Les familles Davy du Perron et Davy de Boisroger (1)

Rien de plus compliqué que cette famille Davy du Perron 

Blason Davy du Perron

Blason Davy du Perron

qui a donné naissance à de multiples branches toutes entremêlées par de nombreux mariages entre parents plus ou moins éloignés.
Le premier Davy du Perron, Jean1, apparaît dans les documents en 1391 comme bailli de Monseigneur le Duc d’Orléans en ses terres de Normandie. Il n’est pas noble à ce moment là. Son fils Jean II Davy est déjà qualifié de « noble homme ».
Pendant des siècles, cette famille est basée à Saint-Sauveur-Lendelin près de Coutances .
A l’occasion de l’acquisition ou du partage de fiefs, et des successions se créent de nouvelles branches familiales comme Boisroger, Virville, Guéhébert, Feugères etc…. De nombreux mariages ont lieu au sein même de cette famille élargie.

Blason des Davy de Virville

Blason des Davy de Virville

Blason des Davy de Boisroger

Blason des Davy de Boisroger

 

 

 

 

 

Quelle relation avec les Aubry ?

  1. Alice Davy de Boisroger (1871-1970) est l’arrière-arrière petite-fille du couple formé par Bonne Madeleine de L’Oeuvre (1741-1794) et François Charles Davy de Boisroger (1717-1776).

Son mari l’oncle Louis Aubry de la Noe est l’arrière-arrière petit-fils du même couple via les femmes.

Alice Davy de Boisroger au

Alice Davy de Boisroger

Un mariage entre cousins issus issus de germains donc.

On a un peu d’informations sur les hommes de cette famille, quasiment rien sur les femmes. Voici donc la bio express de quelques uns des ancêtres Davy que vous retrouverez sur mon arbre publié sur Généanet.

François Davy de Boisroger. Ascendants et descendants

François Davy de Boisroger. Ascendants et descendants

 

 

 

 

François Charles Davy de Boisroger (1717-1776) entre à l’armée en 1744. Il est lieutenant de la Compagnie de Grenadiers du Bataillon de la Milice à Saint Lô en 1750 et, en 1755, puis capitaine de Grenadiers au Régiment du Roi. Il est fait Chevalier de Saint Louis.  Le 17 septembre 1785, un conseil de tutelle est constitué à Valognes au sujet de ses enfants.

Le couple  qu’il forme avec Madeleine de l’Oeuvre a 7 enfants dont Bonne Rose Victoire Davy de Boisroger (1760-1837) et Etienne Timothée Davy de Boisroger ((1770-1859) qui nous intéressent plus particulièrement parce qu’ils sont les arrière-grand-parents du couple La Noe-Boisroger et que Bonne est aussi la grand-mère de mon arrière-arrière grand-père Jules Aubry de la Noe qui épousa sa cousine Sophie.

Etienne Timothée Davy de Boisroger (1770-1858) fils de François. Capitaine de la Garde Nationale après avoir servi dans la Marine, réformé du 16ième Dragons, conseiller municipal et membre du Conseil de fabrique et de la Commune des Hospices d’Avranches.

Modèle d'un vaisseau de 64 canons.« Protecteur mg 9407 » par Model workshop of a shipyard, circa 1770 — Med. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons -

Modèle d’un vaisseau de 64 canons.« Protecteur mg 9407 » par Model workshop of a shipyard, circa 1770 — Med. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons –

A 17-18 ans (du 1er janvier au 24 novembre 1788) il sert comme volontaire dans la marine sur le « Brillant », à Cherbourg. C’est ce même bateau qui a été utilisé par Hergé comme modèle pour La licorne.

