Maria Sponty (1773-1852) et sa famille

Maria Sponty est la grand-mère d’Adolphe Honoré Ange Fontana Mure dit « d’Azir », le mari de Marie Louise Quinon. Elle est née à La Canée, aujoud’hui Chania en Crète, en 1773. Elle est mon aïeule à la 7ème génération.

Gouffier-Choiseul

Marie Gabriel Florent Auguste de Choiseul Gouffier Ambassadeur de France à la Sublime Porte. Source

J.-L. Sponty à M.-G.-F.-A., comte de Choiseul-Gouffier, à Salonique, le 16 octobre 1784, “Crète est ma patrie et je descends d’une famille qui existait lorsque cette isle appartenait aux Vénitiens.”

 

 

 

 

Mary Sponty est donc issue d’une ancienne famille vénitienne de Candie (ancien nom de la Crète). Son père, agent commercial danois à la Canée occupera à la révolution le rôle de premier drogman du consulat de Venise à Smyrne (Izmir).

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Le port de Chania sous les Vénitiens. Source : www.chania.gr

Drogman est le terme utilisé en Orient pour désigner un interprète. Ce mot, utilisé entre les xiie et xxe siècles, vient de l’arabe tourdjoumân (ترجمان, traducteur) qui a aussi donné en français « truchement » (1). La famille Sponty comprend de nombreux drogman, des négociants et des médecins. D’origine vénitienne donc, elle vit sous domination ottomane. Ses membres sont souvent protégés barataires des français mais aussi de simples rayas. Au gré des circonstances, ils passent de la protection française à celle d’autres pays.

Le barat ou protection était une sorte de brevet que les ambassadeurs européens délivraient à certains sujets ottomans avec l’accord des autorités ottomanes. De ce fait, le barataire perdait son statut de raya c’est à dire de sujet chrétien ou juif de l’Empire Ottoman qui  devait payer un impôt spécial. Soustraits à la juridiction turque et soumis à celle de la nation qu’ils servaient désormais, les barataires étaient souvent drogman ou chanceliers des postes consulaires. 

Les Sponty vivent à cheval entre plusieurs religions (catholicisme, orthodoxie et sans doute anglicanisme), parlent au moins quatre langues : le Turc, le Grec, l’Italien et le Français et se répartissent dans les Echelles du Levant c’est à dire les ports ouverts aux occidentaux. En cela, ils sont représentatifs de nombreuses familles levantines.

Ces notes prises, pour la plupart, aux Archives Nationales de Paris en 2013  vous donneront un aperçu des membres de cette famille. Je cherche encore a établir les liens précis existant entre ses différents membres. Toute aide est bienvenue !

Chania, Crète 1745
5 novembre
 » Venturina Ebreu fille du vice-consul d’Angleterre Samuel Leon (lequel se trouvait à Constantinople) âgée de 24 a 25 ans a fuit la maison de son père dans la nuit du 23 au 24 septembre 1745, pour aller rejoindre à Perivoly, Jeano Sponty. Le consul d’Angleterre, Jean Corne, un médecin ayant appris son métier en France dans la marine mais enlevé de la protection française et passé sous celle des anglais, vient s’en plaindre au consul de France (Pierre-Etienne Robeau de Valnay). Jeano Sponti , âgé de 30 a 32 ans, vit dans une maison de campagne avec sa mère 65-66 ans et ses domestiques. »
Le consul de France suggère au consul anglais de s’y rendre amicalement pour éviter le scandale qui aurait indubitablement « échauffé les gens du pays toujours propres à tout gâter ». Mais le consul anglais alerte les autorités. Le 25, le consul français autorise le capitaine «  Mazur aga » à visiter la maison de Michelino Sponty, 45 ans, médecin, frère aîné de Jeano, et celle de leur mère, ou il ne fût rien trouvé.

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La mosquée des janissaires. Chania, Crète. Photo: Bernard Gagnon via Wikicommons.  [CC BY-SA 3.0 

Le 28 les Turcs font une demande d’amener Marquais domestique grec de la mère, ce que le consul refuse. Le consul demande audience au Pacha durant laquelle il demande pourquoi on n’a pas fouillé la maison de cette fille où vivent 12 à 14 personnes. La réponse est que c’est la guerre et que les esprit s’échauffent, que la fille a emporté quarante bourceix (?) Le consul réplique que les Francs ne sont pas responsables de ce que font les autres communautés mais demande à Jeano Sponti via Larmet, chancelier, de tout révéler car sa famille est en danger. Jeano répond que Venturi veut se faire chrétienne et qu’elle s’est enfuie pour ce faire.

