Joseph Etienne Aubry peintre normand en rupture de banc

Joseph Etienne était passionné de peinture. Un document familial dit même qu’il fait le voyage d’Italie. Désargenté, il dut vivre de sa peinture ce qui le fit déroger donc perdre son statut de noble puis le retrouver car la dérogeance n’était pas toujours définitive.

Une fois n’ est pas coutume, commençons par l’acte d’inhumation de Joseph Etienne le 23 février 1789, « décédé hier ». Sur cet acte il est nommé écuyer. Sur l’acte de baptème de son petit fils Jean Baptiste en 1784, Joseph est nommé « noble homme », il est nommé sieur mais « père de noble homme Joseph Michel Antoine » lors du mariage de ce dernier en 1783. Il est « sieur » et sa femme « dame » lors du baptème de Jean Michel Antoine en 1755, n’est rien du tout mais qualifié de « peintre » lors du baptème de son deuxième fils, Thomas, en 1760.

Des inconvénients de la vie d’artiste pour un noble du XVIIIème

Lors de son mariage, le 8 novembre 1753 en la paroisse ND rue Froide de Caen, aucune mention particulière d’un état de noblesse, pas même pour son père Jacques Aubry Delanoë, ni pour sa mère, Julie Marie Madeleine Binet tous deux déjà décédés à cette date. Par contraste, dans tous ces registres, les célébrants ne manquent pas d’indiquer les titres des nobles qui se marient ou baptisent leurs enfants dans l’église i.e. noble, dame, écuyer, etc. Il semble donc que Joseph ne soit pas (ou plus) considéré comme noble et que sa noblesse n’ait été reconnue que dans la deuxième partie de sa vie. Une explication se trouve dans l’ouvrage de Gilbert Bodiner (2005) où l’on voit Thomas Aubry, son fils cadet, perdre son emploi de mousquetaire à cause de l’état de peintre de son père. De fait, Joseph Etienne Aubry est qualifié de peintre sur le rôle du vingtième de Carpiquet où il apparaît en 1773 sous le numéro 109 « comme peintre, hériter à cause de son épouse du S(ieu)r Lecanu Descourtchamps, héritier de Thomas Le Canu son père » puis en 1777 comme peintre « possédant maison et jardin et six ares de bonne terre labourable ». Il figure au rôle de la capitation de Caen comme peintre, ainsi qu’en 1773, 1779, 1782 et est domicilié place Royale, paroisse Notre Dame (Bénet, 1899). D’après l’association Cadomus, Joseph Etienne a vendu sa maison de la place Royale et, vers 1780 (les dates correspondent donc à peu près avec les rôles de la capitation), a été construit à sa place l’hôtel Paisant, encore debout après les bombardements de 44.

Dans les nobiliaires du XIXème siècle et le document familial il est précisé qu’un jugement rendu le 11 octobre 1784, par M. Feydeau, intendant de la généralité de Caen l’a maintenu dans sa noblesse. Cela est cohérent avec le changement d’appellation observé cette année là et avec la mention de son fils Thomas comme « écuyer » lors de son mariage en 1791. C’est une information un peu étonnante. D’après l’archiviste des AD du Calvados : il n’est normalement pas du ressort d’un intendant de signer les maintenues de noblesse car la décision dépend du conseil du Roi, a fortiori d’en décider par jugement. En général les actes se trouvent à Paris aux Archives Nationales et sont enregistrées à la Cour des Aides dont le titulaire dépend (Rouen en l’occurence) et dans toutes les autres cours et baillages car la publicité de l’acte doit être maximale notamment pour des raisons fiscales. Il existe un certain nombre d’actes de maintien de noblesse en série B et E à Caen mais les dossiers explorés ne donnent rien. Il n’y a rien en série A. Il me faudra retourner à Rouen rechercher les enregistrements de la cour des aides.

Joseph Etienne est mentionné comme peintre dans plusieurs ouvrages sur les artistes de l’époque:

  • « Peintre travaillant à Caen dans la deuxième moitié du XVIII ème siecle » (Benezit, 1924).
  • « Il prend sous son aile Jacques Noury (1747-1832), qui deviendra un petit maître normand, et lui apprend la peinture jusqu’à sa 20ème année. Il sera son seul professeur… Carpiquet doit à Aubry de La Noë deux des tableaux qui ornent son église. Ces tableaux étaient en 1944 au bas de la nef et doivent être considérés comme des tableaux de valeur. Au sujet de ces deux tableaux, un registre des délibérations de la paroisse de Carpiquet nous apprend qu’en 1776, Aubry de La Noë, peintre de Caen et tréfoncier de la paroisse de Carpiquet, avait été chargé de faire deux tableaux, l’un de saint Martin, l’autre de sainte Anne pour le grand autel qui venait d’être construit, et ce aux frais de la fabrique : « qu’Aubry les a faits de très bon goût et de prix, mais il n’a voulu y en mettre aucun. Il en fait présent à la fabrique. » Sur quoi les paroissiens reconnaissants le déchargent d’une rente de 3 livres qu’il était tenu de faire, pour la place de banc qu’il occupe dans l’église. Ce tableau de sainte Anne figurait à l’Exposition d’art religieux qui se tint à Caen sur le terrain de la Foire-Exposition, place d’Armes, dans la semaine qui a précédé la guerre, en 1939. Il existe dans l’église de Carpiquet un troisième tableau représentant le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste. Les habitants l’attribuent également à Aubry de La Noë » (Bonnel, 1945).

Frédéric Delanoë avait de qui tenir ! Je suis allée à la recherche des tableaux de l’église mais elle était fermée. Il semblerait qu’il ne reste plus rien dans le bâtiment lequel a quand même survécu aux bombardements.

Eglise de Carpiquet. Photo: I Scherer 2019


Via son épouse, Joseph Etienne hérite aussi, après la mort de Thomas Le Canu, de biens dans la paroisse de Verson (Hunger,1908) et le rôle du vingtième indique qu’il est également imposé à Bretteville.

Joseph a donc épousé en 1753 Julie Gabrielle Le Canu d’une famille de notables de Caen. L’acte de mariage indique l’âge approximatif de Joseph en 1753 : 40 ans environ (42 ans si on se réfère à son acte de décès) donc né entre 1710 et 1713 et celle de Françoise Julie Gabrielle, 19 ans environ. Joseph Etienne se marie sur le tard et avec une beaucoup plus jeune femme. Notons que Bonnel (1945) affirme que Joseph était né à Caen en 1711 et que sa femme était âgée de 15 ans et demi lors de leur mariage tandis que Mergnac et al (1993) qui semblent se fonder sur Révérend (1897), donnent une date précise pour la naissance de Joseph : le 24 novembre 1710. Malheureusement les archives sur lesquelles sont basés ces ouvrages écrits avant la première guerre mondiale, n’existent plus tout ayant brûlé pendant la seconde guerre mondiale.

Joseph Michel Antoine semble être le seul fils légitime issu de ce mariage.


Il avait un frère aîné, Charles, cité par Jouglas de Morenas (1975) qui, selon le document familial (qui ne mentionne pas son prénom), n’a pas survécu. Il n’apparait pas dans les autres nobiliaires.

Sources :

  • http://www.cadomus.org/ Contact avril 2019. L’association reconstitue en 3D le Caen d’avant guerre.
  • Benezit, Emmanuel : « Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs & graveurs de tous les temps et de tous les pays ». Tome 1 A-C, Grund ed. 1924, page 262
  • Bénet, Armand : « Note sur les artistes caennais du XVIII ème siècle ». Réunion des sociétés des beaux arts des départements. 1899
  • Bodinier, Gilles : « Les gardes du corps de Louis XVI » Mémoires et documents ed. 2005.
  • Bonnel (colonel) : «Le peintre caennais Jacques Noury (1747-1832)» Bulletin de la société des Antiquaires de Normandie. Séance du 1/12/945. En ligne sur Gallica : ark:/12148/bpt6k96051309. Consultation 9 octobre 2018.
  • Hunger, V : « Histoire de Verson » Brunet ed. 1936. En ligne sur Gallica: ark:/12148/bpt6k5726038j. Consultation 10 octobre 2018
  • Jouglas de Morenas, Henri : « Grand armorial de France » Tome 1. Frankelve et Berger-Levrault ed. 1973
  • Mergnac, Marie Odile, Pirez Marie-Anne, Trouvelot Marie Hélène : « Les Aubry » Archives & culture ed. 1993
  • Révérend, Albert Vt : « Annuaire de la noblesse de France » 1897.