Le 01.04.1790,à 19 ans 1/2, il entre au 16e Dragons (ex-Orléans) où sont déjà son frère aîné, César, et son futur beau-frère, François LE COUTURIER ( voir plus bas). Ce régiment, par ordre de l’Assemblée, part à Saint Domingue pour réprimer la révolte des esclaves en 1793. Il y sert jusqu’au 19 Vendémiaire An 4 (octobre 1795) et doit quitter l’armée à cause de sa forte myopie.
Son « congé absolu» le décrit : 25 ans, taille de 5 pieds 6 pouces, cheveux et sourcils châtains, yeux gris,visage ovale, nez aquilin,bouche moyenne, lèvres épaisses, marque de petite vérole, »ayant servi avec honneur et probité ».
Il reprendra quelque service sur désignation du Préfet en 1812 comme capitaine de la 7e Compagnie de la 1re cohorte de la Garde Nationale et Louis XVIII le nomme en1816, capitaine de la 1re Compagnie de Fusilliers de la même Garde à Avranches. Il décéda goutteux à 88 ans, le 8 septembre 1858, à Avranches. Etienne Timothée DAVY reçoit du maire d’ Avranches, Belletoile du Motet, le 26.2.1815, sa nomination de membre du Conseil municipal d’Avranches et, le 19 février 1818, celle de membre de la Commission administrative de l’Hospice d’Avranches. Il achète,vers 1814, à Jules Bonvattier, une place perpétuelle dans le cimetière de la ville. Etienne vivait de son bien en l’An 8.

Alice de Boisroger sur les genus de sa mère Léonie Gilbert (1842-1919)

Alice de Boisroger sur les genoux de sa mère Léonie Gilbert (1842-1919) femme d’Agénor II de Boisroger (1836-1918)

De son mariage en 1800 avec Anne Marie Jeanne Boudier, il a trois enfants dont Agénor 1er (1803-1867) le grand-père d’Alice de Boisroger.

 

 

 

 

 

 

 

 

2)  Bonne Rose Victoire de Boisroger, (1760-1837) soeur d’Etienne épouse François Le Couturier (1761-1794).  Il meurt à 32 ans en combattant en Vendée pour les républicains.

En secondes noces, Bonne épouse Philippe Héron (1767-1827) auquel un prochain article sera consacré. Leur fille Antoinette Bonne HERON, (1798-1825) épousera Antoine Hippolyte Aubry de la Noë (1792-1870) dont nous reparlerons également.

La famille Davy ne semble pas avoir pris part aux assembées de la noblesse en 1789.  Le maintien de sa noblesse est contesté par certains auteurs. Ce n’est pas le cas de Jean Canu, biographe des Davy, qui montre simplement qu’il s’agit d’une branche cadette des Davy de Virville ( elle même issue des Davy du Perron).

Source : Hubert Lamant et Jean Canu  (1979) « Les familles David et Davy » Inter-impression éditions.

Dans l’ombre de Colbert: René 1 Aubry, Seigneur de la Barrière (1595-1678)

Armoiries des Aubry

Armoiries des Aubry
« de gueules à trois pals d’or »

L’oncle ne nous dit rien d’autre sur René 1 Aubry si ce n’est qu’il était conseiller secrétaire du Roi «  Maison couronne de France et de ses finances » et qu’il épousa Marguerite Berryer. Cela semble peu mais c’est aussi beaucoup.

Un conseiller secrétaire du Roi maison, couronne de France et des finances était un haut fonctionnaire des finances.
La réception d’un Secrétaire du Roi de la Grande Chancellerie est accompagnée d’une prestation de serment faite entre les mains de M. le Chancelier ou Garde des sceaux, ou parfois, dans des circonstances solennelles, à genou devant le roi.
René 1 avait acquis sa charge assez tard en 1676. En effet à cette époque, les charges s’achètent et certaines sont anoblissantes comme celle de conseiller-secrétaire du Roi.
A noter que cette charge conférait la noblesse du premier degré dès l’entrée en charge et la noblesse héréditaire après vingt ans ou le décès durant l’exercice des fonctions.
C’est la raison pour laquelle cet office est désigné au cours du XVIII siècle comme une «  savonnette à vilains » car elle permettait une ascension sociale rapide dans le second ordre à des personnes issues de la bourgeoisie et mettant toutes leurs compétences, acquises au sein de familles ayant déjà réussi dans le négoce ou l’industrie, au service de l’État.

