, mais je ne connais pas d’autres anecdotes.

    Et j’apprends à l’instant également celles sur le Grand Hôtel de Bade. La seule chose que je puis ajouter à ce sujet est qu’au tournant du siècle un changement de mobilier fût effectué (la mode passant) et que de magnifiques meubles et lustres Empire furent alors stockés au grenier par dizaines à prendre la poussière. Les repreneurs firent une bonne affaire…

    J'aime

  2. C’est super d’éclaircir l’histoire mystérieuse de nos ancêtres Scherer ! Surtout qu’on comprend mieux l’origine de certaines passions familiales !
    Merci pour toutes ces enquêtes et ces résultats passionnants.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s