©Isabelle Scherer 2020

Joseph Michel Antoine Aubry : une vie mouvementée

Joseph Michel Antoine Aubry, écuyer, sieur de la Noë, est officier de garnison du régiment de Chartres infanterie. Il est appelé noble homme ce qui est preuve de noblesse en Normandie mais pas toujours ailleurs. La noblesse est confirmée par la mention «écuyer ».

Officier au régiment de Chartre infanterie. Le régiment a été créé le 14 novembre 1691 à Chartres. Le site ancestramil qui recense les fiches du Général Susane sur les divers corps de l’armée française (Susane, 1876), nous explique que :

« Revenu sur le Rhin au commencement de 1758 le régiment de Chartres cessa de faire partie des armées actives et fut exclusivement employé à la garde des places jusqu’à la fin de la guerre… Pour la période qui nous préoccupe, en 1784, le régiment est commandé par Jacques Philippe VERNON du HAGET, il se trouve à Valenciennes puis au Quesnoy en 1785. Le 1er janvier 1784 il se trouve à Charlemont en octobre 1786, à Givet en juin 1787, à Landrecies et Avesnes en mars 1788. Au mois de juillet de cette année il se rend à Blois, et il revenait à Avesnes en octobre. Il fut de là à Givet et à Charlemont en avril 1789, et il revint encore une fois à Avesnes en juin 1790 pour passer à Douai au mois d’octobre.« 
Un document de famille raconte que Joseph Michel Antoine est entré au service comme volontaire, en 1773 et qu’il a été officier dans les régiments provinciaux de Mantes et de Chartres, jusqu’en 1785. Il m’est impossible de vérifier ces informations à Vincennes au Service des armées car les documents concernant ces régiments sont en cours de numérisation mais cela correspond aux indications mentionnées sur les actes de baptème des enfants.

Propriétaire terrien

Le document raconte ensuite qu’il s’est installé à Tourlaville en forêt de Brix, où il prit des terres « en fief » du comte de Provence et a créé la ferme de l’Aubrisserie dont la perte est toujours dans la mémoire familiale.

Ces éléments semblent exacts. En effet :
Ses deux derniers fils sont nés à Tourlaville qui est, à cette époque, en pleine forêt de Brix.
L’histoire du comte de Provence semble réelle : « Forêt royale, autrefois immense, qui couvrait jusqu’au début de l’époque moderne une grande partie du Cotentin, la forêt de Brix a été progressivement défrichée, les derniers pans étant aliénés par Louis XIV au profit de Phélipeaux, puis revendue à Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence, frère de Louis XVI qui la sous-inféode à des défricheurs. »
L’Aubrisserie figure sur le cadastre Napoléonien de Tourlaville (1814) près de la Glacerie aujourd’hui sur la commune de Cherbourg. Cette propriété est tellement mythique dans la famille que je décide d’en avoir le coeur net et prends rendez-vous avec l’actuelle propriétaire qui ne peut m’en dire plus. Il ne reste pas grand chose du lieu qu’a connu Joseph Michel Antoine mais l’allée figurant sur le cadastre existe toujours et la disposition des bâtiments est la même.

La ferme est assez isolée, le défrichage de la forêt se sent encore. La propriétaire m’a raconté que le toit était tenu par des troncs d’arbres entiers (malheureusement enlevés depuis) lorsqu’elle a repris les bâtiments qui étaient en ruine. Les bois commencent à quelques centaines de mètres…

Royaliste

Joseph Michel Antoine doit choisir entre la royauté et la République et il choisit la royauté. Le nobiliaire universel de France (Viton de Saint Allais,1836) indique qu’il fût chef de division des armées catholiques et royales de l’ouest en 1790, le Bulletin de l’Avranchin nous apprend que « rentré d’émigration en 1796, il organisa la division de Dives et fut arrêté en 1804 pour la conjuration de Cadoudal. La restauration le nomma gouverneur d’un des palais royaux».

Quelle trace trouve-t-on de son émigration ?

La chouannerie normande est moins connue que celle de Bretagne ou de Vendée. Elle est menée par Louis de Frotté lors de deux campagnes (1795-1796) et (1799-1800). Michel Antoine Joseph aurait donc participé à la deuxième. De fait, son nom est mentionné dans l’ouvrage de La Sicotière (1889) sur Louis de Frotté l’un des chefs de l’insurrection normande et dans les mémoires de deux chouans : Michelot Moulin (Moulin,1893) et Billard de Veaux, (Billard de Veaux, 1814) mais de façon peu flatteuse. Le premier mentionne que la division de Dives, organisée avec Bruslart « ne rendit que peu de services au parti », le second partage la même opinion : « Deux jours après, (Monsieur de Montciel) m’écrivit pour m’engager à passer chez lui aux Tuileries sur les huit heures du soir. Je m’y rendis avec M. de Lanoë-Aubry qui m’avait prié de le lui présenter. (Il ne m’a pas présenté depuis à ses connaissances, lui qui en avait de si bonnes et qui avait fait si peu de choses, pour ne pas dire rien!) ». Billard de Veaux ne l’apprécie pas du tout et en parle plusieurs fois de façon méprisante dans ses mémoires (mais il en est ainsi pour la plupart de ses anciens camarades). Joseph Michel Antoine ne lui en veut pas puisqu’il fait partie des « officiers supérieurs de l’armée catholique et royale de Normandie » signataires des états de services de Billard de Veaux, le 13 juin 1814. D’après le Bulletin de l’Avranchin, Joseph Michel Antoine est ensuite pris dans la deuxième conjuration de Cadoudal contre Bonaparte.

Avec quelques conjurés Cadoudal tente de mettre au point un plan visant à enlever Bonaparte et à le livrer aux Britanniques. Il gagne à sa cause le général Jean-Charles Pichegru mais ne parvient pas à s’entendre avec le général breton et très républicain Jean Victor Marie Moreau.Trahi, Cadoudal est arrêté par la police de Fouché le 9 mars 1804. Du 27 mai au 9 juin il est jugé avec plusieurs autres conjurés, il reconnait avoir comploté contre le premier consul mais nie avoir participé à l’attentat du 24 décembre 1800. Cadoudal est finalement condamné à mort, ainsi que 12 autres conjurés, et exécuté le 25 juin 1804. » La consultation de l’acte d’accusation de Cadoudal ne me permet pas de retrouver le nom de Joseph Michel Antoine parmi les accusés ce qui laisse penser qu’il a joué un rôle mineur dans cette affaire.


Gouverneur

Puisque Joseph Michel Antoine a émigré, l’Aubrisserie a peut-être été vendue comme bien national. Malheureusement la liste des biens nationaux n’existe plus pour Tourlaville. Si cela n’a pas été le cas, participer à une conspiration contre Bonaparte n’était pas la meilleure façon de se voir restituer ses biens.
Après la restauration, en 1814, Joseph Michel Antoine est dit gouverneur d’un des palais royaux, celui de Rambouillet selon le document familial (il existe une section « Maison du Roi » aux AN de Pierrefite qui sera à explorer lors d’un prochain voyage en France pour en avoir la preuve). Il est fait chevalier de Saint-Louis le 20 août de la même année et se retire à Caen où il meurt le 20 février 1836. L’acte de décès mentionne que Joseph Michel Antoine était né dans la paroisse Saint Jean de Caen et qu’il est âgé de quatre vingt ans, neuf mois. Son acte de baptème date du 26 mai 1755. Le parrain est Guillaume Leroy, la marraine Marguerite Lecarpentier qui signent tous les deux.