Il est donc fort probable que la famille de René Aubry était déjà bien implantée dans la bourgeoisie et le milieu financier.

Plusieurs éléments vont en ce sens:

Premièrement, selon Daniel Dessert* et les archives de la Sarthe*** René Aubry a d’abord été receveur au grenier à sel du Mans, ce qui implique qu’il puisse avancer au trésor royal le produit de la collecte de l’impôt.

Le grenier à sel dans la fiscalité d’Ancien Régime
Généralisée par les ordonnances de 1331 et 1343, la gabelle constituait le plus important des impôts indirects. Cette taxe sur le sel n’était toutefois pas perçue partout, et ses modalités de perception variaient selon les régions. Dans les pays de Grande gabelle, le sel, en provenance pour l’essentiel des marais salants de l’Atlantique devait être acheté dans les greniers établis en application des lettres patentes du 20 mars 1392.
Le grenier à sel des pays de grande gabelle était à la fois un magasin d’approvisionnement obligatoire et le siège d’une juridiction chargée de juger les causes relatives à la balle, et notamment les affaires de contrebande de sel, le « faux saunage », passible de la peine des galères. Chaque paroisse était obligatoirement rattachée à un grenier à sel où ses habitants devaient « lever » une certaine quantité de sel, parfois obligatoire (une cinquantaine de kilogrammes pour 14 personnes), parfois laissée au choix de l’acheteur.
En 1593 on comptait 158 greniers à sel. L’officier principal en était le grenetier remplissant des fonctions d’administrateur, de comptable et de juge. Au XVIIIe siècle, alors que les impôts directs sont toujours perçus en régie, les revenus domaniaux et les autres impôts indirects sont traditionnellement affermés à des traitants qui versent au roi des sommes forfaitaires. Le procédé est commode pour le roi qui reçoit un versement immédiat sans avoir la charge de la perception.
Le grenier reste l’unité administrative fiscale de base et le receveur s’occupe des aides, des domaines, des gabelles, des traites et autres impôts. Le receveur était avant tout prêteur de deniers puisque l’Etat avait pour habitude de récolter l’impôt indirect avant que les Fermiers Généraux ne l’ait encaissé.

En 1660 René Aubry s’occupe de la canalisation de la Mayenne pour le compte de Mazarin.

Deuxième élément concernant l’ascension sociale de René Aubry : son mariage avec Marguerite Berryer (1612-1693).

Le frère de Marguerite, Louis Berryer de la Ferrière (1616-1686) , n’est pas n’importe qui. D’origine pauvre et roturière, Berryer doit

Louis Berryer de La Ferrière (1616-1686)

Louis Berryer de La Ferrière (1616-1686).

son ascension à la protection de Mazarin. Fermier des forges du comte de Flers, il administre les biens du cardinal puis les revenus d’un certain nombres d’abbayes dont celle de Saint Germain des prés. Il passe ensuite au service de Colbert dont il est l’ami et le protégé jouant un grand rôle dans la galaxie Colbert.

La galaxie Colbert.  Colbert prend le pouvoir contre Fouquet et assainit les finances royales qui étaient aux mains d’un tout petit nombre de familles qui en tiraient grand profit. Pour ce faire, outre les procès, il réduit le nombre des charges « comptables » et en redistribue les places… à des parents en lesquels il a confiance, recréant peu ou prou le système précédent. La galaxie Colbert est donc un ensemble de personnes qui, d’un côté, participent à la modernisation du royaume et introduisent les manufactures, les hauts fourneaux etc… mais qui, d’un autre, réalisent des montages financiers semblables aux « off shores » d’aujourd’hui et s’enrichissent au détriment du royaume de France. René Aubry et son fils René II en font partie.

