Consuls de Suède à Marseille : les Folsch (1735-1881)

Dans la famille Folsch on est consuls de Suède de père en fils.

Henry Jacques Folsch Von Fels, né à Hambourg en 1707 de Henry Jacques ( 1664-1731) et de Elisabeth Reinsbagen (-1731) est d’abord commis chez Philippe Mathias Weber négociant à Hambourg puis part en 1730 travailler chez les frères Butini, négociants à Marseille. C’est un précurseur. L’immigration de négociants allemands à Marseille ne deviendra plus importante que dans la seconde moitié du XVIIIème siècle (1)

Les Butini sont issus d’une grande famille genevoise dont on a des traces dès le XV ème siècle. Jean Antoine Butini (1693-1779), l’un de ses patrons, est consul de Suède à Marseille depuis la création de ce poste en 1731.

La fonction de consul de Suède ( ou de Danemark) ne peut être tenue que par des négociants nommées par le Collège du Commerce (Kommerskollegium). Il est demandé au personnel consulaire de rédiger des rapports en cette langue  et d’appartenir obligatoirement au monde du négoce ….Les consuls du royaume scandinave doivent leurs revenus à cette activité tout particulièrement celle de commissionnaire. ..La grande originalité du système est que tous les navires suédois qui abordent un port d’un département ne paient pas de droits si le consul a la charge de la commission de la cargaison (2) 

Henry Jacques rencontre l’une des filles de Jean Antoine Butini, Anne Elisabeth (1725-1813) et l’épouse à Vandoeuvres (Suisse) en 1745 peu avant ou après la création d’une société  de commerce avec son beau-père sous le nom « Butini & Folsch ».

Il devient consul en 1753 en remplacement de son beau-père puis consul général en 1780.

De son mariage avec Anne Elisabeth, Henry Jacques aura 9 enfants dont 6 meurent en bas-âge.

Sur les trois survivants,

  • Jeanne Louise  épouse en 1722 Jean-Christophe Hornborstel, négociant, autre allemand arrivé à Marseille vers 1753 qui ne retourne à Hambourg qu’en 1771 et ne paraît pas avoir renouvelé ce voyage
  • Francois Philip (1755-1832), négociant, devient consul de Suède à son tour.
  • Mariette, née en 1756, sur laquelle je n’ai pas d’autre information.

« À l’exemple des grandes dynasties négociantes suédoises, certaines familles ou groupes familiaux monopolisent les postes consulaires…Il est très fréquent que l’on se succède de père en fils …. Il se constitue de véritables réseaux de consuls négociants scandinaves. À Marseille, dans les années 1780, Jacques Fölsch, consul de Suède, est associé avec son gendre Jean-Christophe Hornbostel. Le frère cadet de ce dernier, Nicolas Hornbostel, est associé dans une autre affaire négociante avec Lars Lassen, consul du Danemark dans la ville provençale. »(2). On peut rajouter que François Philip de retour à Marseille en février 1780 après un long voyage de formation (voir encadré) s’associe à son tour avec son beau-frère Hornborstel,  après la mort de son père le 12 avril 1780. Le 6 juin, il prend la charge de consul de Suède. Il sera nommé consul général en 1783. Il s’acquittera fort bien de sa tâche puisqu’il est nommé Chevalier de l’ordre royal de l’Etoile Polaire en 1818.

La formation d’un jeune consul

François Philip part, à 12 ans, faire des études au séminaire d’Hadenlstine près de Coire (Grisons). Il y reste 4 ans et revient à Marseille en juillet 1771 pour travailler chez son père au comptoir « Buttini, Folsh et Hornbortel » jusqu’en 1776
Parti à Genève chez son grand père maternel, il y passe trois mois avant de revenir à Marseille où il reprend le même travail avant de partir pour la Suède le 27/10/1777 via Nîmes, Montpellier, Lyon, Strasbourg, Francfort, Hambourg, Stralfund où il embarque et arrive le 25/12 à Ystad en Scanie.
Repart le 10/06/1779 de Stockolm pour Marseille via Noorköping, Jönkoping,uddewala et Gothembourg en Suède, traverse le Subd passe par Copenhague, Flensbourg, Lübeck, Hambourg, Brême, Hanovre Francfort, Strasbourg, Bâle, Berne, Geneve où il arrive le lendemain de la mort de sa grand-mère (3) .