Jeano (Zanio) Sponti n’était pour rien dans la disparition de cette fille.

Le consul précise que (le père) Sponti a un barat depuis 8 ans (1737 ?) et a toujours pris le parti des français. Il est visiblement décédé en 1745.
« Dans la maison, la mère, ses 3 garçons (Michelino, Zanio et Angelo) et ses 4 filles pratiquent le rite grec, c’est la seule maison chrétienne protégée ou tous les francs et moi-même puissent pratiquer honnêtement, soit a a leur maison de la ville ou de la campagne, comme le faisaient mes prédécesseurs »

Jeano (Zanio) a
– Michelino fils ainé, médecin, vit avec sa femme et 2 petits garçons dont l’ainé a 10 à 11 ans
– Une fille de 10 ans a été envoyée par sa mère catholique à Marseille ou elle est élevée dans un couvent
– Jeano, médecin a une boutique de drogue ds la ville ( c’est lui qui semble avoir été mis en cause dans l’affaire qui précède)
– Angelo, commis du sieur Goujon, l’un de nos négociants. Les 2 derniers vivent avec leur mère et leurs soeurs qui subsistent de leurs biens patrimoniaux.

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L’arsenal vénitien, Chania, Crète. Source : Bernard Gagnon GFDL, via Wikimedia Commons

Chania, 1747.

Lettre du consul de France
« Thislaki Sponti , fils de Leftercos Sponti, faisait office de drogman auprès du consul de France à La Canée en vertu d’un barat.
Zanio fils de ce drogman ( je suis troublée par ce prénom car si je me réfère au document précédent le pere devrait se nommer Jeano et non Thsilaki) fut mis en prison a la suite de l’évasion de la fille de Jacoulet Oglon, juif, procureur du consul anglais ( là aussi les noms sont différents) »

Un firman (ordre écrit) de la porte confirme la protection consulaire pour Zanio et ses frères car leur père était drogman barataire mais Zanio a peur que cela ne soit pas respecté au changement de Pacha et s’adresse à Constantinople, via son frère qui y réside, (Angelo?) pour que l’ambassadeur de France ( le comte de Castellane (3) obtienne un barat pour lui même. N’ayant pu l’obtenir, il s’adressa au bailli de Majo (illisible) qui lui en donna un comme drogman barataire du roi des Deux-Siciles

14 décembre 1748.
Antoine Dailhot, tonnelier, fils d’un français marié a une grecque de Candie, veut se marier avec la fille de feu Mr Sponty protégé barataire de la France.

1 octobre 1749
Le nouveau consul d’Angleterre exige l’éviction de la veuve Sponty et de ses enfants de la maison qu’elle a de  Goujon, négociant, lequel a gardé les entrepôts pour son usage et loue les appartements a Sponti. Le consul anglais en offre 60 piastres de plus par an et la propriétaire turque s’adresse au consul pour faire chasser la famille Sponti.
1772 Installation de Francesco Sponti à Marseille (4)
1773 Naissance de Maria Sponty Lefterco à Chania (source : acte de décès à Marseille 1/01/1852). Elle est la fille d’Héléna Patrichy et d’Angelo Sponti, agent danois à La Canée (Crète)  puis premier drogman du consulat de Venise à Smyrne (Izmir) pendant la révolution française. Angelo doit être un petit-fils de Nikolaki Sponti car chrétien latin. Maria a d’ailleurs un grand frère Nikolaki, qui porte ce nom et une soeur.

Avant 1775 Faillite de la maison Goujon (5)

