Le carnet noir Fimbel (1)

 

Il y a quelques années après le décès de son père ma cousine a trouvé le carnet noir dont il m’avait parlé.
Ce carnet retrace le journal de Franz Xavery Fimbel (1774-1852) fils d’Ignace Francois (1722-1799, petit-fils de François (1684-? ) et de son fils Francois Ignace (1817-1866). Comme on voit l’imagination pour les prénoms n’était pas de mise puisque les fils de Francois Ignace (1817-1866) se nomment Louis Ignace et André Francois Xavier. Quand aux filles à chaque génération une Anne-Marie ou une Marie-Anne !!

Le carnet dit « Livre de raison » a été complété et recopié par Julia Heyberger (1852-1924) mon arrière-grande tante.

heyberger fimbel

Photo de la tombe de Julie Heyberger née FIMBEL à Hattstatt. Source : CDHF (2006 – JRB)

 

Une rapide consultation de wikipédia m’apprends qu’un «  Un livre de raison (du latin liber rationis ou liber rationum, c’est-à-dire « livre de comptes ») est un registre de comptabilité domestique comportant également des notations à caractère familial ou local. Tenu par le père de famille, il constituait un aide-mémoire pour l’auteur, mais il était principalement destiné à renseigner ses héritiers. Fréquemment, un même livre de raison se transmettait de génération en génération, chaque chef de famille le tenant à son tour. »

C’est exactement le cas de celui-ci qui mêle renseignements domestiques, événements, comptabilité.
Il est écrit en alsacien et je n’y comprends rien. Je pars donc en quête d’une personne parlant suffisamment bien allemand pour pouvoir ne pas être perdue en alsacien.
Au bout de quelques temps, la traductrice est trouvée et la traduction arrive. Je l’envoie à tous les cousins FIMBEL.

Le texte raconte la vie difficile d’un petit artisan maréchal-ferrand de Hattstatt dont le revenu dépend des saisons ( donc de ce que gagnent les paysans) et des passages dans le village, notamment ceux de l’armée. Il montre aussi les maigres possessions des Fimbel d’Hattstatt.

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« Hattstatt 058 » par Bernard Chenal — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Généalogiquement, il permet de mettre de l’ordre dans les indications de l’oncle et celles trouvées au CDHF ou sur Généanet

Origine Suisse: Les ancêtres étaient bien suisses et de Bremgarten comme je le supposais et non du Valais

Le père de Ignace Francois (1722-1799) Fimbel, qui n’est pas nommé dans le document, est de Bremgarten et semble s’être installé en Alsace avec trois de ses frères: l’un à Blodesheim, le deuxième à Bantzheim et le troisième à Ottmarsheim. Un nouveau frère est donc apparu par rapport au document du CDHF qui n’en mentionnait que deux: Laurent et Quirin.

Hypothèse 1 : on pourrait identifier celui de Bantzheim avec les documents du CDHF : un certain Laurent Fimbel bourgeois de Bantzheim se marie à Kemp avec Anne Marguerite Buckler le 22 janvier 1674. Il est dit fils de Georges.

Hypothèse 2 : Les relevés paroissiaux mentionnent qu’en la paroisse catholique Saint-Maurice de Soultz, Laurent FIMBEL, fils de Jean-Ulrich et de Catherine LANG, en leur vivant conjoints demeurant à Ottmarsheim, épousa Catherine GERBER en février 1781. Jean Ulrich serait le frère inconnu ?

Hans Georg le père de Frantz installé à Fessenheim se marie et finit ses jours à Blodesheim village d’origine de sa femme, ses premiers enfants naissent à Fessenheim, les autres à Blodelsheim. Il est dit « premier de la lignée de Fessenheim. »

Quand à Michel dit originaire de Bantzenheim ( où il habite avec son frère ou cousin? ), il se marie en 1684 à Eschentzwiller puis s’installe à Fessenheim ou il épouse sa deuxième femme en 1700.

Hypothèse 3 : Quirin est-il le frère de Blodelsheim ? Les seules indication sur Geneanet sont celles d’un Quirin né vers 1668 à Bantzenheim, fils de Joachim, Prévôt de Bantzenheim de 1679 à 1719.