Un exemple des multiples tâches des consuls de Suède à Marseille nous est donné par Pierre Yves Beaurepaire (5) à propos de la circulation des oeuvres d’art et des objets précieux.

« La correspondance des Fels avec les collèges royaux de la chancellerie, du commerce et des affaires étrangères, recèle des informations importantes concernant les commandes princières. En effet, la commande passée, il faut en suivre l’exécution et l’expédition dans une Europe dont on oublie trop souvent qu’elle est, au XVIIIe siècle, en guerre, trois années sur quatre.
Par ailleurs, la course barbaresque demeure un véritable obstacle à la navigation et nécessite l’intégration d’un surcoût représenté par l’obtention d’un sauf conduit, sans compter la récurrence des poussées pesteuses. Le rôle des puissances neutres est donc essentiel pour assurer la continuité des échanges, et François Philippe Fölsch a notamment soin de le mettre systématiquement en avant. Il approvisionne via ses contacts à Alger (deuxième poste consulaire suédois ouvert en Méditerranée, après Livourne, mais avant Marseille) la cour et l’aristocratie suédoise en produits exotiques, tels que plumes d’autruche ou chevaux arabes« (5).

François Philip avait épousé en 1783 (contrat) le mariage étant célébré à Marseille en 1788 Marguerite Newenham fille d’Edward Newenham ( 1732-1814), en photo, député unioniste d’Irlande du Nord dont vous trouverez facilement la biographie sur internet. edward newenhamCe mariage montre l’existence d’un véritable réseau  international de familles de négociants (4).  François Philippe eut 6 enfants dont cinq filles. Toutes (sauf Marguerite Maurette décédée à 12 ans) se marient à des membres de la société protestante.  La religion est en effet un lien puissant entre tous ces négociants venus du Nord mais pas seulement. Il faut y ajouter la franc maçonnerie. Tous les Folsch font partie de la loge écossaise de Marseille où ils retrouvent, d’ailleurs, des Fraissinet. « Les négociants représentent alors l’élite commerciale, le sommet de la pyramide socioprofessionnelle. Ce nom est d’ailleurs apparu à Marseille, dans son sens plénier, avec les premières années du XVIIIe siècle exprimant une volonté de discrimination d’avec les bourgeois, non commerçants, et les marchands, catégorie d’un rang inférieur même si, parfois, les limites sont peu sensibles. Pour les négociants, «gens de loge tenant banque », aucune confusion n’était possible« (1) . L’Europe des Lumières passe par les réseaux de négociants et les loges ainsi que le montrent également les travaux de Pierre Yves Beaurepaire (6).

Francois Philippe meurt sans douleur à Marseille le 25 janvier 1832 entouré de sa famille. Il avait eu deux attaques le 19 janvier après lesquelles il ne repris pas connaissance.

Le seul fils de François Philippe, Gustave Edouard, est né à Marseille le 7 octobre 1787.

Il ne devait pas être présent lors de la mort de François Philip puisque la chronique familiale nous raconte qu’il fait exhumer la dépouille de son père le 28 février, en présence de Marion Dhombre, Mme Schnell et Ulrich Schnell afin de le reconnaître et lui dire un dernier adieu. C’est quand même un signe peu banal de dévotion filiale.

François Philippe sera ensuite inhumé dans un caveau neuf hors les murs de la Porte d’Aix.  » L’ouverture au midi est fermée par une pierre de taille et recouverte de terre ».

Une édition de sa correspondance est en préparation (6)

Négociant, Gustave Edouard, reprend l’activité consulaire de son père, devient consul de Norvège en 1832  puis gère le consulat général de Russie pendant la guerre de Crimée 1854-1856.

