Les filles de René 1 Aubry

René 1 Aubry et Marguerite « Louise » Berryer eurent trois filles dont les destins sont intéressants parce qu’ils nous donnent une idée du niveau social acquis par les parents Aubry; les mariages du monde de la finance et quelques anecdotes sur les relations familiales.

  • Marie Aubry (1652- Le Mans 1712). On ne sait pas grand chose de sa vie si ce n’est qu’elle épouse  le 20 octobre 1670 au Mans- paroisse Saint Benoît- Pierre Cousin, fermier général des monnaies et des domaines, écuyer, sieur de Valcabot, baron de Conteville et du Marais Vernier, secrétaire ordinaire du duc d’Orléans.  « Originaire de Rouen, juriste licencié en droit et avocat, Pierre Cousin devient receveur général des finances de Rouen en 1677 tout en étant propriétaire de l’office de receveur des tailles de Caen et Pont-Audemer. Il s’ennoblit en 1676 par l’achat d’une charge de secrétaire du Roi. D’après Daniel Dessert (1), son mariage avec Marie Aubry est déterminant pour son ascension sociale car il le fait entrer dans le cercle des proches de Colbert.  Entre 1689 et 1707, il devient l’un des gros traitants de la fin du règne de Louis XIV ».  Pierre Cousin

Le couple Cousin habite au manoir du Val Cabot (actuellement manoir d’Hermos à Saint Eloi de Fourques ) ou  vous pouvez séjourner car il a été transformé en chambre d’hôtes.

manoir d'Hermos, Saint Nicolas de Fourques

Manoir du Val Cabot

Il fait ensuite acquisition en 1685 de la seigneurie et du château du Landin où vous pouvez dormir également.

chateau du landin2

Chateau du Landin. Photo: Francis Cormon

Il l’échange avec les terres de Conteville en 1689. Pierre Cousin y investit énormément d’argent pour obtenir un domaine de 350 hectares qu’ils devra vendre en 1719 car son entretien coûte trop cher (4).

L’une des filles de Marie, Nicole Ursule, épouse en 1710 Nicolas de Grouchy (1673-1734)  capitaine garde-côtes à Dieppe, lieutenant de vaisseaux, seigneur de la Marre-Gouvie. Née au manoir du Val Cabot (Eure) où habitent Marie et Pierre,  elle meurt dans celui de la Villette créé par Mansard, à Condécourt dans l’Oise.

condécourt oise

Chateau de la Villette à Condécourt (Oise). Photo : René Clémenti

 

Elle sera la grand-mère d’Emmanuel de Grouchy (1766-1847) Maréchal de France.

  • Louise Aubry. Je ne connais ni la date de sa naissance ni celle de son décès mais pas mal de choses sur sa vie. Elle épouse le 26 avril 1659 Jacques Ledemé, seigneur du Lude près de Domfront (Orne) lequel décède rapidement non sans lui avoir donné un fils, Jacques 2 Ledemé, seigneur du Lude.  Elle se remarie alors avec Guillaume Le Débotté, seigneur des Jugeries d’une vieille famille de Domfront. Le Lude et les Jugeries sont distants de 7 km à peu près. S’il ne semble plus rien rester du manoir du Lude, celui des Jugeries existe toujours.
Château des Jugeries.

Château des Jugeries. ancienne carte postale

 

Ils habitent Alençon.

guillaume le debotteBlason de Guillaume Le Debotté d’après l’armorial d’Hozier

Guillaume est contrôleur général des gabelles de la ville. Il en deviendra le contrôleur général des finances vers 1685. Comme son beau-père, René 1 Aubry, il se lance dans les forges et achète la grosse forge de la Sauvagère qu’il  transfère en 1678 au « gué du Cleret ». D’après Louis Duval (2), compte tenu des sommes importantes dont il dote ses cinq enfants, sa fortune devait être considérable.

En 1678, Renée Hameau, tante de Louise, la femme de Louis Berryer, demande à sa nièce de prendre la tête d’une fabrique de point d’Alençon.