Mariage

Il avait épousé Marie Anne Angélique Duprey le 19 février 1783 à Carpiquet (Calvados) et obtenu pour cela, une dispense de bans enregistrée au greffe des insinuations du diocèse de Bayeux. De ce mariage naissent trois enfants :


La dernière adresse du couple est le 37 rue de Bretagne, Bourg l’Abbé.

Sources:

https://www.ancestramil.fr/cms/recherche-au-shd-vincennes.html Consultation 4 octobre 2018.

Archives départementales du Calvados

Frederic Delanoë (1789 – 1861) peintre d’histoire

Frédéric est né à Tourlaville  le 8 juillet 1789. Comme ses frères Jean Baptiste Joseph et Antoine,  il vit à Valognes avec sa mère Angélique Duprey de Mesnillet pendant la Terreur,  retourne travailler la terre de l’Aubrisserie à l’adolescence puis doit vite trouver un emploi.

Doué pour le dessin, peut-être inspiré par les oeuvres de son grand-père Joseph, il devient l’élève de David. Il signera d’ailleurs une pétition  des anciens élèves du maître à Louis XVIII pour demander le retour en France du peintre émigré, sans résultat. (5)

Peintre d’histoire, il expose au Salon de Paris de 1822 à 1838. En 1830 il quitte Paris au moment de la révolution de juillet qui voit la chute de Charles X et s’installe à Pontlevoy près de sa belle-mère. De 1835 à 1846, il est professeur de dessin au collège de Pontlevoy et a laissé plusieurs fresques dans la chapelle de l’établissement. Cet emploi ne suffit pas à nourrir sa famille. De retour à Paris, il habite rue d’Enfer ( où se trouve maintenant l’école des Mines boulevard Saint Michel)  et obtient la charge de commissaire du Gouvernement aux chemins de fer de Sceaux en 1848. Il a près de 60 ans. Il meurt à Paris le 24 septembre 1861.

Il épouse sa cousine germaine, Louise Adelaïde Duprey de Mesnillet ( 1794-1852) le 23 mars 1823.

De cette union naîtront  quatre enfants :

Paul Emile en 1826. Il semble être mort dans l’enfance

Pauline en 1827.  Célèbre pour sa beauté, elle meurt à 19 ans en 1847 à Paris.

Sophie (1828-1900)

Albert (1841- 1885)  sujet d’articles précédents voir ici et ici

Liste des oeuvres (4)

Date inconnue

  •  Philippe d’Orléans. Musée de Versailles (4)
  • Femme dans un intérieur
  • Portrait du Roi Louis Philippe. Musée de Vernon (27)
  • St Vincent de Paul prêchant à des villageois. Eglise Saint Germain l’Auxerrois, Paris (4)
  • Portrait de sa fille Sophie
  • Portrait de son neveu

Date connue :

  • 1818 Mort d’Alcibiade (1)
  • 1819  Tobie
  • tobie
  • 1821 Cephaîe et Procris (1)
  • 1822 La mort de Procris (présenté au salon de 1822) (2)
  • 1824 Mort d’Héraclée
  • 1827 Sainte famille. Eglise Saint Jacques du Haut-Pas, Paris. (4)
  • 1827 Saint Jean écrivant l’Apocalypse à Patmos. Cathédrale de Montauban.
  • 1830 Portrait de femme en pied
  • 1834 Portrait du cardinal d’Amboise
Georges Ier, cardinal d'Amboise (1460-1510)

 

Vouet Simon (1590-1649) (d’après) Georges Ier, cardinal d’Amboise (1460-1510) Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon Photo (C) RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

1835

  • Portrait de Pauline Delanoë sa fille.
  • Jean-Mathieu-Philibert Sérurier, lieutenant-colonel au 68e de ligne en 1792 (1742-1819). Musée de Versailles.
Delanoe Frédéric (1800-vers 1870). Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon. MV2390.

Delanoe Frédéric 
Jean Mathieu Philibert Serurier (1742-1819)
Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon
Photo (C) Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Sources :

(1) Augustin Deloye. « Notice des tableaux exposés dans les galeries du Museum-Calvet à Avignon » Publié sous les auspices de l’administration du MuséeSeguin frères, ed. 1872

(2)  C.P. Landon « Annales du Musée et de l’École moderne des beaux-arts: Recueil du salon de 1822 ». Bureau des annales du Musée ed. 1822

(3) Charles Gabet. « Dictionnaire des artistes de l’école française, au XIXe siècle: peinture ». Madame Vergne ed. 1831.

(4) Bénézit, Emmanuel. « Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs & graveurs de tous les temps et de tous les pays ». Vol 2. Ernest Gründ ed. Paris. 1924

(5) L’intermédiaire des chercheurs et curieux : questions et réponses, communications diverses à l’usage de tous, littérateurs et gens du monde, artistes, bibliophiles, archéologues, généalogistes, etc.. Vol 18. Paris, 1913.

©Isabelle Scherer

Jean Baptiste Aubry : une mort sociale

Jean Baptiste Joseph est né à Carpiquet, Calvados, le 9 février 1784. Il y est baptisé le lendemain. Comme le précise l’acte de baptème, son parrain et sa marraine sont ses grands-parents : noble homme Joseph Aubry aïeul paternel d’une part, Dame Marie Jean Baptiste Autin, épouse d’Olivier Jean Duprey, officier d’infanterie, aïeule maternelle de l’autre. Jean Baptiste prend donc l’un des prénoms de sa grand-mère, très masculin, Jean Baptiste, et celui de son grand-père Joseph. L’acte précise aussi le nom des parents : noble homme Joseph Michel Antoine Aubry, sieur de la Noë, officier de garnison du régiment de Chartres Infanterie et de Madame Marie Anne Angélique Duprey « de cette paroisse ».
Par sa naissance, Jean Baptiste Joseph fait donc partie de la noblesse normande et c’est avec cette étiquette qu’il va devoir traverser la Révolution. Il a dix ans au moment de la Terreur.
En 1789 et sans doute avant, la famille a quitté le Calvados et s’est établie à Tourlaville dans la Manche. Elle s’y trouve en 1792.
De là, la trace de Jean Baptiste Joseph se perd jusqu’en 1821. Etant de la classe 1804 (an XII), il a dû faire les guerres napoléoniennes mais les conscriptions et levées d’hommes de la classe 1804 n’existent plus pour Tourlaville ou Cherbourg, elles ont été brûlées en 44. En ce qui concerne Carpiquet (ville rattachée à Caen car les deux communes sont voisines), la plupart des documents datent de la Restauration. A tout hasard, j’ai consulté les éléments les plus anciens en particulier ceux concernant la garde nationale de Caen qui avait envoyé un contingent à Cherbourg, sans résultat. A 15 ans, Jean Baptiste Joseph aurait pu rejoindre l’armée de Condé ou se battre avec la chouannerie mais je n’ai, à ce jour, trouvé, aucune trace de sa présence. Les ouvrages anciens se concentrent sur les officiers.

Il a laissé le souvenir d’un grand chasseur et d’une vigueur peu commune qui lui permit un jour de ramener sur la route, en le prenant par le garrot, son cheval tombé avec lui dans le fossé.