Pour ces activités il est nommé Chevalier de Wasa en 1813, Chevalier de l’Etoile Polaire en 1818 et en 1856, chevalier de 2nd classe de St Stanislas de Russie, chevalier de 3eme classe de l’aigle rouge de Prusse et commandeur du Nicham.

Administrateur de la caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône, dont son oncle Jean Christophe Hornbostel avait été nommé directeur lors de sa création en 1821, il semblerait qu’il en soit devenu également le directeur.  Il était membre du consistoire de l’Eglise Réformée et de plusieurs sociétés savantes.

Le 22 septembre 1824 à Nimes, il épouse Rose Lea Bruguiere (an XI-1882). Les Brugière ont une histoire intéressante qui fera l’objet d’un prochain article.

Trois enfants  sont issus de cette union:

  • Anna Eugénie (1826-1893) épouse Jules Theodore Frisch (1818-1895) courtier maritime, vice-consul du Danemark à Marseille.
  • Elodie  qui meurt à 4 ans en 1840
  • Charles Henry né le 17 juillet 1827 à Marseille

Gustave Edouard meurt à Marseille le 24 décembre 1865 après cinq jours de maladie.

Charles Henry (1827-1899).

De 1842 à 1846, Charles Henry fait ses études à Uppsala où il loge chez le baron Von Kroemer gouverneur de la ville .
Rentré à Marseille fin 1846,  il travaille dans la maison de commerce de son père mais doit la liquider à la suite d’un revers de fortune en 1875.

Négociant, admistrateur de la baisse d’épargne en 1868, consul de Suède, Norvège et Danemark- fonctions dont il démissionnera en 1882 et 1883 (Danemark)- Chevalier du Dannebrog en 1867, de Wasa en 1869. Secrétaire de la société Internationale de secours aux blessés des armées de terre et de mer (section de Marseille) jusqu’en 1871, il obtint la médaille de bronze pendant la guerre et fut, comme son père, membre du consistoire de l’Eglise Réformée de Marseille.

Il épouse le 4 novembre 1853 Anne Justine Jackson (1834-1915) dont il aura 4 enfants :

  • Alice Eugénie (1854-1900) mariée à Adrien Fraissinet (1843-1918),
  • Anna Mathilde (1859-1886)
  • Charles Edouard (1866-1919) marié à Gilberte Camille Rabaud (1862->1914)
  • Charles Gustave décédé à 12 ans en 1876

Il meurt le 31 décembre 1899 d’une plaie gangréneuse à la jambe occasionnée par le diabète. Il est inhumé à St Pierre dans le caveau de famille.

Il fut le dernier consul de Suède de la dynastie Folsch de Fels, poste occupé sans interruption par la famille de 1731 à 1881  soit 150 ans.

villa Fraissinet Edouard Bd Joseph Vernet ancienne demeure des Folsch à Marseille

Villa d’Edouard Fraissinet avenue du parc Borely, ancienne demeure des Folsch à Marseille

 

SOURCES

(1) Gilbert Buti, « Négociants d’expression allemande à Marseille (1750-1793) », Cahiers de la Méditerranée [Online], 84 | 2012, Online since 15 December 2012, connection on 13 January 2016.

(2) Pierrick Pourchasse,  » Les consulats, un service essentiel pour le monde négociant : une approche comparative entre la France et la Scandinavie » In : La fonction consulaire à l’époque moderne : L’affirmation d’une institution économique et politique (1500-1800). Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2006 (généré le 13 janvier 2016)

(3) Archives familiales de Thomas Sauvaget

(4) Victor N Sakharov « Merchant Colonies in the Early Modern Period »

(5) Pierre Yves Beaurepaire  « Pour une approche historique de la diplomatie culturelle et artistique au siècle des Lumières » communication présentée lors du colloque international des 27 et 28 septembre 2012, au Petit Palais, Paris, organisé en mémoire de Jean Nérée Ronfort.

(6) Pierre-Yves Beaurepaire, Gustaf Fryksén, Silvia Marzagalli et Fredrik Thomasson (éd.), Un consul suédois en Méditerranée. La correspondance de François Philip Fölsch, consul à Marseille (1780-1804), Paris, Classiques Garnier, Les Méditerranées, à paraître en 2016.