Il y a donc, peut-être, deux familles Fimbel à cette époque dans la région.

Par ailleurs, si les trois frères sont, comme l’indique le carnet de l’aieul tous nés à Bremgarten, quel est leur lien avec Frantz FIMBEL, vétéran soldat dragon sous Monsieur RENIAC de Breisach décédé en 1713 à Blodelsheim ( je n’oublie pas que mon oncle faisait l’hypothèse de l’enracinement d’un soldat suisse) et avec Jean Michel FIMBEL garde ou vigile à Hammerstatt décédé à Blodelscheim en 1723?

Soit l’un s’est installé et a fait venir d’autres membres de sa famille depuis la Suisse quand l’occasion s’en est présentée en profitant de l’édit de 1662.

Soit Frantz est le père des quatre frères Fimbel et notre aïeul s’est trompé en rédigeant ses souvenirs : il a fait naître à Bremgarten des ancêtres nés en Alsace dont le père était de Bremgarten et est mort à Blodelsheim.

A suivre….

L’ auberge de l’Ange par la grâce de la cuisine d’Ester Scherer, née Haüsser (1730-1818)

L'ANGE

L’ange de la salle de restaurant a donné son nom à l’auberge. Photo: I. Scherer 2009

En 1753, Jean Christophe SCHERER (1715-1788), cordonnier, veuf de Maria Barbara Appel ( 1715-1752) dont il a quatre enfants, se remarie avec Ester-Suzanne Haüsser (1730-1818). C’est le talent culinaire de cette femme qui est à la base de la réussite de l’auberge de l’Ange.
«  Sans forfanterie, on peut dire que ses pâtés et sa pâtisserie l’ont fait connaître dans toute la province ».

Fille de boulanger, Ester-Suzanne est douée pour la cuisine: son mari et elle décident donc de profiter de ce talent pour ouvrir une auberge et le couple cherche une occasion. Ayant d’abord pensé acheter l’auberge de l’Etoile qui lui passe sous le nez, Jean Christophe et Ester-Suzanne acquièrent l’auberge de l’Ange et se lancent aussitôt dans d’importants travaux pour agrandir la salle.

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L’auberge de l’Ange Wissembourg. Photo : I.Scherer 2009

L’affaire marche bien.
En 1776, Jean Christophe fait installer un billard qui est extrêmement à la mode en ces temps là et commence à servir du café.
En 1787 nouvelle extension de la salle.

Après la mort de son mari en 1788, Ester poursuit l’exploitation de l’auberge avec l’aide de ses enfants. En 1793, elle cède l’affaire à son fils Jean SCHERER (1757-1830) et se retire en compagnie de ses filles Marguerite et Rosine.

Jean Scherer se marie en 1795 avec Eve Elisabeth Heindenreich. Ils auront six enfants dont seule une fille, Marguerite aura une postérité.
Jean décède en 1830 et l’auberge de l’Ange passe alors à l’un de ses neveux, Louis Frédéric Auguste SCHERER (1810-1871), dit Louis, mon trisaïeul, fils de Jean-Georges SCHERER (1765-1822) aubergiste brasseur à la Couronne.

Les notes du livre « l’Outre Forêt dans la tourmente révolutionnaire »(1) nous racontent que « l’Auberge de l’Ange fût tenue jusqu’en 1870 par la famille Scherer et qu’elle bénéficiait d’une excellente réputation pour a finesse de sa cuisine et la qualité de ses vins ( en particulier ses inimitables côtelettes). »

D’ailleurs dans la famille Scherer la bonne chère et l’hôtellerie sont de tradition. Les femmes épousent des bouchers, des vignerons, des confiseurs. Les hommes, quand ils ne poursuivent pas les premières traditions de leur aïeul autour des vêtements (cordonnier, tailleur etc), sont aubergistes, cafetiers ou brasseurs.

Il y a plusieurs anecdotes sur l’auberge. En voici quelques unes. Merci de compléter si vous en connaissez d’autres.

