Hélène Costes (1881-1941)

Marie Rose «Hélène » Costes est née en 1841. Son père, Augustin Martin Costes (1814-1898) est économe du lycée. Sa mère se nomme Jeanne Célestine Lescale (1828-1909) fille de Jean-Baptiste Lescale (1777- 1841) et de Marie Rigal (1792-1869). Jean-Baptiste est receveur de l’Enseignement puis contrôleur à Penne, un petit village médiéval du Tarn. Tout ce petit monde naît et meurt à Cahors.

Sourde à la fin de sa vie, Hélène vivait à Marseille au deuxième étage de l’immeuble de la rue Saint Jacques où son fils exerçait la médecine. Après la mort de celui-ci elle emménagea à Lafarre-les-Oliviers dans une maison de retraite où elle mourut en 1936 y laissant ses meubles et le portrait de son mari Louis Ignace Fimbel (1848-1912) peut-être celui que que l’on aperçoit ici sur le mur.

Hélène Coste

Hélène Coste à la fin de sa vie Credit photo : I Haynes

Ma mère se souvient qu’elle avait gardé une grande amie de Cahors qui venait la voir à Marseille et, plus tristement, qu’elle ne pouvait s’arrêter de pleurer lors de l’enterrement de son fils, Maurice, mort avant elle en 1938.

Sa vie de mère fût difficile : des cinq enfants qu’elle eût avec son mari, trois moururent en bas-âge et un autre, donc, quatre ans avant elle.

Je sais peu de choses sur la famille Coste (ou Costes l’orthographe varie). D’après les renseignements trouvés sur Geneanet, le père d’Augustin Martin, Jean-Francois (1782-1848), est dit marchand (de quoi?) propriétaire à Lagrave près d’Albi, tout comme son père Jean Antoine (1753-1841) et son grand-père Jean-Pierre (1715-?). Ce dernier étant lui, marchand à Labastide-de-Levis anciennement la Labastide de Montfort, petit bourg situé à quelques kilomètres de Lagrave.
Jean Antoine Costes meurt à Lagrave mais était né à Labastide-de-Levis.

 

Il faut remonter au père de Jean-Pierre, Bernard (1670-1743), pour trouver une racine paysanne puisque Bernard est dit «laboureur du masage du Vignié, paysan », métiers que l’on retrouve pour :

  • son père Bernard dit « le vieux » (1626-1686) ,
  • son grand-père Bernard (1580-1631),
  • son arrière-grand-père Jean (vers 1550-1622)

qui étaient, eux, laboureurs au masage des Costes sive de Gauzide, d’où, je suppose, leur nom de famille.

Carte de Labastide-de-Lévis et de ses environs

Carte de Labastide-de-Lévis et de ses environs. Données de carte: Google, 2016

Une petite recherche Google m’apprend que le site de Gauzide un peu à l’écart du village existe toujours et vient d’être loti.

On remarque un peu plus au Nord  le lieu-dit Le Vignal, était-ce autrefois Le Vigné ?

Les Costes sont une famille paysanne mais, grâce à l’aide trouvée sur Généanet, c’est celle que l’on  trace le plus loin: 1550 presque les débuts de l’Etat civil. C’est assez impressionnant.

Les Costes se marient avec des jeunes filles du coin et les voilà donc alliés aux Maillol, Poujade, Galaup, Delmur, Reynaud (ou RAYNAUD), Chaynes (elle vient de Lagrave) et Calmes.

Cette famille traverse les grands événements de son temps, les guerres de religion ou l’épidémie de peste de 1630 -1631 qui ravage Languedoc et Provence.

Atteint de ce mal, Bernard (1580-1631) fait son testament le 25 août 1631 et décède. Sa veuve, Jeanne Poujade, enceinte, craignant d’être elle-même atteinte de la maladie, teste à son tour le 27 août. Mais elle survivra et François, leur dernier enfant, naîtra le 29 février 1632, six mois après le décès de son père.

Un Léon Costes exerce comme médecin à Lagrave vers 1905. Maurice Fimbel le connaissait-il ? En tout cas ma mère se souvient d’avoir entendu prononcer le nom de Lagrave et suppose qu’Hélène s’y était retiré avant d’habiter chez son fils.