Dentelle mise au point par Madame de la Perrière, produite par la manufacture royale d’Alençon (crée par Colbert, encore lui),  elle est l’une des plus coûteuse à réaliser et fait maintenant partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

 L’histoire qui s’en suit est celle d’une arnaque de Renée au dépend de Louise. Je met le lien avec le document de la BnF qui en fait le récit ici. Vous n’aurez qu’à lire la suite….

On connaît les blasons de trois des cinq enfants Le Debotté :

mariegabrielle le debotte.jpg

Source : armorial d’Hozier

etienne le debotte.jpg

Source : armorial d’Hozier

bernard le debotte

Source : armorial d’Hozier

 

On sait aussi qu’ils bénéficièrent de la terre du Lude au préjudice de Jacques Ledemé leur demi-frère (1660-1707) (3). Celui-ci avait épousé Marie Vasse (1646-1717) de plus de dix ans son aînée, héritière du fief de Chères mais dont la famille avait fait de multiples dettes afin de garder son rang. Jacques, déjà dépouillé de la terre du Lude, presque ruiné par le remboursement des dettes de sa femme, trouva une ressource de dernière extrémité en vendant ses bois et en obtenant un prêt de sa grand-mère Louise Berryer, sans aucune aide de sa mère, cela dit en passant. La fortune de la famille continua a péricliter. Peut-être est- ce cela qui retentit sur l’éducation des enfants Ledemé (3). Leur fille, Louise Ledemé, née en 1660, veuve, écrivait très mal le français. Mariée à Charles Denis Chouet de la Gandie, elle laissât ses enfants dont ses fils, tous militaires, sans grande instruction (3).

  • Jeanne Aubry. On sait peu de choses sur Jeanne si ce n’est qu’elle épousa en 1777 paroisse Saint Benoît du Mans, Jacques Aubert, seigneur de Launay, receveur général des gabelles, conseiller à la cour des Aydes. Ils eurent au moins trois filles, Louise, Marie et Marguerite. Les deux dernières entrent au monastère d’Evron (Mayenne) en 1678 et sont dotées par leur oncle René 2 Aubry à cette occasion .
Jeanne Aubry

Source : armorial d’Hozier

La soeur de Jacques, Marie Aubert épousa vers 1645, Jean Vasse et leur fille Marie (1646-1717) épousa donc son cousin Jacques Ledemé cité plus haut. En 1688 ils habitaient le manoir de Chères (ou Cherres) près de Savigné l’Evêque où se situe également la terre de la Barrière dont René  1 Aubry est seigneur.

On trouve trace en 1743 d’une action intentée par Louise Le Demé, leur fille, née en 1690 à Savigné, veuve de Charles-Denis Chouet, écuyer, sieur de La Gandie, contre Marguerite Aubert (sa cousine issue de germains donc), veuve en premières noces du sieur de Saint-Laurent et en secondes de Louis-Zacharie Geré de Vaubois.

 

Bibliographie

(1) Daniel Dessert « Argent, pouvoir et société au Grand siècle ». Fayard ed.1984

(2) Louis Duval « Documents pour servir à l’histoire de la fabrication du point d’Alençon. » Renaut de Broise ed. 1883

(3) Revue historique et archéologique du Maine, tome 2, 1877

(4) Lettre d’un voyageur à l’embouchure de la Seine, Armand Claude Masson de Saint Amand. Guibert ed, 1828

(5) Armorial d’Hozier en ligne sur Gallica

 

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René Aubry II 1637-1715

René Aubry

Source: Armorial de France d’Hozier

 

A tout seigneur tout honneur: René II Aubry est celui qui fit la carrière la plus fulgurante. Les chroniques de l’oncle Louis le considèrent comme puiné, certains historiens comme l’ainé.

hotel aymeret

Hotel Aymeret ou plutôt ce qu’il en reste rue des Quatre fils à Paris.