 

Philippe Héron (1767-1827)

Philippe Héron, chirurgien major de la Marine est l’un des rescapés du naufrage du navire «  Le vengeur du peuple ».

Le Brunswick et le Vengeur du Peuple (à droite) à la bataille du 1er juin 1794 Musee de la Marine. Greenwich

Le Brunswick et le Vengeur du Peuple (à droite) à la bataille du 1er juin 1794. Musée de la Marine. Greenwich. Remarquez le drapeau révolutionnaire de l’époque « rouge blanc bleu sur fond blanc »

 

Voici quelques renseignements sur la bataille gagnés sur Wikipédia. « Le vaisseau et son équipage deviennent célèbres après la bataille du 13 prairial an II (le 1er juin 1794), pendant laquelle la flotte française de l’amiral Villaret de Joyeuse va affronter celle britannique de Howe. Le Vengeur-du-Peuple, au centre de la ligne, se retrouve bord à bord avec le HMS Brunswick en un duel rapproché au canon et au fusil. Ils sont bientôt rejoints par le français l’Achille (rapidement démâté) puis par le britannique HMS Ramillies,

Si le vaisseau britannique finit le combat avec à son bord 45 morts (dont son capitaine) et 114 blessés (soit 159 hommes perdus sur 600), le Vengeur-du-Peuple perd deux de ses mâts, a le tiers de son équipage hors de combat et de l’eau qui commence à monter dangereusement dans ses cales. Le capitaine de vaisseau Renaudin, commandant du Vengeur, fait hisser le pavillon britannique en signe de reddition et de demande d’aide, puis monte à bord du HMS Culloden. Mais le vaisseau vaincu a la coque tellement percée qu’il va rapidement sombrer. Sur environ 600 membres d’équipage, 367 marins et 7 officiers sont sauvés par les navires britanniques à proximité (HMS Culloden, HMS Alfred et HMS Rattler). La bataille se termine par la perte de sept vaisseaux français (un coulé et six capturés), auxquels il faut rajouter les 5 000 morts et blessés côté français (contre 1 148 chez les Britanniques) et les 4 000 prisonniers.
La propagande républicaine va chercher à transformer cette défaite militaire en victoire morale. La bataille est présentée à la tribune de la Convention par Barère, le rapporteur du Comité de salut public (de la fin 1793 au début 1794). Son discours prétend que les marins du Vengeur ont refusé de se rendre à l’ennemi, et sont tous morts quand le vaisseau a sombré, en criant « Vive la Patrie, vive la République » et en chantant la Marseillaise
Le retour en France du commandant Renaudin et des marins prisonniers en Angleterre fut une surprise. Bréard se chargea d’annoncer cette embarrassante nouvelle à la Convention : « Je suis bien aise d’apprendre à la Convention que tout l’équipage du Vengeur n’a pas péri ».
Néanmoins, la légende conserva son crédit dans l’imagerie populaire, la chanson et le théâtre. »

Le naufrage du "Vengeur du peuple" sur la colonne de la place de la République à Paris

Le naufrage du « Vengeur du peuple » sur la colonne de la place de la République à Paris

Deux ans après, Philippe épouse Bonne Rose Victoire Davy de Boisroger (1760-1837) à Moutiers au Perche. Une légende familiale dit que la voyant sur l’échafaud et la trouvant jolie, il lui offrit la liberté si elle l’épousait. Cette histoire me paraît tout à fait sujette à caution pour deux raisons:

  • Bonne avait déjà épousé en 1res noces François le Couturier tué en Vendée en 1794 alors qu’il combattait dans l’armée républicaine. Elle n’était donc pas légitimiste.
  • Leur mariage a lieu en 1796. De l’avis des historiens, la Terreur est finie depuis de longs mois.

Il s’établira comme médecin à Tourlaville et décèdera à La Loupe le 22 juillet 1827, deux ans après sa fille Antoinette Bonne Louise Henriette, épouse d’Antoine Hippolyte Aubry de la Noë, morte à La Loupe en 1825 à l’âge de 27 ans.