Une Mona écrit de Lagrave en 1920 et transmet les pensées de « Maman, Maria et tante Suzanne ». Je retrouve une Suzanne Lescale née en 1888, fille de Paul Lescale enseignant en droit au lycée de Cahors. Compte tenu de la proximité des lieux et des professions (Augustin Martin travaille aussi au lycée) il doit s’agir de cousins mais je n’arrive pas à établir d’autres liens.

Les Costes sont de fervents catholiques. Notons que le premier monastère féminin bénédictin de Gaule est fondé à Lagrave en 614. Si un prêtre concordataire, Joseph Hippolythe Costes (1787-1829) fils de Jean Antoine Costes et Marie Chaynes (1757-1815), mes aïeuls directs, prête serment en 1792, deux prêtres réfractaires du nom de Costes existent dans les archives du Tarn mais il ne m’est pas possible de les lier directement avec la famille.

Infos sur Labastide de Lévis. http://labastide2levis.free.fr

Sur l’église. voir lien

Les Fimbel : une famille de musiciens.

Maurice Fimbel (1881-1938), médecin, était fou de musique. Il avait trois pianos chez lui: un demi-queue, un piano droit dans le salon et un autre piano droit dans sa chambre et organisait régulièrement des concerts, certains avec des cantatrices.

Tous ses enfants devaient apprendre le solfège avec la méthode Leyat sous la férule de Monsieur Lopez. Comme chaque enfant faisait de mauvaises notes au même endroit et que son cabinet de médecin se trouvait dans la maison, Maurice, furieux, quittait alors son bureau pour gronder le malheureux, voire, pour les garçons, leur donner une fessée. Méthode éducative un peu particulière….
La méthode Leyat prônée par Maurice, avant-gardiste sur ce point, était très bizarre.

Wikipédia la décrit ainsi : «  Marcel Leyat a inventé en 1927 une méthode d’apprentissage de la musique alternative au solfège. Cette méthode était incluse dans une méthodologie plus large qui regroupe ses disciplines de prédilection, appelée MALLER pour ‘Méthode Analytique Logique Leyat d’Éducation Rationnelle’, et qui se compose de quatre parties : la sonologie, la logologie, la cogitologie et la locomotologie. Le système de transcription de la musique est basé sur des partitions représentant graphiquement les touches d’un piano, un trait noir couvrant la touche à jouer, la longueur du trait déterminant la longueur de la note. Il fait construire un piano portant la marque Leyat, doté d’un clavier de 85 touches. Il construit également un autre clavier de piano doté de touches alternativement blanches et noires. Leyat instruit à cette méthode sa fille Odette qui donna le 29 octobre 1929 une représentation à la salle Molière à Lyon. »

Le résultat de cette méthode semble que, sur six enfants Fimbel, seulement deux restent capables de lire la musique.
Il y avait beaucoup de disques chez Maurice et ma mère se souvient particulièrement de ceux de Dinu Lipatti, un pianiste roumain.

Robert (1893-1949), frère de Maurice, était titulaire de l’orgue à l’abbaye de Ligugé où il était moine.

Robert Fimbel

Dom Robert Fimbel

 

Cet amour de la musique avait été nourri par leur père, Louis Ignace FIMBEL  (1848-1912) qui fût organiste à la cathédrale ND de l’Annonciation de Moulins et professeur de musique dans la même ville puis à Thiers.

Louis Ignace Fimbel (1848-1912)

Louis Ignace Fimbel
(1848-1912)

 

La revue « Le ménestrel » de 1833 relate:

« La Société Symphonique de Moulins vient de donner un intéressant concert. Le programme se composait d’oeuvres de Rameau, Haydn, Beethoven, Mendelssohn, ..Massenet,., Widor et Salvayre. Habilement dirigée par M. Louis Fimbel, qui a reçu une véritable ovation comme pianiste dans le concerto en sol mineur de Mendelssohn »

L’une des élèves de Louis était Hélène Costes (1851-1941), fille de l’intendant du lycée de Moulins. Il l’épousa en 1872.

Louis avait un frère, François (1854-1916), violoniste, lui aussi professeur de musique à Moulins et tenant un magasin de musique près de la cathédrale.