Berryer est particulièrement connu pour l’affaire du « Traité Armand » de 1655. Ce traité afferme pour 15 ans les 100 000 hectares des forets royales de Normandie au prix bradé de 2,2 millions de livres. Berryer est à la fois juge ( il est contrôleur des eaux et forêts de Normandie chargé d’affermer les forêts) et partie (membre du montage financier qui permet de récupérer les terres donc le produit des coupes) et tire des avantages considérables du montage. Louis Berryer joue un rôle important pour faire condamner Fouquet. Il devient directeur de l’hôpital général de Paris (1660) où il supervise la construction de la chapelle de la Salpétrière et crée la maison de force pour les femmes de l’hôpital. Nommé au nombre des directeurs généraux de la compagnie des Indes orientales en 1665, il fait partie de tous les montages financiers de Colbert et introduit la fabrication de la dentelle à Alençon. Il meurt ruiné, rattrapé par ses malversations normandes.
Marié à Renée Hameau originaire de la région d’Alençon, il est le grand-père de Nicolas Berryer, secrétaire d’Etat à la marine puis garde des sceaux et ministre d’Etat sous Louis XV.

« Dans son village, Berryer entraine une partie de ses parents qui eux aussi font carrière en particulier son beau frère René Aubry et le fils de ce dernier » *

De fait dès 1660, René est receveur des tailles à Nevers puis, de 1664 à 1669, il devient receveur général des finances de la généralité de Caen puis de celle de Rouen dont il cèdera la charge à son fils René II en 1675.

En 1676 , l’un des témoins de moralité de l’enquête avant réception comme Secrétaire conseiller du Roi est Claude Coquille ( financier important de Louis XIV, membre de la galaxie Colbert).

On voit donc René Aubry 1 dans un milieu en pleine ascension sociale et en activité du côté du Mans et de la basse Normandie, notamment dans l’Orne. Il devrait exister un portrait de lui mais je n’en n’ai pas trouvé pour l’instant.

L’acquisition d’un titre de conseiller du Roi implique-t-elle que René Aubry était forcément roturier auparavant? C’est possible mais François Bluche rappelle que la dérogation c’est à dire la perte de noblesse n’était pas si rare que cela et « qu’une race noble déchue, même peu de temps, éprouve difficulté à retrouver sa notoriété et sa vitalité première »**

Dès 1645 René Aubry est toujours mentionné comme « Seigneur de la Barrière  » sans autre précision. La Barrière est un quartier de la commune de Savigné-l’Evêque, dans la Sarthe, où sa femme Marguerite se retire et meurt en 1693.

De son mariage, il laisse, d’après l’oncle Louis, trois fils: René 2, Philippe et Louis-François. Un peu de recherche bibliographique nous fait découvrir l’existence d’un quatrième fils, Jean-Baptiste et de trois filles: Marie, Louise et Jeanne. Un fils est dit « Aubry le muet » dans le testament de son frère René 2 sans qu’il soit possible de savoir de quel frère il s’agit exactement.

En savoir plus:
Pour l’histoire de la fonction de secrétaire conseiller du Roi voire:
http://www.blason-armoiries.org/institutions/s/secretaires-du-roi.htm
http://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/3909-office-et-officiers-sous-lancien-regime.html
Gilles Deleuze
http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=54&t=19071

Sur la fiscalité : http://www.genealogie-aisne.com/old_genealogie/cantons/gabelle.htm

Systeme Colbert
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5733423t/f26.item.r=Aubry.zoom

Société d’histoire moderne et contemporaine (France). Bulletin de la Société d’histoire moderne. 1981.Relation :  http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34412914g

Sur Louis Berryer:
http://www.berruyer.fr/celebres/genealogie-3-9-berryer-de-ferriere.html
Et surtout la communication d’Albert Lafontaine
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5721812h/texteBrut

Livres
° Daniel Dessert, « Argent pouvoir et société au Grand siècle » Fayard, 1984

** François Bluche  » Les magistrats du parlement de Paris au XVIIIème siècle ». Economisa

*** Archives de la Sarthe . Inventaire série HT2 1001-1975