Jean Baptiste Joseph se trouve à Rugles (Eure) en 1820 et y exerce le métier de receveur des contributions indirectes.
Une page des archives départementales des Yvelines explique l’histoire de la profession de receveur des contributions indirectes :

« Supprimé, en même temps que ces impôts, par les décrets des 19-25 février et 2-17 mars 1791, le service des contributions indirectes est rétabli sous la dénomination de par la loi du 5 ventôse an XII. Ses attributions sont : les voitures publiques, la garantie des matières d’or et d’argent, les cartes, l’octroi de la navigation, les boissons (vins, liqueurs, cidres, poirés, bières, vinaigres) et les distilleries, les tabacs, les sels, les poudres et salpêtres, les octrois municipaux et de bienfaisance.
Régie des Droits Réunis
Ayant conscience de l’impopularité de tels droits auprès de la population, particulièrement ceux portant sur les boissons, Louis XVIII promet leur suppression, mais les difficultés financières de l’État ont raison de son engagement. Il change alors le nom du service à laquelle il joint, en 1814, la Régie des douanes qui en sera cependant à plusieurs reprises dissociée : d’abord par le décret du 25 mars 1815, jusqu’au décret du 27 décembre 1851 qui les réunit à nouveau …, avant que le décret du 19 mars 1869 ne les sépare à nouveau…; À la multitude des droits, répond une organisation complexe, dont l’architecture reste globalement la même tout au long des XIXe et XXe siècles. La direction générale des contributions indirectes dépend du ministère des finances. Il y a une direction par département siégeant généralement au chef-lieu
. »
Jean Baptiste Joseph exerce le métier de collecteur d’impôts mais il ne l’exerce pas au chef lieu du département, Evreux. Il a donc un emploi moins important dans la hiérarchie administrative. La lecture du Bulletin des Lois de 1855 qui énonce les pensions nous apprend qu’il était receveur à cheval c’est à dire qu’il allait par ce moyen recueillir les impôts directement auprès des contribuables. Je pense à l’ anecdote qui le décrit traînant son cheval et à ce que les livres d’histoire régionale écrivent sur l’importance de la forêt et des chevaux à Rugles.
Lors du mariage de son frère en 1822, Jean Baptiste Joseph est témoin et cité comme «chevalier du Lys ».


La décoration du LYS
Par ordre du jour, le 9 mai 1814, le roi Louis XVIII approuve la création de la Décoration du Lys en l’étendant à l’ensemble des gardes nationales de France (ce n’est pas un ordre comme celui de la Légion d’honneur). Elle était remise aux gardes nationaux après avoir prêté le serment suivant : « Je jure fidélité à Dieu et au Roi pour toujours. » L’attribution de la Décoration du Lys entraînait la remise d’un brevet officiel. Assurant à la nouvelle monarchie la fidélité de l’élite sociale grâce à ce simple honneur, l’attribution de la Décoration du Lys sera répandue dans toutes les régions de France puisque des délégations de pouvoir furent données successivement aux généraux, aux ministres, aux préfets et enfin aux maires… Interdite pendant les Cent-jours, puis remise à l’ordre du jour lors de la Seconde Restauration, c’est sous Louis-Philippe, par ordonnance datée du 10 février 1831, que sera définitivement supprimée la Décoration du Lys (Wikipédia, consultation Novembre 2018.)

C’est à tort que la mention « chevalier » est utilisée, elle semble plutôt le fait des milieux royalistes car il ne s’agit que d’une décoration et non d’un ordre de chevalerie, ce que confirme un courriel de l’archiviste de la Légion d’honneur qui oriente mes recherches vers le site des Archives Nationales (AN) à Pierrefite où il n’est malheureusement pas possible d’en savoir plus sur les raisons qui ont motivé l’attribution de cette décoration à Jean Baptiste.
Pendant sa vie professionnelle, il habite rue de la Bové mais c’est au hameau de Sainte Opportune, à quelques kilomètres de là, qu’il meurt le 27 décembre 1854.

Mésalliance :

Le document familial fournit quelques informations sur Jean Baptiste
« Jean Baptiste Joseph, l’aîné, chevalier du Lys, né en 1784, mourut en 1825 sans alliance …Il eut deux bâtards, Frédéric et Pauline qu’il reconnut in extremis et dont la trace est perdue depuis longtemps. »

Or il a épousé à Rugles le 18 mars 1835. Julie Mary, fille d’un garde champêtre de Curcy (Orne). Et le document familial raconte que les Aubry sont marquis de Curcy … La nouvelle mariée ne devait pas entrer dans les critères de sélection des épouses de la famille.

Le mariage civil est suivi d’un mariage religieux dix jours plus tard en l’église de Rugles. Aucun parent n’est présent ni ne signe que ce soit à la mairie ou à l’église.

L’acte de mariage du couple mentionne que les conjoints reconnaissent à cette occasion deux enfants, « Frédéric » Hyppolite Joseph né en 1821 et Rose Pauline, née en 1823. Particularité : Julie n’est pas leur mère. La mère de Frédéric se nomme Marie Adrienne Dufour, celle de Rose Pauline, Julie Marie Saint-Jean, le père étant Jean Baptiste Joseph. Les conjoints demandent que Julie Mary soit reconnue comme la véritable mère des deux enfants.

L’histoire familiale est donc fausse : Jean Baptiste Joseph est censé être mort au moment de son mariage et avoir reconnu ses enfants sans être marié juste avant de mourir. D’une certaine façon, la date de son mariage est celle de sa mort familiale. Ce mensonge me fait douter de la véracité des informations contenues dans mon document et montre le poids que pouvait avoir une mésalliance.

Celle-ci aura des conséquences terribles sur le couple et sur les enfants qui s’enfoncent dans les difficultés financières et restent coupés de la famille. A sa mort Jean Baptiste ne laisse quasiment rien à son fils et rien à sa fille.

  • Rose Pauline meurt sans alliance et indigente à Rouen en 1873
  • Frédéric Hippolite Joseph pourtant bien inscrit par son père dans la lignée familiale puisqu’il porte le prénom de ses oncles et de son grand-père, poursuit une modeste carrière de receveur. Son petit-fils Victor Frédéric Jules sera le dernier de la lignée Aubry-Delanoë en Normandie. La descendance de sa petite fille Marie Juliette Valentine Aubry-Delanoë se poursuit jusqu’à nos jours.

©Isabelle Scherer

Eugénie Sütterlin (1811-1890). Une vie de château ?

Chateau des Rohan à Mutzig. By OT REGION MOLSHEIM-MUTZIG , Wikimedia Commons

Le  21 avril 1811 naissait au Château de Mutzig, Eugénie Sutterlin, future femme de Charles Jackson. Six ans plus tard, son père, Mathias II Sutterlin y décédait le 1 janvier 1817 puis sa mère, Anne Marie née Eberhard, le 14 décembre 1826.

Les Sutterlin menaient-ils donc une vie de château?

Construit au XIVème siècle, reconstruit par les Landberg et les Hohenbourg, le château de Mutzig sera successivement restauré par les Furstenberg au XVIIè siècle et les Rohan au XVIIIè siècle. Il devint résidence d’été épiscopale de 1704 à 1790 pour les cardinaux de Rohan. En 1793, pendant la Terreur, une manufacture d’armes s’installe dans les communs du château. Sa gestion est reprise par Jacques Coulaux en 1803 (1) et (2).

Ces aïeuls ont donc vécu dans une manufacture d’armes.

Au début du XIXème siècle, les fabriques d’armes sont gérées par des entrepreneurs bailleurs de fonds surveillés par des officiers d’artillerie, inspecteurs et capitaines adjoints. Sous leurs ordres, des contrôleurs et réviseurs assurent la surveillance technique de la fabrication (4).

Mousqueton de l’an IX. Manufacture de Mutzig.