François Fimbel (1854-1916)

François Fimbel
(1854-1916)

Marie-Laure (1897-1969), fille de François, était violoniste et André (1895-1975), son frère, était luthier. Il avait repris la boutique de son père où il installa d’autres instruments puis des phonographes. Il envoya à ses neveux de Marseille l’un des premiers tourne-disques en forme de « jambon » puis, deux ou trois ans après, un tourne-disques portable inséré dans une petite valise. Une merveille qui servit de base à leurs surprise-parties.

Marie Laure Fimbel et Juliette de la Noe

Marie Laure Fimbel et Juliette de la Noe. 

Ma mère se souvient des visites d’André et François à Marseille. André possédait un grand chapeau noir d’artiste, une lavallière noire et une canne montée sur une colonne vertébrale de requin qui l’impressionnait.

Louis et François Fimbel avaient été formés à l’école de musique religieuse de Louis Niedermeyer, fondée en 1853 et située alors à Paris, Passage de l’Elysée des Beaux Arts, près de la place Pigalle.

«  Cette école, destinée à former les organistes et maîtres de chapelle en étudiant la musique sacrée, ainsi que les chefs d’oeuvre classiques des grands maîtres des X°, XVI° et XVII° siècles, était fort connue des alsaciens. Sa renommé était certainement parvenue aux oreilles d’Antoine Boëllmann dans sa pharmacie d’Ensisheim, fréquentée par de nombreux alsaciens de la région. Justement, non loin de là à Gundolsheim, Soultz, Rouffach, Hattsatt, Soultzmatt notamment, plusieurs jeunes artistes originaires de ces villages sont en train de terminer leurs études à l’Ecole Niedermeyer ou en sont fraîchement sortis pour mener une carrière de musiciens accomplis : Jérôme Gross, l’un des futurs successeurs de Gabriel Fauré à l’orgue de choeur de Saint-Sulpice; Joseph Eberling, titulaire du grand orgue de la cathédrale de Selestat depuis 1870, où il succédait à Nicolas-Joseph Wackenthaler, un autre alsacien issu de la même école; Jean-Baptiste Bischoff, maître de chapelle de la cathédrale de Rodez depuis la même époque; Louis et François Fimbel, organistes à Moulins; Jean-Baptiste Elminger dont le frère exerce à Mortain…« .(2)

« La musique ? nous en étions imprégnés, nous y vivions comme dans un bain, elle nous pénétrait par tous les pores.(…) L’École réunissait des élèves de tout âge. Ainsi avait-on pu créer un cours de chant simultané dont les exercices étaient strictement consacrés à l’exécution des œuvres de Palestrina, de Vittoria, d’Orlando Lasso ou de Bach et de Hændel. À cette époque, les chefs-d’œuvre de Bach, qui constituaient notre pain quotidien, n’avaient pas encore pénétré dans la classe d’orgue du Conservatoire. Avouerai-je que la dignité, la sévérité de l’enseignement que nous devions à la ferme et cependant si paternelle direction de Niedermeyer nous rendait peut-être un peu vains, un peu pédants et que, s’il arrivait qu’on qualifiât devant nous le Conservatoire de « mauvais lieu de la musique », nous ne protestions pas ? » Gabriel Fauré à propos de l’école Niedermeyer

Dès leur enfance, Louis et François purent entendre l’orgue de Sainte Colombe, l’église de Hattstatt, (XI ème siècle,)  acquis par la commune en 1834. L’Alsace est un haut lieu de l’orgue et des facteurs d’orgue.

Hattstatt-4861

Eglise d’Hattstatt (XIème siècle) « Hattstatt-4861 » par Psu973 — Travail personnel (1)

Est-ce qu’Ignace Fimbel, le maréchal-ferrand d’Hattstatt, leur père avait aussi cet amour de la musique ? En Alsace, il est de tradition que chaque famille ait un violon et que l’aîné en hérite. Le seul héritage actuel semble être la baguette honorifique de chef d’orchestre de Louis Ignace dont je rêve de pouvoir mettre ici la photo…

 

Plus d’infos sur Niedermeyer:

(1) Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hattstatt-4861.jpg#/media/File:Hattstatt-4861.jpg

(2) http://www.musimem.com/boellmann.htm