29 décembre 1782 (2)
« Quelques négociants Grecs et Barbaresques, qui se trouvent à Marseille, m’ont représenté, Monsieur, que l’établissement d’un Consul de leur nation dans ce Port devenait nécessaire, à cause de l’abord plus fréquent des sujets du G[rand] S[eigneur] et ils m’ont proposé pour remplir ces fonctions le Sr François Sponty, négociant natif de la Canée, raya de la Porte et résident depuis dix ans à Marseille.
 Vous voudrez bien, Monsieur, faire appeller ce Grec et luy faire sentir que la Chambre est le défenseur né de tous les Orientaux qui s’y présentent, qu’elle n’a cessé de protéger leurs personnes et leur commerce, d’appuyer leurs demandes et de donner à leurs actes la sanction dont ils ont pû avoir besoin; que bien loin d’envier le sort des autres nations, qui ont des représentants à Marseille, les sujets du G.S. peuvent se flatter d’y avoir pour leur protecteur le corps entier des députés du commerce de cette Ville; et qu’ils n’ont pas besoin d’un Consul particulier pour stimuler son activité pour leurs intérêts. Je ne doute pas,Monsieur, que le Sr Sponty ne sorte de cette audience convaincû qu’il doitrenoncer à la demande, qu’il a probablement provoquée de la part des Grecs et des Turcs, et qu’il ne cherche luy même à les persuader qu’ils doivent rendre plus de justice à l’empressement de la Chambre à les obliger.»

1787
– Etat de la Nation française, Chania, Crète: Y figure Madame Misa Sponty épouse de monsieur André Marie Magallon, frère de Michel Magallon, les deux négociants associés.  Les Magallon sont de riches négociants marseillais dont la bastide existe toujours ( les jardins se visitent). L’amitié avec les Magallon perdurera plusieurs générations.

la magalone

Bastide de la magalone. Marseille.

– Premier mariage de Maria Sponti avec Antonio Fontana, médecin
– Octobre 1787. Arrivée de Henry Mure comme consul de France à La Canée. Henry Mure posté auparavant au Maroc (Salé) parle parfaitement arabe, grec, italien, espagnol et finira sa carrière en parlant turc (il portera aussi le titre de drogman) (6)

1788
22 Août : Naissance d’Ange Fontana, fils de Maria Sponti et d’Antonio Fontana, médecin originaire de Venise.
La même année s’installe à Serrès, comme représentant des maisons de commerce françaises de Thessalonique, le protégé (barataire) de la France Michel Sponty.
Michel Sponty se déclare d’origine vénitienne, il est né à la Canée et est arrivé en Macédoine en suivant son oncle Jean-Louis, drogman du consulat français de Morée, lequel avait quitté Coron pour aller chercher meilleure fortune ailleurs et était arrivé à Thessalonique en 1783. La représentation des intérêts français à Serrès, par Sponty, prit rapidement un caractère officiel, lorsqu’il fut nommé en 1790 par Cousinéry, désormais consul, comme agent consulaire de la France (7)

drogman

Drogman. Source : les couleurs d’Istanbul

Personnel consulaire de Chania (Crète)  :  Henry Mure, consul ; Gaspard Fonton, drogman et chancelier ;  Judas Franco drogman barataire et auxiliaire. L’ancêtre d’une de mes amies !
Lucas Dellepiane et Benoit Zentre, domestiques
La Nation se compose de 8 maisons et 20 Français dont Jean Sponty commis de la maison Magallon. Ils importent de Marseille: poivre, cafe du cap, sucre en poudre, grenaille, girofle, dorure, morue, liqueur.

Smyrne_-_Rey_Etienne_-_1867

Smyrne  par Étienne Rey in Voyage Pittoresque en Grèce et dans le Levant fait en 1843-1844,

Angelo Sponti, père de Maria, est premier drogman au consulat de Venise à Smyrne (consul: Cortazzi ?) pendant la révolution française (date inconnue). Il se plaint d’être mal considéré auprès du Bailo de Venise (15). Marié à Héléna Patrichy Angelo, le couple a trois enfants au moins: Nikolaki (1766-1832), Maria (1773-1862) et  Arietta qui épouse à Smyrne Antonio Marini. De cette union naîtra au moins une fille : Maria Angela.

1790 Mort d’Antonio Fontana, médecin, premier mari de Maria Sponty

1792 28 décembre, Maria Sponty épouse Henry Mure, consul de France

1791 Lavalliere au vice-consulat de Candie,

L0056669 Street in Larnaca, Cyprus.

Larnaca, Chypre en 1878. Photo: John Thomson

1796 départ de Maria Sponti, d’Ange Fontana, son fils,  et  d’Henry Mure, son époux, pour Chypre, échelle de Larnaca (voir leurs aventures dans un prochain article).

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Odessa en 1837. Source : HOBOPOCC . Wikimedia Commons.