Napoléon a besoin d’armes et les fabriques tournent à plein régime. Les améliorations techniques sont difficiles à introduire : devis et contrats sont passés pour cinq ans durant lesquels aucune modification n’est possible.  En 1801, le général Moreau confie à Jacques Coulaux l’entreprise de remise en état de tout le matériel de son armée et, en floréal an X (mai 1802), celui-ci se rend à Paris pour passer un traité avec le ministre de la Guerre et fonder une manufacture d’armes dont les frais d’établissement sont à la charge du fondateur. Ce traité lui garantissait la fabrication des armes à feu pour l’armée française pendant 99 ans; il s’engageait à fournir dans l’année mille fusils. (6)

SOLDATS-OUVRIERS « Jouissant avant la Révolution de « privilèges », comme celui d’échapper au recrutement ou même d’avoir à loger les hommes de troupe, les ouvriers (des armureries) seront assimilés sous la Révolution et l’Empire au soldat, soumis à la conscription, passibles de punitions militaires. Le tambour rythme, comme dans les lycées, les heures du travail journalier.
Les récompenses sont rares, elles consistent surtout en tours de faveur donnés dans la distribution du travail…
…La durée du travail est connue : douze à quatorze heures par jour, coupées de pauses longues. Le labeur garde une cadence artisanale. Les congés hebdomadaires sont respectés. Les salaires sont très variables : le régime de l’entreprise obligeant l’ouvrier au travail à la pièce, ce salaire est lié au devis établi préalablement. Il varie suivant le type de pièce fabriquée, ce qui amène une grande diversité dans le montant des sommes perçues par différents ouvriers. »

Source : « La vie dans les manufactures d’armes  » par Jean Rousseau. Revue du souvenir Napoléonien. Janvier 1971. (4)

Jacques Coulaux a déjà une expérience de la fabrication d’armes. Il a créé une petite fabrique d’armes dans l’ancienne commanderie de Saint-Jean à Strasbourg  (aujourd’hui la bibliothèque municipale). Pendant les guerres de la Révolution, il était entrepreneur des Ateliers d’armes à feu et d’armes blanches de Huningue (5), la ville d’origine des Sütterlin. Dès 1801, associé à son frère Julien, il a repris la manufacture d’armes blanches de Klingenthal  (3) qui restera dans cette famille jusqu’en 1925 et deviendra célèbre pour ses cuirasses et les fusils ChassepotA

Jacques va laisser la gestion de Klingenthal à Julien pour se consacrer à la fabrique de Mutzig. Entre 1804 et 1814, y seront produites plus de 250 000 armes à feu  (6).

Le 11 octobre 1791, Jacques avait épousé à Huningue (Haut-Rhin), Anne Sutterlin, la tante d’Eugénie.

Anne est la fille de Mathias Sutterlin, boucher, membre du conseil de surveillance de la ville d’Huningue, (né vers 1726-1799) et d’Anne Baur (1733-décédée au château de Mutzig, le 7 octobre 1813).

C’est le début d’une alliance entre les famille Coulaux, Sutterlin et Baur.

A) Le frère d’Anne, Mathias II Sutterlin, est régisseur de la manufacture de Mutzig, inspecteur divisionnaire des subsistances militaires de Stasbourg. C’est lui qui décèdera au château en 1817.

Mathias II épouse à Huningue, le 31 juillet 1794, Anne Marie Eberhard, fille d’un cafetier de la ville. Ils ont six enfants dont:

  1. Marie Jeannette (1795-1820) femme d’Alexandre Flize. Leur fille, Emilie, se maria plus tard avec Julien III Coulaux, neveu de Jacques, puis avec le frère ainé de celui-ci, Charles-Louis qui reprit l’entreprise à la mort de son frère.
  2. Jacques Bonaparte (1797-1871), épouse Marie Eugénie Coulaux, nièce de Jacques, puis Marie Florentine Picquart. Il est employé à la manufacture de Klingenthal.
  3. Sophie Anne Célestine (1799-1871). En mars 1825, à Mutzig, Sophie donne naissance hors mariage à une fille, Marguerite, immédiatement mise en nourrice à Dorlisheim. La naissance est déclarée par Bernard Baur, son cousin, qui travaille à la manufacture. Le bébé meurt deux mois après. Deux ans plus tard Sophie met au monde, toujours hors mariage, un garçon, Daniel (1827-1878), qui sera adopté plus tard, à Bâle, par le couple Boisrouve-Muller.  Sophie ne se maria jamais et est décédée à 71 ans à Huningue, la ville de ses parents, son fils étant près d’elle. L’identité du père de ses enfants reste un secret de famille.
  4. Alexandre Pierre (1801-1864) épouse Julie Amiel. Il est employé à la manufacture d’armes de Mutzig. Leur fils Jules Alexandre (1835-1893) deviendra le directeur de la manufacture avant de quitter l’Alsace- devenue allemande- et de reprendre la manufacture d’armes de Saint-Etienne.
  5. Adelaïde (1805-1867) épouse Augustin Gorsse.
  6. Eugénie (1811-1890)  future femme de Charles Jackson.

Eugénie avait six ans à la mort de son père, et l’on peut imaginer que Jacques Coulaux, qui n’avait pas d’enfants, eût à coeur d’aider les orphelins. Comme on le voit ci-dessus, tous ses neveux Sutterlin sont employés par l’entreprise Coulaux.

B) Jacques Baur (1787-1876) dont je n’arrive pas à trouver la parenté exacte avec Anne Baur mon ancêtre, est le futur maire de Molsheim. Il épouse en 1817 Marguerite Françoise Coulaux, soeur de Marie Eugénie, la femme de Jacques Bonaparte et nièce d’Anne Sütterlin. Il est gérant des établisements Coulaux de Molsheim (Coulaux Aîné et Cie) spécialisée dans la fabrication des armes blanches et à feu ainsi que des articles de grosse quincaillerie (après 1818), en tant que principal actionnaire de la société. Après la mort de Jacques Coulaux en 1834, Baur s’étendit aux usines de Molsheim, Klingenthal, Gresswiller, Urmatt et Baerenthal (réunies sous la raison Coulaux et Cie). Il conduisit le développement de la société jusqu’à la fin du Second Empire, lui faisant remporter de nombreuses distinctions qui témoignent de la qualité des produits Coulaux (9).

Sous le prétexte que la proximité des frontières rendait l’exploitation des manufactures de Mutzig et Klingenthal incertaine en cas de conflit, le gouvernement avait décidé leur fermeture en 1830. La maréchal Soult qui possédait des aciéries dans le département du Tarnavait proposé, sans succès, ses aciers à la manufacture de Klingenthal et en avait conçu de la rancune, ce qui accéléra la désaffection de la manufacture qui devait cesser de travailler pour le gouvernement le 1er janvier 1833 (6)

Jacques Coulaux meurt un an après, le 13 décembre 1834 à Strasbourg. Décédant sans héritier, ses biens revenaient par moitié aux ayants-droit des familles Coulaux et Sutterlin. Ils constituèrent la société « Coulaux Sutterlin et Cie » pour gérer l’ensemble des manufactures (Mutzig, Klingenthal, Molsheim et Gresswiller). C’est Julien II, son neveu, qui reprend les rênes, puis en 1842, le fils de ce dernier, Charles-Louis Coulaux, deuxième époux d’Emilie Flize. Il conserva la fabrication des armes blanches et orienta l’affaire sur la fabrication de petit outillage. Il mit au point le forgeage des faux en adaptant le matériel de Klingenthal à ce genre de produits (6).

On retrouve des membres de la parentèle i.e. Charles Louis Coulaux, Alexandre Sutterlin, Jacques Baur, Joseph Picquart, Augustin Gorsse, Jacques Bonaparte Sutterlin, associés à d’autres lors de la reprise des forges de Framont le 22 mars 1853.

En 1867, la dernière grosse commande militaire sera enregistrée avec 180 000 fusils Chassepot à fabriquer. Quatre mois avant la guerre de 1870, la manufacture impériale d’armes de Mutzig ferma définitivement ses portes alors qu’Alexandre Sutterlin, neveu d’Eugénie, en est le gérant. Son matériel fut transporté à Saint-Etienne et à Tulle (6).

A Saint-Etienne, dès la mise en route de l’aciérie d’Assailly, les fils Jackson durent former des « aciéristes» pour faire face à l’augmentation de la production. « Les liens familiaux qui les unissaient aux maîtres de forges de Klingenthal et Mutzig les amenèrent naturellement à embaucher des affineurs et des forgeurs licenciés lors de la fermeture de Klingenthal »(7).

Mais l’histoire des Sütterlin avec la famille Coulaux ne s’arrête pas là. Devenue, en 1870, propriété de MM. Debenesse et Sutterlin, la manufacture de Mutzig se spécialise dans l’outillage et les articles de ménage.

Marques apposée sur les fers de rabot Sutterlin

 

Elle est mise en liquidation judiciaire, achetée par une société allemande  pour finalement revenir  au sein des établissements Coulaux qui survivront jusqu’en 1962.

Quel fût l’impact de la guerre de 70  sur les Sütterlin ?

