Jean (1720-1790) et Thérèse « Marguerite » Fraissinet (1723-1778)

Jean est le premier Fraissinet à s’installer à Marseille en 1748 (1). C’est la fin de la guerre de succession d’Autriche qui laisse la marine française affaiblie mais le commerce  maritime français épargné pour l’essentiel. Jean saura tirer parti de la paix revenue. Il est le fils d’Antoine Fraissinet (1693-1760) et de Jeanne Boichon (1692-1782).

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Intérieur du port de Marseille par Joseph Vernet (1714-1789) Musée du Louvre. Paris

Il vient du Languedoc, plus exactement de Sète où son père possède un florissant négoce (article sur Antoine à venir).

Au XVIIl’ siècle le négociant est un homme polyvalent qui fait aussi de l’armement, de la banque, de l’assurance et parfois même, commandite l’industrie. Jean est lui-même négociant. Comme de nombreux Fraissinet, Jean est envoyé en dehors de la base géographique familiale (Sète) afin d’étendre le réseau commercial. A Marseille au milieu du XVII eme siècle, il s’associe aux frères Pierre et Henry Deveer, deux amstellodamois avec qui il partage la direction de « Deveer frères & Fraissinet ». Cette firme renforce des liens préexistants entre la maison Antoine Fraissinet de Montpellier et la maison A. Deveer d’Amsterdam. Forte de ces relations, elle connaît une réussite rapide et figure dès le début de la décennie 1750, aux premiers rangs du commerce marseillais. Au décès de Pierre Deveer, en 1754, la collaboration se poursuit avec sa veuve à travers la création de la maison Veuve Deveer & Fraissinet.  En 1756 Jean crée une filiale à Livourne  mais la guerre de 7 ans commence. Elle aura une forte incidence sur le commerce  puisque l’entreprise fait faillite en 1763 malgré l’arrêt des hostilités cette année là. La maison de Marseille reste très proche de celle de Sète, l’étroitesse de leurs relations se manifestant par la corrélation de leurs difficultés en 1763 quand la faillite de Jean Fraissinet correspond à celle de la maison de son frère Marc à Sète.

Le passif qui s’élève à 637.000 livres révèle une importante maison aux activités nationales et internationales dont le champ d’activité s’étend de la Méditerranée (l’Egypte, Gênes, Sète, Barcelone, Livourne (Jean s’y installe quelques années vers 1756-1758) à l’Atlantique et à la Manche (Cadix, Bordeaux, Rouen) mais surtout à la Mer du Nord (Dunkerque, Amsterdam, Hambourg) et jusqu’à Saint-Pétersbourg (2)

Localement, Jean Fraissinet est en lien avec d’autres négociants protestants:

  • Jean Baux (1716-?), négociant marseillais d’origine Castraise, qui épouse en juillet 1750 Constance Fraissinet (1733-1801), soeur de Jean.
  • Les frères David et Roger Roux, présents en mai 1749, lors de son mariage.

Marc Fraissinet (1732-1801), frère de Jeanvient le rejoindre à Marseille en 1778, avant de retourner à Sète lors de la Révolution.

A Marseille, la population protestante compte environ 2000 personnes en 1785 (pour une ville de 100 000 habitants) (3). Les protestants sont très soudés et se retrouvent non seulement dans les maisons particulières pour célébrer le culte (depuis la révocation de l’Edit de Nantes  les temple sont interdits et/ou détruits) mais aussi au sein de la loge Saint Jean d’Ecosse dont les ramifications européennes et levantines permettent de tisser et de renforcer de nombreux liens commerciaux (4).

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Initiation d’un apprenti maçon au XVIIIeme (d’après Gabanon, 1745) .

En font partie Jean Fraissinet et beaucoup d’autres parmi lesquels je relève Jean-Christophe Hornbostel, Louis Tarteiron de Sète, vénérable depuis 1767, Jacques Seimandy, David Baux, François-Philippe Folsch, Jean Romagnac, Henry Roullet  (4) et (5).

 Cette loge ambitieuse apparaît comme la loge du négoce international, où se rencontrent les hommes les plus influents de la Chambre de commerce, les représentants en vue de l’élite économique régnicole et étrangère. Sous leur impulsion, elle calque son dispositif, ses réseaux sur ceux du port… L’expansion commerciale et l’expansion maçonnique voguent de conserve, les supports de la première soutiennent la seconde, comme les difficultés de l’une contrarient le succès de l’autre. Saint-Jean d’Ecosse est à l’unisson du négoce marseillais jusque dans sa magnificence matérielle, son temple est l’un des plus richement ornés du siècle (5).
Loges filles de Saint-Jean d’Ecosse à l’étranger et dans les colonies: Avignon, Cap Français (Haïti), Constantinople, Gênes, Malte, Palerme, Saint-Pierre de la Martinique, Salonique, Smyrne.