Qu’on en juge un peu : « Commis à la recette des impositions de l’élection de Nevers en 1660 et 1661, il devient ensuite Secrétaire du Roi, contrôleur des provisions des offices de France puis commis à l’exercice de la charge de receveur général des finances de Caen entre 1664 et 1666 avant de devenir en 1669 propriétaire d’un office semblable à Rouen qu’il va posséder jusqu’en 1704. Sa réussite est en très grande partie due à des appuis familiaux… Louis Berryer (son oncle) favorisa ses débuts. Par son mariage en 1664 avec Michelle Aymeret fille d’un receveur des tailles, il renforce ses lien avec les financiers féaux du contrôleur général des finances (Colbert). En effet la mère de sa femme, Michelle Cormier, s’est remariée avec Claude Coquille, le grand financier proche de Colbert autre grande figure des affaires. Cette alliance fait également de lui un neveu de l’intendant des finances Denis Marin. Par son second mariage en 1671 avec Marguerite Ladvocat, fille d’un maître d’hotel du Roi, il est cousin du receveur général des finances de Rouen, Jean Antoine Rancin…. Il est l’un des sous-traitants, pour la généralité de Rouen des taxes de la chambre de Justice de 1661 à 1669. On le trouve également intéressé en sous-part de la ferme des aides et domaines pour la généralité de Rouen ou dans la ferme générale des gabelles de France (1680-1687). Durant les guerres de la fin du règne de Louis XIV, il participe très activement aux affaires extraordinaires en entrant dans 19 traités (entre 1688 et 1704). Dans le domaine économique, Aubry soutient le programme maritime et colonial de son patron: il devient l’un des actionnaires de la compagnie du Nord et de celle des Indes orientales puis en sous-part à celle du Sénégal. On le retrouve également commanditaire d’armement pendant la guerre de la ligue d’Augsbourg. » (1)

René II s’enrichit.  Le 10 septembre 1668 Alexandre-René Aubry conseiller du roi en Cour et Parlement de Paris achète en prête-nom de son père René Aubry, sieur du Verger, la terre de Basseneville (Calvados)  à Jean Baptiste Louis Berryer  (son cousin) et Catherine Potier de Novion, femme de celui-ci, en présence Nicolas René Berryer seigneur de Ravenonville frère de Louis. La vente comprend » un chateau non achevé, la terre, bois, fiefs et arrière fiefs, herbages, prés, nomination et justice sur vassaux,cens droits seigneuriaux et autres... »

Le 6 avril 1707 cette acquisition est complétée par l’acquisition pour 63 000 livres de la terre de Saint Clair de Basseneville et celle de Saint Sanson. La chronique de l’oncle qui fait remonter l’acquisition de Basseneville a Jean 2 Aubry né en 1560 est donc fausse sur ce point là.

En 1669, René  II achète la charge de receveur des finances de la généralité de Rouen et, en 1671, la charge anoblissante de conseiller du Roi. Il est donc anobli avant son père René 1 Aubry.

En 1679 il  dote ses deux nièces Marie et Marguerite Aubert qui entrent au monastere d’Evron (Mayenne).

René II Aubry décède en 1713  laissant une fortune importante:

  • 1 444 473 livres dont des biens et immeubles à Paris ( il possédait un hotel rue des Deux Portes), en Normandie, dans le Dauphiné et dans l’orléanais.
  • 960 000 écus d’or  que ses  enfants se partagent immédiatement
  • 2 495303 livres en rentes sur la Ville, les tailles etc…

Descendance de René II Aubry

De ses deux mariages, René II eut cinq enfants.

On peut attribuer à son premier lit sûrement:

1- Louise Michelle Aubry. Le 1er mars 1683, elle épouse Charles de Rochechouart, marquis de Montpipeau dont

  • Charles II de Rochechouart mort à 57 ans sans descendance en 1741 dernier marquis de Rochechouart Montpipeau dont il était la 21 ème génération.
  • Jean Leonor de Rochechouart capitaine de vaisseau mort en mer en 1743 sans avoir été marié.