Albert de Saxe Cobourg Gotha, mari de la reine Victoria d’Angleterre s’arrête à l’auberge de l’Ange et apprécie tellement la cuisine qui y est faite qu’il repart avec le chef cuisinier, Eugène OTT .
En 1864, celui-ci qui séjournait à Bonn avant de rentrer en Angleterre, est assassiné par une clique de jeunes gens ivres parmi lesquels le comte Eulenburg qui lui porte le coup fatal. Comme la Prusse n’accorde aucune indemnité à la famille, la presse d’opposition hurle au scandale: 20 000 alsaciens signent une pétition envoyée au sénat et les Erckmann Chatrian publient un pamphlet à ce propos (1).
Le débat fait rage autour de l’impunité dont jouissent les militaires prussiens :
La gazette du Rhin s’indigne : « Peut-on imaginer un membre éminent de notre société, proche du gouvernement, traîné devant le juge pour un cuisinier ?»
Ce à quoi, Eulenburg étant finalement condamné à 9 mois de forteresse, le journal anglais Spectator répond : «  La peine, si elle est appliquée, sera à porter au crédit des autorités militaires prussiennes, car bien que peu sévère, c’est  déjà quelque chose qu’elles pensent que la vie d’un cuisinier français ait quelque valeur. »

En 1863, le maréchal de Mac Mahon y donne un banquet.

Le 14 septembre 1870, le nouveau préfet républicain du Bas-Rhin, Edouard Valentin, fût caché par Albert Boell ( avocat et député) à l’Ange, pourtant pleine d’officiers prussiens.

La guerre de 1870 porte un coup fatal à l’auberge, Louis SCHERER meurt le 21 mai 1871.  Ses  deux fils sont en France et optent pour la nationalité française. La reprise de l’affaire est alors impossible sous l’occupation allemande. Juste avant ou après la mort de Louis, l’auberge est vendue à un allemand tandis que ma trisaïeule, Louise Bourguignon (1816-1890) se retire.

Louise Bourguignon et Louis Federic Scherer vers 1865

L’auberge de l’Ange est aujourd’hui le restaurant de l’Ange et est tenu par la famille Ludwig.

Le métier ne se perd pas pour autant.

« Après la guerre franco-allemande, le nombre de brasseries et d’établissements alsaciens augmenta car beaucoup d’Alsaciens fuirent à Paris. Beaucoup d´entre eux brassaient leur propre bière alsacienne, qui était servie par des serveuses qui avaient remplacé les garçons de café.« (2)
Jules Albert Scherer ( Wissembourg 1845- Paris 1909), deuxième fils du couple, devient, lui, directeur du Grand Hotel de Bade, 32 boulevard des Italiens à Paris qui est maintenant partagé entre l’hôtel LONDON et le cinéma UGC.

32 bd des italiens

32, boulevard des italiens. Paris.

A l’époque le boulevard des Italiens est au coeur du quartier  « branché » de la capitale. On y trouve, des théâtres, des restaurants et des cafés célèbres comme le café Riche, le café de Paris ou le café de Bade au rez-de-chaussée de l’hôtel.

Dans l’une de ses chambres, des anarchistes russes assassinent le général Silverstoff, chef de la police politique du tsar Alexandre III, le 30 novembre 1890.

Assassinat Seliverstoff

La hune du Petit Parisien 1890

Tandis qu’après 1852, se retrouvent, au café de Bade, les amis de Baudelaire: Asselineau, Danville et Philoxène Boyer.

Baudelaire au café de Bade

Baudelaire au café de Bade par Félix  Regamey (1844-1907)

Marié à Marie-Louise Schmidt (1860-1921) de Bischwiller, Jules Albert a quatre enfants dont un fils, Jules Scherer, époux d‘Alice Fraissinet, donc cousin germain de mon père, qui reprend l’affaire de son père jusque dans les années 20 où il cessera ses activités à la suite d’un différent avec un associé.

L’amour de la cuisine est toujours bien présent dans la famille. Ceux qui font des stages chez Valrhôna ou ceux qui commandent des casseroles en cuivre pour Noël se reconnaîtront!!

 

Sources :