1802 Ange Fontana est adopté par Henri Natal Mure et  Henry Mure est muté à Odessa où il réside en famille.

1808 Michel Sponty agent consulaire de France à Serrès (8) devient vice-consul d’Autriche et de directeur de la poste autrichienne dans la même ville.

1810 Le même Michel Sponty , catholique, se convertit à l’orthodoxie.

1813

Zinjirli_mosque_Serres,_Greece

Mosquée Zinjirli. Serres XVI eme siècle. Source : Par CeeKay — Travail personnel, CC BY-SA 3.0,

Michel Sponty, avec le nom désormais hellénisé Michaïl Spondis, le “très noble garant des lettres commerciales de France”, comme il est mentionné dans les catalogues de souscripteurs des livres grecs de l’époque, avait perdu, dès la fin de 1813, le titre d’agent consulaire de France. Il avait cependant réussi à s’enraciner dans la société de Serrès. Quelques années plus tard, son fils Ioannis représentera l’Angleterre et plus tard l’Autriche, mais aussi la France, à Serrès. Dans un autre document on trouve effectivement, en 1860, un Jean Sponti répertorié comme agent consulaire de France à Serres (11).

Son petit-fils, Michaïl deviendra agent consulaire d’Autriche dans la ville voisine de Cavalla et bienfaiteur de la communauté grecque orthodoxe. Un autre document mentionne qu’entre 1862 et 1886, un Sponti est vice-consul d’Autriche à Cavalla (12)
“Les Capitulations n’étaient bonnes que pour les Échelles.” À l’intérieur de l’Empire, les Européens étaient obligés de fonctionner selon les termes imposés par les commerçants autochtones. Les agents commerciaux et consulaires européens dans l’arrière-pays ottoman, s’il n’étaient pas autochtones, devaient le devenir. “Devenir autochtone ou devenir invisible” était le seul choix possible pour ces personnes, si elles voulaient résister au tourbillon de la concurrence économique (7).

1814 On apprend qu’Ange Fontana Mure, fils de Maria, parle italien, français, grec et russe (9) . Henry Mure est nommé à Tripoli de Libye.

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Scène de rue à Tripoli. Fin XIX eme. Source : Wikimedia

1824 La famille Mure est à Tripoli de Libye avec Marie Marini, 22 ans, nièce de Maria, et Nikolaki Sponty (10). La famille repart à Marseille la même année car Henry Mure a demandé sa retraite. Il décède deux ans plus tard. Nikolaki meurt à Marseille en 1832 et Maria, mon aïeule, en 1852. Ma mère se souvient d’avoir vu un portrait d’elle dans une revue que je n’arrive pas à retrouver. Elle était célèbre pour sa beauté ainsi que le rapportent la chronique familiale mais aussi divers écrits sur le monde diplomatique.

1891 Daniel Sponti, courtier d’immeuble à Smyrne (13)
Natalie Sponti, sa fille, épouse Vladimir de Jaba (14). Stephano Sponti est témoin (lien ave Nathalie?).  Ils auront 4 enfants:
1- Hélène, épouse Thomson, 2- Marie épouse Morris, 3- Yvonne, 4- Ladislas

Sources 

(1) Wikipedia

(2) A.D. Bouches-du-Rhône, C 2547, de Castries (secrétaire d’État à la
Marine) à de La Tour (Premier Président du parlement d’Aix).

(3)  Comte Michel-Ange de Castellane (1703-1782). Capitaine dans le régiment de dragons de Saumery en octobre 1730, cornette de la compagnie des mousquetaires de la garde du roi en janvier 1737, chevalier de Saint-Louis le 22 juin 1739 et brigadier de dragons en janvier 1748. – Ambassadeur de France à Constantinople du 19 janvier 1740 au mois de décembre 1748.

(4)https://www.academia.edu/2493646/Pétitions_marchandes_autour_de_la_fonction_consulaire_la_diaspora_grecque_et_la_naissance_de_la_diplomatie_néohellénique

(5) Population et personnalités juives du Sud-Est (Bouches du Rhône et Alpes-Maritimes). À l’époque du grand Sanhédrin Françoise Hildesheimer. Annales historiques de la Révolution française Année 1979 Volume 235 Numéro 1 pp. 67-85

(6)  La France et la Mer Noire sous le Consulat et l’Empire: la porte du harem ouverte. Faruk Bilici. L’Harmattan, 2003.