Jean se marie avec sa cousine-germaine Thérèse « Marguerite » Fraissinet (Sète 1723-Marseille, 1778). En la circonstance, Marguerite Fraissinet se voit doter de 20.000 £t de la part de ses parents et de 10.000 £t de Pierre Deveer, chez qui est signé le contrat de mariage.  Marguerite est la fille de Jean Isaac Fraissinet (1690-1749)  et d’Anne Gervais.

Les mariages entre cousins sont fréquents dans le milieu protestant et les mariages  Fraissinet ne font pas exception à la règle. Ce qui est intéressant ici c’est que le mariage est célébré dans l’Eglise catholique Saint Martin de Marseille  (maintenant rasée pour faire place à la rue Colbert) le 7 mai 1749.

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Eglise Saint Martin de Marseille avant sa démolition en 1887 Par Rivalette — Travail personnel. Wikimedia

Comment expliquer cela  puisque les Fraissinet sont des protestants convaincus ?

Après la révocation de l’Edit de Nantes, les protestants ont dû faire le choix d’émigrer dans les pays dits  » du refuge »  ( Pays-Bas, Angleterre, Prusse, Suisse ) ou de se convertir sous peine de persécution ou de mort. Contrairement à une légende familiale (plusieurs personnes m’ont dit que notre branche de la famille avait trouvé refuge en Hollande), c’est la deuxième solution qui est retenue par les Fraissinet de Sète, puis de Marseille (certains de Montpellier partiront effectivement aux Pays Bas). Ils deviennent ce que l’on appelle les Nouveaux Convertis ou bien des « ex adeptes de la R.P.R » (Religion Prétendument Réformée). Cette conversion n’est que de façade : parents, parrains et marraines n’assistent pas ou peu  au baptême de leurs enfants à l’église. Ce qui entraîne des mesures de rétorsion de la part des clercs catholiques. En particulier, le refus de conférer la qualité de  parrain ou marraine ou un refis de sépulture au cimetière catholique.Un permis d’inhumer doit souvent être demandé aux autorités municipales et un cimetière est réservé aux protestants étrangers et R.P.R.

Ainsi:

  • Marguerite Thérèse est  baptisée à l’église Saint Louis de Sète en l’absence de ses parents le 19 avril 1723. Deux personnes représentent le parrain, Isaac Fraissinet, et la marraine, Marguerite de Montguiran, absents eux aussi.
  • A l’inverse le parrain et la marraine de Jean Fraissinet – Jean Boichon (grand-père maternel)  et Françoise Bousquet (grand-mère paternelle) – ne sont pas retenus lors du baptême de Jean, le 23 février 1720, en l’église Sainte Anne de Montpellier car « Nouveaux catholiques »
  • A la mort de Thérèse Marguerite, le 30 septembre 1778, Jean son mari doit présenter une demande de permis d’inhumer car elle est considérée comme protestante (5)…
Les protestants étrangers furent d’abord seuls à bénéficier (du cimetière). Plus tard, en vertu de l’articte 13 de la déclaration royale du 9 avril 1736, les protestants originaires de France furent soumis au même régime et le même cimetière servit pour les uns comme pour les autres. Ce cimetière se trouvait, au XVIIIe siècle, derrière les Accoules. La liste des personnes inhumées entre 1727 et 1788 a été conservée.

Jean décède le 7 juin 1790 à Marseille laissant quatre enfants de son mariage avec Marguerite:

  • Antoine Pierre (1749-1808)
  • Jeanne (1751-1784) épouse de Nicolas Suenson
  • Jean-Marc  (1752-1816)  qui succède à son père à Marseille, époux d’Anne Françoise Bellard (1765-1841)
  • Jacques-Marc (1753-1833) s’établit aux Pays-Bas après son mariage avec sa cousine  Elizabeth Fraissinet Van Arp (1765-1827)

 

Sources

(1) Lionel Dumond, « Maisons de commerce bas-languedociennes et réseaux négociants méridionaux : l’exemple des Balguerie et des Fraissinet (xviiie-xixe siècles) », Liame [En ligne], 25 | 2012, mis en ligne le 05 décembre 2012, consulté le 25 janvier 2017. URL : http://liame.revues.org/282 ; DOI : 10.4000/liame.282

(2)   Eliane Richard, « Un siècle d’ascension  sociale : Les Fraissinet »

(3) Puget Julien, « Les négociants marseillais et la fabrique urbaine, entre désintérêt immobilier et implication politique (1666-1789)‪ », Rives méditerranéennes, 3/2014 (n°49), p. 141-158.