Eugénie âgée de 62 ans qui vit entre Assailly et Lyon, opte pour la Nationalité française tout comme son neveu Alexandre en 1874. La même année, associé à  Lippmann, il devient entrepreneur de la manufacture de Saint Etienne à la suite d’une adjudication publique. Il achète le château de la Bertrandière à l’Etrat ou il meurt en 1893. Il avait été reçu chevalier de la légion d’honneur en 1871.

La Bertrandière à l’Etrat. Source :  (5)

Malgré la présence allemande, il semble que la manufacture de Klingenthal soit restée française (6).

SUTTERLIN_Eugénie

Eugénie, à la fin de sa vie. Source familiale

Dans le recensement de 1872, Eugénie possède cocher, cuisinière, femme de chambre et domestique  et vit avec son benjamin, Gustave, rue de Créqui à Lyon, à côté de sa fille Euphrosine qui a épousé Paul Marie Chartron (8). Elle y meurt  le 11 janvier 1890. Une vraie vie de château …..

 

 

 

 

Sources:

(1) villedemutzig.fr

(2) Tirecollection.com

(3) Sur Kligenthal  et l’histoire de la manufacture. Maison de la manufacture.

(4) https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/la-vie-dans-les-manufactures-darmes/

(5) Châteaux et Maisons de Maîtres du XIXème dans la couronne nord de Saint-Etienne.

(6) La gazette des armes n° 101 Janvier 1982. 

On peut y trouver tout l’historique des entreprises Coulaux.

(7) Christian Sütterlin  » La grande forge ». Editions d’Assailly 1981.ici

(8) Recensement 1872.

(9) Gregory Oswald (2004) « Jacques Bauer » (notices Net DBA) en ligne ici

Immigrés en France : les Jackson

anna FdF

Anna Folcsh de Fels née Jackson (1834-1915)

Anne Justine Jackson, ma trisaïeule, est née à Saint Paul-en-Jarez  (Loire), le 2 décembre 1834.

Elle est l’ainée d’une famille de neuf enfants. Ses frères et soeurs sont :

– Euphrosine Mathilde (1835-1901) épouse de Zacharie Paul Marie Paul CHARTRON (1827-1900).
– Olympe (1837-1838).
– Charles (1839-1886).
– Louisa Wilhelmine (1841-1863) épouse d’Anatole Lambert DE SAINT OLIVE (1825-1889).
– Georges Louis Eugène Eugène (1842-1856).
– Jenny Antoinette Jenny (1848-1915) épouse d’Henry Edouard Edouard FINOT (1839-1898).
– Lucie Charlotte (1850-1905)  épouse d’Ernest Stanislas Jules BROSSETTE (1839-1907).
– Gustave (1852-1893).

Charles Jackson

Charles Jackson

Son père, Charles Jackson, est un anglais né en 1805 à Manchester dans une famille de fabricants d’acier dirigée par James Jackson (1771-1829), le grand-père d’Anna.

Sa mère Eugénie Sütterlin (1811-1890) est issue d’une famille qui fabrique de l’acier et des armes en Alsace. Les deux se sont mariés en 1834 à Strasbourg.

 

En 1813, la France n’est pas encore capable de fabriquer de l’acier de bonne qualité et l’importe de Grande Bretagne à grand prix : les aciers coûtent dix fois plus cher qu’en GB.  Conscient de cette faiblesse, le gouvernement français, à l’initiative de Jean Antoine Chaptal, cherche le moyen de développer une fabrication nationale.  Il passe contrat en 1813 avec les Jackson père et fils qui dirigent une petite aciérie à Birmingham, pour qu’ils viennent s’installer en France et produisent de l’acier fondu.  La concurrence est très forte en Angleterre et James Jackson pense pouvoir avoir davantage d’opportunités commerciales en traversant la Manche. Il  choisit de s’établir près de Saint-Etienne, une région déjà engagée dans la ferronnerie.

james jacksonJames débarque à Calais avec huit de ses enfants en octobre 1814. Les débuts sont difficiles. Les biens anglais de James sont confisqués par le gouvernement britannique qui voit d’un mauvais oeil ce savoir-faire passer à l’ennemi français. La famille est proscrite et, comble de malheur, la femme de James, Elizabeth Stackhouse, meurt en 1815 quelques semaines après la bataille de Waterloo et l’arrivée de la famille en France.

C’est dans ces conditions qu’il faut aller chercher des ouvriers spécialisés en Angleterre.

«  Le père et les fils ne pouvant retourner en Angleterre, ce fut Anna, leur soeur (tante de mon aïeule), âgée alors de moins de quinze ans, qui fit le voyage, seule et non sans difficulté, ni même sans danger, car on était aux Cent-Jours. Elle partit grâce à un secours de 600 francs que lui remit le comte Chaptal et ne revint qu’après l’installation de la famille à Saint-Étienne, ramenant quelques ouvriers de Sheffield, mais point d’argent malgré l’attente de son père : du moins je n’en trouve pas trace dans ses papiers » (1) .

397px-Jean-Antoine_Chaptal_(1756-1832),_comte_de_Chanteloup

Jean Antoine Chaptal (peint par  Lemonnier) l’initiateur de l’arrivée des Jackson en France.

Vint ensuite l’envahissement de la France par les troupes alliées : l’aide attendue du gouvernement français ne vient pas – même si la Restauration a autant besoin d’acier que l’Empire- et les Jackson ne peuvent  compter que sur  eux-mêmes.

En août 1815, les Jackson  s’installent à Trablaine. On y fabrique pour la première fois en France de l’acier fondu.

En 1819, James Jackson déménage à Monthieux puis, en 1820, à Rochetaillée et au Soleil près de Saint Etienne.

En juillet 1825, James père se retire à Paris. Malade, il entreprend un voyage en Angleterre, où il meurt à Lancaster le 27 avril 1829 âgé de 57 ans.

En 1830, l’usine est transportée à Assailly. C’est là que les affaires des Jackson prospèrent. Ils sont les premiers producteurs d’acier de France dès 1837. En 1850, John prend sa retraite. James II se sépare de ses frères pour créer avec son fils une aciérie à Saint-Seurin en Gironde. William et Charles restent seuls associés, c’est le début d’une nouvelle période d’extension.

Les Jackson se diversifient dans l’industrie de faux et faucilles, en partenariat avec Gerin et Alexis Massenet (le père de Jules, le compositeur) de la Terrasse. Puis avec Dorian et Holtzer, à Pont-Salomon et en 1848 avec les Peugeot à Pont de Roide pour les scies en acier. (2)

Participant pleinement à la révolution industrielle française et bannis d’Angleterre, ils sont naturalisés français en 1845.

Les frères Jackson travaillaient dur et étaient élevés de même. Ils se baignaient tous les jours, même en plein hiver, dans le lavoir d’Assailly et ils faisaient couramment à pied, le trajet de Paris à Lyon. De religion Quaker, ils n’avaient pas de coreligionnaires en France aussi se sont-ils rapprochés de la communauté protestante de Saint-Etienne et ont en partie financé  la construction du Temple. Cela ne les a pas empêché d’épouser des catholiques comme l’était Eugénie Sutterlin femme de Charles Jackson.

Ils soutiennent également l’Institut d’Afrique qui lutte contre la traite des noirs. d’après l’historien  Gérard -Michel Thermeau « Patrons paternalistes, ils ont créé une école pour les enfants de leurs ouvriers. Mais c’est à peu près tout ce qu’ils font en matière sociale. Ils sont cependant appréciés de leur personnel, ayant longtemps travaillé manuellement aux côtés des ouvriers »(4).

En 2014, les descendants Jackson ont célébré le bi-centenaire de l’arrivée de James en France lors d’une cousinade à Rive-de-Giers qui a rassemblé plus de 400 personnes.

L’apport des Jackson au développement de la Région a été célébré par la réalisation par   d’une stèle à leur effigie dans la commune de Lorette. Plasticien : Jean Marc Bonnard.

 

Stèle frères Jackson

 

Anna Jackson épouse le 4 novembre 1853 à Lorette, Charles Henri FÖLSCH VON FELS (1827-1899) dont elle aura quatre enfants.