(7) UN REPRÉSENTANT D’ÉTATS EUROPÉENS DANS L’ARRIÈ RE-PAYS OTTOMAN.
LE CAS DE SPONTY À SERRÈS (FIN XVIIIe-DÉBUT XIXe SIÈCLE) . Georges Koutzakiotis

(8) La Grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts
Author : Dreyfus, Camille, 1851-1904

(9) MAE

(10) LES RELATIONS FRANCO-TRIPOLITAINES À L’ÉPOQUE DE YOUSSEF PACHA, ENTRE 1795 ET 1832 par Fawzia MATRUD . Thèse Université d’Orleans. 2013

(11) Annuaire-almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers : Firmin Didot et Bottin réunis Éditeur :  Firmin-Didot frères (Paris) 1860

(12) Annuaire diplomatique et consulaire des Etats des deux mondes (Vol. 1)1882

(13) Annuaire oriental (ancien Indicateur oriental) du commerce, de l’industrie, de l’administration et de la magistrature… 10e année, 1891 (Constantinople)

(14) Famille Giraud

(15) Archives de Venise

 

Photo de vignette: Le port vénitien. Chania, Crète.  Davidzuccaro. May 2000

A la recherche d’Albert de la Noë (2)

Puisque je suis coincée du côté la Noë dans ma recherche d’Albert,  la clé du mystère est peut-être dans la recherche d’informations sur la femme de Jules Albert, Marie Frédérique Rossignol d’Astorg.

De son vrai nom, Maria Carolina Fritza Rossignol d’Astorg, elle est fille de Pierre Libera Rossignol d’Astorg né le 20 vendémiaire an X à Labastide -Murat et décédé à Cahors le 4 novembre 1873 et de Jeanne Leonie Delfour (Albas 1817-Cahors 1872).

Médecin à Labastide Murat, Pierre Libera a du mal à élever ses cinq enfants

« Présenté en 1852 à l’empereur, il obtient une charge de commissaire de surveillance administrative des chemins de fer français, sollicite le 13 mars 1859 un grade d’inspecteur car ses appointements sont insuffisants » (1)

On le trouve mentionné  dans «  l’Allemagne aux Tuileries de 1850 à 1870 » Par H Bordier p 177 et dans « La mendicité allemande aux tuileries 1852-1870 » par Henri Welschinger.
où il est présenté comme faisant partie de la clique allemande liée aux Hohenzollern qui aurait abusé de la bonté de l’Empereur Napoléon III. Ces deux derniers ouvrages font suite à la guerre de 1870 et ont pour but d’attiser la haine anti-allemande et de ceux qui leurs sont liés. On y apprend que Pierre Libera est « sans fortune et père de cinq enfants» et « oncle » du prince de Hohenzollern. Cela corrobore les écrits de l’oncle sur les liens avec les Hohenzolern.

Jules Albert travaillait pour les Messageries Maritimes comme Antoine Jean Etienne Rossignol, le frère de Maria Carola. Origine de l’idylle?

J’ai écrit aux Affaires étrangères pour en savoir plus sur Jules Marie Albert mais ils n’ont pas trace de son décès à Montevideo.

Un membre de Généanet présente sur son arbre, Marie Frédérique (Maria Carolina Fritza) comme née à Labastide Murat.

Je le contacte immédiatement car je sais, pour avoir déjà eu un échange avec lui, que nous avons un bout de famille en commun. Il me donne une référence à la BNF : « les Bonaparte et leurs alliances », de Léonce de La Bretonne, publié en 1901. Y figure le deuxième mariage de Louise Dastorg (mariée en premières noces avec Pierre Murat, frère aîné du prince Murat), avec Pierre Rossignol.

Y figure aussi  leur descendance:

1° Bernard Rossignol (1801-1831),

2° Jean Pierre Libera Rossignol, marié deux fois: 1° à Jacquette Adèle Labie; 2° à Jeanne Léonie Delfour. De ce second mariage sont nés:

1° Léopold né le 28/09/1841
2° Antoine né né le 13/011841
3° Antoinette née en 1846 à Labastide Murat
4° Adèle née en 1848, mariée au Dr Alayrac, maire de Labastide Murat, dont une fille: Marie Frédérique, née en 1855, mariée 1° à Albert de la Noé, 2° à Jules Paulet Cal. Ce dernier élément est peu crédible : Marie Frédérique ne peut être  la fille d’Adèle elle  aurait été mère à 6 ans! De plus, M-F apparaît dans le texte en ma possession sous le nom Rossignol d’Astorg. Je pense donc que c’est une fille « tardive » de Jean « Pierre » Libera Rossignol d’Astorg  

3° Jean (An XIII-?)