2- Alexandre Aubry nommé tuteur de son demi-frère Alexandre-René en 1699. Alexandre est dit chevalier, seigneur d’Armanville, ancien maître d’hotel du Roi. Il épouse Marie Geneviève de Bragelongne dont une fille qui semble unique:

  • Charlotte Renée Aubry d’Armanville épouse René Jourdan de Launay  (1673-1749) seigneur de la Bretonnière, gouverneur de la Bastille. d’où Bernard Jourdan De Launay et Charles Jourdan De Launay.

Et sans doute deux filles qui devinrent religieuses l’une à Alençon et l’autre à Conflans et qui figurent dans le testament de leur grand-père.

Je ne suis sûre que de la filiation d’Alexandre-René Aubry (1682-1740) : il est le fils du 2eme mariage de René II  avec Marguerite Ladvocal et légataire universel de son père, les enfants du 1er lit ne recevant que des legs particuliers (ils contesteront le testament jusqu’en 1734)

Lors de son baptème, son parrain est Louis Berryer, abbé de Lonlay ( cousin germain de son père), conte de Percy, archidiacre de ND de Paris.

Conseiller au parlement de Paris, René Alexandre abandonne son domicile parisien de la rue Saint Sauveur en 1718 et s’installe à Basseneville en laissant la gestion de ses affaires à l’abbé Bignon, Membre de l’Académie française et de l’Académie des sciences, bibliothécaire du roi et à l’abbé Lezeau . Il semblerait que René Alexandre ait fui Paris car des billets sous-entendant qu’il aurait joué un rôle dans la mort d’un laquais y circulaient; accusation invérifiable et qui n’a pas donné suite. On sait par sa correspondance avec Lezeau que René Alexandre fait fondre sa vaisselle d’argent pour la mettre au goût du jour en 1719, rénove le choeur de l’église de Basseneville la même année et qu’il détient des livres interdits en 1728.

De son mariage avec Marie Francoise David de Villeneuve, il n’eût qu’une fille

  • Marie Françoise Aubry + 1778

C’est l’une des  filles à marier les plus riches de son époque et les négociations vont bon train. Même Victoire de Noailles épouse de Louis Alexandre de Bourbon, fils de Louis XIV et de Madame de Montespan s’en mêle. L’affaire traîne en longueur et Marie Françoise épouse à Basseneville en 1735  André DASTIN, sieur du For de la paroisse de Guillerville lequel décède en 1739. Elle se remarie en 1757 avec Alexandre Clerc (ou Clère) de Mazerolles, officier dans les armées du Roi. Elle obtint la séparation en 1737  » pour cause de brutalités » et s’installe au grand pavillon du couvent du Val de Grâce où elle meurt.

Sans enfants, elle laisse, selon la coutume normande, le titre de marquis à son neveu mâle le plus proche : Michel Aubry de la Noë arrière-arrière petit-fils de René 1 Aubry via son autre fils Philippe.

 

(1) Daniel Dessert « Argent, pouvoir et société au Grand Siècle » Fayard.

(2) Bulletin de la société d’histoire de Normandie  1938

 

Dans l’ombre de Colbert: René 1 Aubry, Seigneur de la Barrière (1595-1678)

Armoiries des Aubry

Armoiries des Aubry
« de gueules à trois pals d’or »

L’oncle ne nous dit rien d’autre sur René 1 Aubry si ce n’est qu’il était conseiller secrétaire du Roi «  Maison couronne de France et de ses finances » et qu’il épousa Marguerite Berryer. Cela semble peu mais c’est aussi beaucoup.

Un conseiller secrétaire du Roi maison, couronne de France et des finances était un haut fonctionnaire des finances.
La réception d’un Secrétaire du Roi de la Grande Chancellerie est accompagnée d’une prestation de serment faite entre les mains de M. le Chancelier ou Garde des sceaux, ou parfois, dans des circonstances solennelles, à genou devant le roi.
René 1 avait acquis sa charge assez tard en 1676. En effet à cette époque, les charges s’achètent et certaines sont anoblissantes comme celle de conseiller-secrétaire du Roi.
A noter que cette charge conférait la noblesse du premier degré dès l’entrée en charge et la noblesse héréditaire après vingt ans ou le décès durant l’exercice des fonctions.
C’est la raison pour laquelle cet office est désigné au cours du XVIII siècle comme une «  savonnette à vilains » car elle permettait une ascension sociale rapide dans le second ordre à des personnes issues de la bourgeoisie et mettant toutes leurs compétences, acquises au sein de familles ayant déjà réussi dans le négoce ou l’industrie, au service de l’État.