 

Enfants de James Jackson (1771-1829) et Elizabeth Stackhouse (1774-1815)

  • Joseph (1714-1843) épouse Sarah Mitchell puis Ann Davis
  • William (1796-1858) épouse Louise Sophie Peugeot (1811-1878)
  • John Dowbiggin (1797-1862) épouse Olympe Bourly
  • James II (1798-1862) épouse Madeleine Herbin
  • Anna (1801-1860) épouse Georges Léonard Peugeot (1805-1864)
  • Eliza (1803-1804)
  • Charles (1805-1857) épouse Eugénie Sütterlin (1811-1890)
  • Maria (1806-1877) épouse Jean François Egly
  • Elisa (1809-1849 épouse Théodore Goubert puis Juste Philippe Viallet (1797-1848)
  • Ellen (1811-1834) épouse Louis Paul Victor de Gallois (2)

Sur la vie des Jackson en Angleterre voir  (3)

 

Sources :

(1)  James Jackson et ses fils par W F Jackson. Paris 1893. Document familial.

(2) Marc Bajet arbre en ligne sur Généanet.

(3) Lexilogos.  Le site comprend de nombreux documents sur la famille Jackson.

(4) GM Thermeau « Les frère Jackson: les premiers aciéristes de France. ici

 

 

Les évêques étaient protestants. Jacques (1557-1618) et Jean (1565-1621) DAVY du Perron.

Dans l’un de mes tous premiers posts, j’ai parlé des questions qui se posaient pour la généalogie de ma mère. L’une d’elles était de savoir qui était l’évêque dont on parlait dans sa famille. Ma mère se souvenait seulement qu’il avait été évêque de Sens.

Surprise, surprise : il n’y a pas un évêque mais deux !

Et ils étaient tous deux protestants !  Du moins dans leur jeunesse.

Leur père Julien Davy (1528-1583) Ecuyer, sieur de Guéhébert, du Perron, de la Hazardière est médecin à Saint-Lô. Converti au protestantisme, il devient pasteur, émigre à Jersey et à Genève puis revient à Paris où il meurt en 1583. Il avait épousé à Genève, le 23 août 1556, Ursine Le Cointe (décédée en 1604 à Périers).

  • Jacques Davy, cardinal du Perron (1556-1618)

    Bellange Thierry (1594-1638) (attribué à)
    Jacques Davy, cardinal du Perron (1556-1618)
    Pau, musée national du château de Pau
    Photo (C) RMN-Grand Palais (Château de Pau) / René-Gabriel Ojéda

    Jacques, né en 1557 à Saint-Lô, est un enfant surdoué. Elevé en Suisse par ses grands-parents calvinistes, pourvu d’une mémoire extraordinaire, il parle parfaitement le latin, l’hébreu et le grec dès ses 17 ans, et a étudié, seul, la théologie, la poésie et la philosophie. Il est d’ailleurs présenté au Roi Henri III comme un prodige. A la cour, il rencontre des théologiens qui le convertissent au catholicisme. Il prononce l’oraison funèbre de Ronsard en 1586 puis rentre dans les ordres. Il est sacré évêque d’Evreux le 27 décembre 1595 à Rome en l’Eglise Saint Louis des Français et devient cardinal en 1604 à la suite de succès oratoires et théologiques rencontrés contre les protestants.

    P1030323

    Eglise Saint Louis des Français. Rome. 2015. Photo: I Haynes

    Il participe à la conversion d’Henri IV qui le nomme Premier aumônier et conseiller d’Etat puis ambassadeur à Rome. Il devient archevêque de Sens en 1606 puis primat des Gaules, commandeur du Saint Esprit, membre du conseil de régence de Louis XIII.

    Hotel-de-Sens-DSC_8075

    Hotel de Sens, Paris.  Photo: Pline

    Jacques Davy du Perron meurt à Paris en son hôtel de Sens, le 5 septembre 1618, en laissant une oeuvre théologique et poétique considérable. Il a prononcé l’éloge funèbre de Marie Stuart reine d’Ecosse.

 

 

 

  • Jean, né en 1565 à Vire, est aussi un maître des langues anciennes et un musicien : il donne des leçons de luth et de viole en 1576 à Paris. Converti, comme son frère, il fonde des couvent, devient aumônier d’Henriette de France, reine d’Angleterre et archevêque de Sens après la mort de son frère. Proche de Richelieu, il meurt à Laubejac le 24 novembre 1621.  Il y suivait la Cour et l’armée du Roi qui, après avoir assiégé Montauban place forte protestante, venait de lever le siège de la ville. La peste s’étant répandue au sein des troupes royales puis des protestants, il est possible que Jean ait succombé à cette maladie. Il existe un portrait de lui dans le livre  consacré à la famille Davy mais je n’arrive pas à trouver les coordoénnes de l’éditeur pour obtenir l’autorisation de publication.

Monuments du Perron

Statues du mausolée des frères Davy dans la cathédrale de Sens. Photo :  Cl. Antoine Philippe.

Les corps des deux frères sont inhumés dans la cathédrale de Sens où leur neveu, Jacques Le Noël, lui aussi évêque d’Evreux, leur fit élever un mausolée dont il ne reste que les statues. Les coeurs des trois évêques reposent à Paris en l’église Saint-Paul-Saint-Louis.

Les frères Davy avaient deux soeurs :

  • Marie qui épouse Jean de la Rivière puis Robert le Noël (père du 3ème évêque)
  • Anne-Marie-Geneviève épouse Pierre Tardif sieur de La Rochelle en Vaudrimesnil dont descend ma branche maternelle.

 

 

 

 

Sources:

Hubert Lamant et Jean Canu  » Les familles David et Davy », 1979.

Articles Wikipedia sur Jean et Jacques Davy du Perron.

Tous mes remerciements au CEREP (Centre de recherche et d’étude du patrimoine) de Sens et à l’Agence Photo de la Réunion des Musées Nationaux.

Guerre de 39-45

Cette page est incomplète et sera modifiée à la demande des personnes qui souhaitent y voir inscrit l’un des leurs.

Morts pour la France:

  • Jacques Aubry de la Noë. Né en 1913 à Ismaïlia (Egypte). Officier sous lieutenant au 1er RCU. Décédé le 22 mai 1940 à Liège (Belgique), Hôpital Saint Laurent des suites de ses blessuresjacques de la noe. Enterré à Liège.

 

 

 

 

 

Participent au conflit:

  • Robert FimbelRobert Fimbel, moine à Ligué, soldat de 2ème classe au poste de défense passive de la Queille (1939)

 

Les Fraissinet et le commerce de l’alcool à Sète et Montpellier au XVIIIe.

 

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent,  Jean et Marguerite Fraissinet sont cousins germains.

Le père de Jean, Antoine Fraissinet est né le 10 janvier 1693 à Montpellier.
Comme il est d’usage chez les protestants qui font semblant d’être catholiques pour échapper aux persécutions, il est baptisé deux jours plus tard, en l’église Sainte Anne, avec des parrains et marraines qui ne sont que des prêtes-noms.

Son frère aîné,  Jean  Isaac Fraissinet, père de Marguerite, est né en 1690. C’est l’époque de la construction de la promenade du Peyrou à Montpellier.

La france vit une époque troublée : en guerre contre  la plupart de ses voisins tandis que des troubles religieux  éclatent dans les zones protestantes du Massif central.

La famille comprend trois frères, tous négociants, l’un à Montpellier ( Jean Isaac), l’autre à Sète (Antoine), le troisième Marc (1698-1767)  décide  de fuir les persécutions et d’émigrer. Il représentera la maison à Amsterdam, ville avec laquelle les affaires sont florissantes. Il y épousera Constantia Marie Van Arp.

Il existe peut-être une soeur, Suzanne, future épouse de David Bazille, mais je n’en suis pas sûre. Peut-être est elle une tante. Toute précision à ce sujet est bienvenue.