Pierre Rossignol (le père de Jean Pierre Libéra) marié à Louise d’Astorg a demandé et obtenu le droit de se nommer Rossignol d’Astorg. (Son arriere-petit fils Maurice, à l’inverse, a demandé a ne plus se nommer ainsi. Décision validée par le tribunal …..).

 

antoinette_murat_furstin_von_hohenzollern-sigmaringen

Antoinette Murat Fürstin von Hohenzollern-Sigmaringen  (tante de Maria Carolina Fritza) Source 

Avant d’épouser Pierre Libéra Rossignol, Marie d’Astorg (1762-1832)  avait épousé Pierre Murat (1748-1792), fils d’un aubergiste de la Bastide Murat dont elle a cinq enfants. La petite dernière, née après la mort de son père, se nomme Antoinette.

 A la mort de Pierre, son frère Joachim  Murat (1765- 1815), LE Murat général d’Empire, prend soin de ses neveux. Devenu grand-duc de Berg et de Clèves, prince de la Confédération du Rhin, Joachim Murat marie Antoinette (1793-1847) à Paris, le 4 février 1808, au prince Charles de Hohenzollern-Sigmaringen (2). Peu de temps après, il devient Roi de Naples.

 

 

 

Joachim Murat

Joachim Murat

Antoinette de Hohenzollern, nièce de Joachim Murat, est donc la demi-soeur de Pierre Libera Rossignol d’Astorg  et la tante de Maria Carolina Fritza, femme d’Albert Aubry de La Noë.

Voilà le fameux lien aux Hohenzollern !!

Notons que le village de Labastide-Murat dans le Lot a été rebaptisé ainsi en 1852 par un décret de Napoléeon III en l’honneur de Joachim Murat mais se nommait Labastide Fortunière auparavant.

Grâce à Jean-Pierre Croc rencontré via Généanet, je parviens à trouver l’acte de mariage de Maria Carola Fritza avec Jules Marie Albert Aubry de la Noë le 17 juin 1876 toujours à Labastide Murat.

Trois surprises sur cet acte :

  • Maria Carola Fritza  y apparaît comme Rossignol et non Rossignol d’Astorg ainsi que son père.
  • Sophie Aubry de la Noë, soeur d’Albert, est présente et signe le registre. Elle ne devait donc pas être si mécontente du mariage de son frère avec une femme liée au clan bonapartiste. Le mari de celle-ci, Jules César Antoine Aubry de la Noë, est témoin.
  • Frederic Hilarion Alayrac  est témoin comme beau-frère de la mariée ce qui confirme que l’information donnée par le livre  » Les Bonaparte et leur famille » est inexacte: Maria Carolina est la belle-soeur et non la fille de Alayrac.
  • Le nom complet d' »Albert »est Jules Marie Albert, né à Pontlevoy le 13 janvier 1841.

Mais rien n’explique la fameuse rastaquouère.

Monsieur Croc attire mon attention sur un acte de mariage ultérieur concernant Maria Carolina Fritza. Celle-ci épouse en deuxième noce en 1887 Jules Paulet, né et domicilié à Montévideo (Uruguay).  Le document précise que Jules Albert, premier époux, est mort à Montévideo le 15 septembre 1885.

La voici donc la rastaquouère ! C’était de Maria Carolina Fritza qu’il s’agissait dans les cancans familiaux et non d’une hypothétique seconde épouse de Jules Albert. Sophie a dû désapprouver le remariage de sa belle soeur.

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Joachim Murat, député du Lot

L’un des témoins de ce deuxième mariage est  Joachim Murat II, député du Lot (1828-1904).

 

 

 

 

 

 

 

Le mystère est enfin résolu et je trouve quelques temps plus tard une photo de Maria Carolina Fritza et de Jules Albert lors d’une soirée déguisée.

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Maria Carolina Fritza Rossignol et Jules Albert Aubry de la Noë ©ihaynes

 

(1) Extrait de la Revue des deux Mondes pages 530 periode 6 T 33- 1916.

(2) Voir fiche sur Antoinette par les amis du Musée Murat ici