Il est donc fort probable que la famille de René Aubry était déjà bien implantée dans la bourgeoisie et le milieu financier.

Plusieurs éléments vont en ce sens:

Premièrement, selon Daniel Dessert* et les archives de la Sarthe*** René Aubry a d’abord été receveur au grenier à sel du Mans, ce qui implique qu’il puisse avancer au trésor royal le produit de la collecte de l’impôt.

Le grenier à sel dans la fiscalité d’Ancien Régime
Généralisée par les ordonnances de 1331 et 1343, la gabelle constituait le plus important des impôts indirects. Cette taxe sur le sel n’était toutefois pas perçue partout, et ses modalités de perception variaient selon les régions. Dans les pays de Grande gabelle, le sel, en provenance pour l’essentiel des marais salants de l’Atlantique devait être acheté dans les greniers établis en application des lettres patentes du 20 mars 1392.
Le grenier à sel des pays de grande gabelle était à la fois un magasin d’approvisionnement obligatoire et le siège d’une juridiction chargée de juger les causes relatives à la balle, et notamment les affaires de contrebande de sel, le « faux saunage », passible de la peine des galères. Chaque paroisse était obligatoirement rattachée à un grenier à sel où ses habitants devaient « lever » une certaine quantité de sel, parfois obligatoire (une cinquantaine de kilogrammes pour 14 personnes), parfois laissée au choix de l’acheteur.
En 1593 on comptait 158 greniers à sel. L’officier principal en était le grenetier remplissant des fonctions d’administrateur, de comptable et de juge. Au XVIIIe siècle, alors que les impôts directs sont toujours perçus en régie, les revenus domaniaux et les autres impôts indirects sont traditionnellement affermés à des traitants qui versent au roi des sommes forfaitaires. Le procédé est commode pour le roi qui reçoit un versement immédiat sans avoir la charge de la perception.
Le grenier reste l’unité administrative fiscale de base et le receveur s’occupe des aides, des domaines, des gabelles, des traites et autres impôts. Le receveur était avant tout prêteur de deniers puisque l’Etat avait pour habitude de récolter l’impôt indirect avant que les Fermiers Généraux ne l’ait encaissé.

En 1660 René Aubry s’occupe de la canalisation de la Mayenne pour le compte de Mazarin.

Deuxième élément concernant l’ascension sociale de René Aubry : son mariage avec Marguerite Berryer (1612-1693).

Le frère de Marguerite, Louis Berryer de la Ferrière (1616-1686) , n’est pas n’importe qui. D’origine pauvre et roturière, Berryer doit

Louis Berryer de La Ferrière (1616-1686)

Louis Berryer de La Ferrière (1616-1686).

son ascension à la protection de Mazarin. Fermier des forges du comte de Flers, il administre les biens du cardinal puis les revenus d’un certain nombres d’abbayes dont celle de Saint Germain des prés. Il passe ensuite au service de Colbert dont il est l’ami et le protégé jouant un grand rôle dans la galaxie Colbert.

La galaxie Colbert.  Colbert prend le pouvoir contre Fouquet et assainit les finances royales qui étaient aux mains d’un tout petit nombre de familles qui en tiraient grand profit. Pour ce faire, outre les procès, il réduit le nombre des charges « comptables » et en redistribue les places… à des parents en lesquels il a confiance, recréant peu ou prou le système précédent. La galaxie Colbert est donc un ensemble de personnes qui, d’un côté, participent à la modernisation du royaume et introduisent les manufactures, les hauts fourneaux etc… mais qui, d’un autre, réalisent des montages financiers semblables aux « off shores » d’aujourd’hui et s’enrichissent au détriment du royaume de France. René Aubry et son fils René II en font partie.