(4) Pierre-Yves Beaurepaire, « Saint-Jean d’Ecosse de Marseille », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 72 | 2006, mis en ligne le 17 septembre 2007, consulté le 25 janvier 2017. URL : http://cdlm.revues.org/1161

(5) Bulletin du protestantisme français (Vol. 59) Janvier-Février 1910. Internet archives

 

 

Antoine Pierre Fraissinet (1749-1808) « Le consul »

Antoine Pierre naît à Marseille le 21 décembre 1749 et meurt à Alger le 14 août 1808. C’est sa mort qui le rend, en quelque sorte, célèbre. Négociant à Alger, il devient Consul de Hollande dans la même ville, ce qui lui vaut son surnom de « consul » dans la famille. Comme tous les autres consuls de l’époque en Alger, Antoine Pierre doit donner, au nom de l’Etat qu’il représente, un tribut régulier au Dey pour se concilier ses bonnes grâces et garantir la paix. La Hollande se distingue des autres nations par la magnificence de ses dons .

Alger 1790

Alger 1790. Source:mesidéesdecadeaux.com

 

Les archives hollandaises (1) parlent ainsi de  « deux dons annuels, composés d’or, de montres de bagues serties de diamants , linge, damas, thé, sucre, etc. dont la valeur peut atteindre 20.000 florins. » La pratique des cadeaux est systématique envers le Dey, les envoyés du Sultan, les hauts fonctionnaires, le capitaine du port etc…Ils servent aussi à prévenir la piraterie ou à permettre la libération des esclaves chrétiens.

Piraterie et esclavage représentent encore en 1807 un problème récurrent et une grande partie de l’activité des consuls postés en « Barbarie » comme on appelait la côte africaine à l’époque, consiste à protéger les intérêts commerciaux des nations qu’ils représentent mais aussi à racheter les esclaves chrétiens et à prévenir du départ de bateaux corsaires barbaresques. Sur la traite des esclaves chrétiens qui dure jusqu’en 1830, les problèmes liés à leur rachat, voir ici et ici. Quand  la situation devenait intenable, les puissances européennes attaquaient les ports barbaresques Tunis, Tripoli et Alger.

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Jan Goeree (1670-1731)&Casper Luyken (1672-1708) Amsterdam’s Historic Museum Wikimedia Commons

 

En 1807, le nouveau Dey d’Alger, Ahmed,  oblige Pierre Antoine à envoyer son fils Antoine Joseph en Hollande réclamer un « grand cadeau » en échange d’une garantie de paix. Ce cadeau devait comprendre des mâts de bateaux ( la Hollande vendait so des armes et des équipement au Dey). La réponse se faisant attendre, Ahmed montre sa mauvaise humeur en faisant mettre aux fers Pierre Antoine, le 29 avril 1808 .

« En route pour la prison Fraissinet fut à plusieurs reprises si brutalement poussé qu’il faillit tomber. Au bagne il ne se retrouva pas seul dans une cellule mais, à son horreur, parmi les esclaves et 150 Algériens enchaînés. Les autres consuls se hâtèrent de se rendre au palais pour protester contre ce traitement d’un collègue âgé et hautement respecté. Ils furent renvoyés par Ahmed qui déclara que Fraissinet méritait de mourir en prison comme un chien. Pourtant, le dey, calmé, le libéra trois jours après, donc le 2 mai. Ce bref séjour avait coûté à Fraissinet six  mille florins. Rentré chez lui, il était si affligé par le traitement indigne qu’il mourut en septembre de la même année... » (2)

« Cette scène était toute récente lorsque Arago arriva. Madame Fraissinet était encore malade de la frayeur qui l’avait saisie lorsqu’elle avait vu les chaouchs du divan s’emparer de son époux malgré ses larmes et celles de ses enfants éplorés » (8)

La même aventure était arrivée peu auparavant à l’amiral Ulrich, consul du Danemark (3) qui participera à la succession d’Antoine Pierre (5).

Ces mésaventures n’empêchèrent pas son fils ainé, Antoine Joseph (1785-1864), d’accepter la succession de son père comme consul de Hollande à Alger.

La vie pour les diplomates était agréable quand elle n’était pas exposée aux foudres du Dey. Elle se passait dans  » la vallée des consuls » aux portes d’Alger. La ville elle même toujours enserrée dans ses remparts était insalubre et dangereuse aux yeux des occidentaux qui vivaient donc en dehors. Les consuls des diverses nations profitaient de la douceur de l’hiver pour donner de grands bals auxquels assistaient les grands de la Régence et dont on trouve une description dans les aventures du scientifique François Arago en Algérie (3).

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Les jardins du palais du Dey à Alger. Théodore Frère.

Comment Antoine Pierre était-il devenu consul ?