En ce début du XVIII, la maison Fraissinet est déjà une maison de négoce très importante du Languedoc. A Sète, port créé en 1666, elle ne se situe pas parmi les plus importantes mais occupe une place honorable :

« Le vingtième de l’industrie créé en1749, fixe sur tous les revenus permet de situer les négociants sétois. Sur 27 négociants, la taxe moyenne est de 27 livres. Le protestant le plus imposé est Rogé- Flickwiert avec 59 livres, suivi de Bresson et Bousquet, catholiques, pour 58 et 51 respectivement. Fraissinet paie 35 livres (1) »

Plan ville de Sète

Ancien plan de Sète (Cette). Source (5)

A Montpellier, la maison de commerce est co-dirigée par Antoine associé à  Isaac Jean et à son père. La famille possède une propriété près de la Porte du Peyrou où ils travaillent.

Trois activités sont pratiquées par la compagnie :

A : Le commerce de vin et d’alcools. C’est l’activité principale.

Montpellier et Sète, très bien situés en pays vinicole exportent vins et alcools dans l’Europe entière et attirent toute une population spécialisée : négociants, tonneliers, maîtres de chai. « Dès 1680, port,chenal et canal achevés, c’est la voie royale qui s’ouvre pour les produits de la vigne (2  ter). »

Pour approfondir le sujet voir (1), (2, bis, ter).

A Sète, les établissements Fraissinet ont un rôle logistique :
«  Chargés d’organiser les chargements des bâtiments de mer, ils comportent à la fois un comptoir, destiné à la tenue des livres et à la réception des capitaines, et des entrepôts ouverts sur le quai du canal d’où s’effectue l’embarquement de leurs marchandises. Ils emploient deux types de personnels spécialisés avec, d’une part, des commis fréquemment originaires du nord de l’Europe, recrutés pour leur capacité à communiquer avec les capitaines étrangers en escale, et, d’autre part, un personnel de cave. (2)  »

Les Fraissinet possèdent dans le port (2):

– vers 1750 deux maisons donnant à la fois sur la Grand rue et sur le quai du canal.

IMG_1001

Maisons d’époque entre la Grand rue et le canal. Photo: C. Méchin.

– en 1763 trois maisons et un grand magasin qu’ils ont fait construire sur la Rive neuve, de l’autre côté du canal, sans doute dans l’espace entre le quai du Nord et la Rue Neuve du Nord, qui correspondent aujourd’hui au quai Noël Guignon (photo ci-dessous) et à la rue Maurice Clavel.

quai guignon

Quai Guignon.  L’une des maisons Fraissinet ? Photo : @2017 Google. Image de juillet 2016.

– deux autres magasins situés du côté de la ville, dont l’un sert de comptoir et l’autre, dénommé « magasin du dehors », possède une fabrique d’eau-de-vie.
– un magasin établi sur le port d’étang de Marseillan.

« Antoine devient chargé des affaires sétoises. Il réside à Sète toute sa vie sans cesser pour autant d’être considéré comme un négociant montpelliérain. En 1749, le décès de son frère Isaac le laisse seul à la tête de la firme. Mais pour peu de temps, car il y fait entrer l’un de ses fils, Marc, en 1753 (2). »

B : L’armement maritime
« Il permet de viser des marchés que leurs transporteurs habituels du Nord de l’Europe ne fréquentent pas Dès les années 1720, les registres de l’amirauté de Sète enregistrent des prises de participations Fraissinet sur de nombreux bâtiments (2)».

C : Le négoce de produits complémentaires trafiqués sur tout le bassin occidental de la Méditerranée : céréales, bois, cercles de futailles, laines et draperies.

Un bilan établi en 1763 montre l’étendue des activités de l’entreprise : « Derrière la Hollande, où se rencontre son principal créancier, se trouvent Hambourg et Saint-Pétersbourg. L’Espagne, l’Italie (Gène), le Ponant (Rouen Dunkerque), la Méditerranée orientale (Le Caire), le Midi de la France (Marseille, Toulouse, Bordeaux), et enfin Genève, ne viennent que bien plus loin pour le montant de leurs engagements (2). »

La plupart des faillites Fraissinet entre 1730 et 1770 sont liées à un état de guerre. Notons que les Anglais occupent Sète deux jours en 1710 mais en sont chassés par le duc de Noailles.

Vie familiale

Antoine épouse le 1er mars 1718 à Montpellier, Notre-Dame-des Tables, Jeanne Boichon (1692-1782) – ou Boischon – fille d’un Maître fourbisseur, c’est-à-dire un spécialiste de l’entretien des armes (3).

Ils auront huit enfants:
1) Antoine Isaac né en 1719
2) Jean 1720-1790
3) Isaac 1721
4) Barthélémy
5) Marc III (1732-1801) qui prend la succession de son père à Sète
6) Marie Constance (1733-1801) épouse Jean David Baux en affaire avec son frère Jean à Marseille.
7) Marie
8) une fille morte en bas âge

Il décède le 31 octobre 1760 à Montpellier est est inhumé le 3 novembre

Les dates sont moins précises pour Jean Isaac (4) et (6). Il se marie deux fois, la première, en 1722, à Ganges (34), avec Anne Gervais, dont :
1) Thérèse Marguerite ( 1723-1778)
2) Marc

La deuxième, à Montpellier, le 27 mars 1727, avec Marie Tesses, fille de Pierre Tesses, notaire, dont :
3) Typhaine Marie (1731-?)
4) Pierre
5) Isaac V

et meurt en 1749 à Montpellier.

Un quai Fraissinet a longtemps existé à Sète. La carte postale ci-dessous montre bien l’activité de négoce du vin qui s’y déroule.

quai fraissinetJPG

Ce quai se nomme aujourd’hui quai de la République. Au n° 6 place Dellille se trouve toujours l’immeuble Fraissinet – Lapeyssonie. Je ne sais s’il date de cette époque ou s’il a été construit plus tard par les descendants de Marc Fraissinet (1732-1801), l’un des fils d’Antoine qui repris les affaires de son père à Sète.

place DElille2

n° 6 place Delille au coin du quai de la République. Ancien immeuble Fraissinet-Lapeyssonnie. Photo de Juillet 2016. @2017Google.

Sources :
(1)  « Les protestants de Sète » par Jean-Claude Gaussent. Lacour ed. 1993.

(2)  Lionel Dumond, « Maisons de commerce bas-languedociennes et réseaux négociants méridionaux : l’exemple des Balguerie et des Fraissinet (XVIIIe-XIXe siècles) », Liame [En ligne], 25 | 2012, mis en ligne le 05 décembre 2012, consulté le 01 octobre 2016. URL : http://liame.revues.org/282 ; DOI : 10.4000/liame.282

(2 bis) « Sète et son commerce de vins et eaux-de-vie au XVIII et XIXe siècles » par J.C Martin. Revue d’Archéologie et d’Histoire de Sète et sa Région. Tomes 29 à 33. 2008.

(2 ter) « 1666 Sète. Imaginer un port faire une ville » par Djiin et Christophe Naigeon. Foxtrot ed. Sète.

(3) Archives départementales de l’Hérault. Mariages 1719

(4) Géneanet / Marc Bajet et  Prenividaud

(5)  Société d’Etudes Historiques et Scientifiques de Sète et sa Région (SEHSSR)

(6) Archives Fraissinet. Marseille.

 

 

 

 

 

 

 

 

SCHERER et alliés : aidez-nous à identifier des photos.

A la suite de la parution de l’article sur Louise Caroline SCHERER , un cousin m’a envoyé ce qui pourrait être sa photo, ou celle de sa soeur, Sophie SCHERER (1842-1899) restée célibataire.

close up caroline ou sophie scherer

Caroline Scherer ?

Il m’a aussi envoyée des photos de personnes inconnues dont il est sûr qu’elles font partie des SCHERER et alliés.

Pouvez-vous nous aider à les identifier ?

nonident SCHERER1

PHOTO 1 

non identifie SCHERER 2

Photo 2

non identif SCHERER 3

Photo 3

non identif SCHERER 4

Photo 4 

album-scherer-entier-ordonne 049

Photo 5