Berryer est particulièrement connu pour l’affaire du « Traité Armand » de 1655. Ce traité afferme pour 15 ans les 100 000 hectares des forets royales de Normandie au prix bradé de 2,2 millions de livres. Berryer est à la fois juge ( il est contrôleur des eaux et forêts de Normandie chargé d’affermer les forêts) et partie (membre du montage financier qui permet de récupérer les terres donc le produit des coupes) et tire des avantages considérables du montage. Louis Berryer joue un rôle important pour faire condamner Fouquet. Il devient directeur de l’hôpital général de Paris (1660) où il supervise la construction de la chapelle de la Salpétrière et crée la maison de force pour les femmes de l’hôpital. Nommé au nombre des directeurs généraux de la compagnie des Indes orientales en 1665, il fait partie de tous les montages financiers de Colbert et introduit la fabrication de la dentelle à Alençon. Il meurt ruiné, rattrapé par ses malversations normandes.
Marié à Renée Hameau originaire de la région d’Alençon, il est le grand-père de Nicolas Berryer, secrétaire d’Etat à la marine puis garde des sceaux et ministre d’Etat sous Louis XV.

« Dans son village, Berryer entraine une partie de ses parents qui eux aussi font carrière en particulier son beau frère René Aubry et le fils de ce dernier » *

De fait dès 1660, René est receveur des tailles à Nevers puis, de 1664 à 1669, il devient receveur général des finances de la généralité de Caen puis de celle de Rouen dont il cèdera la charge à son fils René II en 1675.

En 1676 , l’un des témoins de moralité de l’enquête avant réception comme Secrétaire conseiller du Roi est Claude Coquille ( financier important de Louis XIV, membre de la galaxie Colbert).

On voit donc René Aubry 1 dans un milieu en pleine ascension sociale et en activité du côté du Mans et de la basse Normandie, notamment dans l’Orne. Il devrait exister un portrait de lui mais je n’en n’ai pas trouvé pour l’instant.

L’acquisition d’un titre de conseiller du Roi implique-t-elle que René Aubry était forcément roturier auparavant? C’est possible mais François Bluche rappelle que la dérogation c’est à dire la perte de noblesse n’était pas si rare que cela et « qu’une race noble déchue, même peu de temps, éprouve difficulté à retrouver sa notoriété et sa vitalité première »**

Dès 1645 René Aubry est toujours mentionné comme « Seigneur de la Barrière  » sans autre précision. La Barrière est un quartier de la commune de Savigné-l’Evêque, dans la Sarthe, où sa femme Marguerite se retire et meurt en 1693.

De son mariage, il laisse, d’après l’oncle Louis, trois fils: René 2, Philippe et Louis-François. Un peu de recherche bibliographique nous fait découvrir l’existence d’un quatrième fils, Jean-Baptiste et de trois filles: Marie, Louise et Jeanne. Un fils est dit « Aubry le muet » dans le testament de son frère René 2 sans qu’il soit possible de savoir de quel frère il s’agit exactement.

En savoir plus:
Pour l’histoire de la fonction de secrétaire conseiller du Roi voire:
http://www.blason-armoiries.org/institutions/s/secretaires-du-roi.htm
http://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/3909-office-et-officiers-sous-lancien-regime.html
Gilles Deleuze
http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=54&t=19071

Sur la fiscalité : http://www.genealogie-aisne.com/old_genealogie/cantons/gabelle.htm

Systeme Colbert
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5733423t/f26.item.r=Aubry.zoom

Société d’histoire moderne et contemporaine (France). Bulletin de la Société d’histoire moderne. 1981.Relation :  http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34412914g

Sur Louis Berryer:
http://www.berruyer.fr/celebres/genealogie-3-9-berryer-de-ferriere.html
Et surtout la communication d’Albert Lafontaine
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5721812h/texteBrut

Livres
° Daniel Dessert, « Argent pouvoir et société au Grand siècle » Fayard, 1984

** François Bluche  » Les magistrats du parlement de Paris au XVIIIème siècle ». Economisa

*** Archives de la Sarthe . Inventaire série HT2 1001-1975