Eliane Richard (4) nous donne une explication

« Depuis le milieu du XVlIl’ siècle les Fraissinet de Montpellier et de Marseille avaient noué des relations commerciales avec la Régence (i.e. le gouvernement d’Alger)  vers laquelle ils expédiaient quelques voiliers; mais c’est à leurs liens familiaux avec les Fraissinet de Hollande que plusieurs des leurs doivent d’avoir occupé le poste de Consul des Pays-Bas à Alger. L’un des fils de Jean (Fraissinet), Jacques, avait épousé sa cousine hollandaise (Fraissinet Van Arp), Henriette. Ses deux frères, Jean-Marc et Antoine sont alors successivement désignés par les Etats Généraux des Provinces Unies pour les représenter auprès du Dey… Sa nombreuse correspondance établit la variété des affaires traitées et la persistance des liens familiaux tant avec ses frères demeurés à Marseille qu’avec ses cousins de Hollande…

De fait le fonds Fraissinet fait état de six lettres écrites à ses frères entre 1786 et 1798  dont une datée de 1789 qui demande qu’on lui fasse état de « tout ce qu’il y aura de nouveau au sujet de la révolution en France ».

En 1790, Pierre Antoine adresse une lettre à Georges Washington. Elle  est acheminée par ses frères Jacques et Jean de la compagnie Fraissinet. Les cousins qui vivent aux USA peuvent peut être essayer de trouver ce que contenait la lettre d’Antoine Pierre.

Marseille [France] Le 19. mars 1790.

Monseigneur
Nôtre frere Consul General de LL: HH: CC. à Alger vient de nous adresser L’Incluse pour Vôtre Excellence, nous nous empréssons de vous l’acheminer et de vous présenter l’hommage des Voeux que nous adressons au tout Puissant pour la Conservation des Jours de Ve. E. à la quelle le Bonheur du Peuple Genereux que Vous gouvernés est si etroitement Lié. Nous Sommes avec un respectueux attachement Monseigneur De Vôtre Excellence Les trés humbles et trés Obeissants Serviteurs
III Jn Marc & Js
Fraissinet & Cie
Source : http://founders.archives.gov/documents/Washington/05-05-02-0163

1790 c’est l’année où Jefferson demande au congrès la construction d’une marine de guerre afin de protéger les marchands américains commerçant en Méditerranée des attaques des corsaires barbaresques. Pour connaître l’histoire de l’US Navy qui fit ses premières armes en Méditerranée comme on l’oublie trop souvent cliquez ici.

A l’époque de l’expédition française en Egypte (1798), la Porte ordonna au Dey d’Alger de déclarer la guerre à la France. Il finit par obtempérer, à contre coeur semble-t-il, emprisonne le consul, expulse les français des comptoirs de Bone (Annaba aujourd’hui) et de La Calle. Jusqu’à la signature de paix de 1801, nous trouvons trace d’Antoine Pierre  le « consul batave » qui sert de truchement entre les deux Etats. Les lettres du consul de France Dubois Thainville à Talleyrand donnent un bon aperçu de la situation. Vous pouvez les lire ici notamment celle du 23 germinal an IX.

En 1802, Antoine Pierre reçoit la nouvelle du naufrage du navire français « Le Banel »  qui donna naissance à la légende de Mama Binette. 

E. Laval m’a gentiment envoyé une copie d’une lettre d’Antoine Pierre consul de la république Batave à son collègue consul à Tunis. Remarquons que la lettre est rédigée en français et non en néerlandais.

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« Pendant son séjour en Barbarie, Antoine avait noué des relations avec les consuls étrangers ce qui devait élargir encore le cercle des alliances Fraissinet dans le milieu protestant de l’Europe du Nord. Antoine marie sa sœur, Jeanne, au Consul de Danemark et de Norvège, Nicolas Suenson, natif de Bergen et son fils, Auguste, à la fille de l’agent consulaire suédois, (Johan) Nordeling. Ainsi les Fraissinet de Montpellier, de Hollande, de Marseille et d’Alger auront-ils désormais des cousins scandinaves. »

Il faudrait rajouter de possibles intérêts dans les Antilles car Johan Nordeling, consul de Suède à Alger entre 1808 et 1810 était auparavant juge à Saint Barthélémy  (alors possession suédoise) où il retourne en 1819 comme gouverneur de l’île. Notons que l’un de ses autres enfants, Louis, meurt en Guadeloupe en 1826, année de naissance (hors mariage) de sa fille Georgine. « Emmenée à Marseille par sa grand-mère (de Mont d’Or) en 1831, Georgine y épousera 1846 Elysée Eugène Fraissinet, fils de Jacques Marc Fraissinet, frère de Auguste Antoine, et petit-fils de Antoine Pierre. Elle a probablement été élevée par la soeur de Louis, Adélaïde Marguerite Edla Nordeling (Fraissinet), dont elle est la nièce« (6).

Antoine Pierre avait épousé Claire Chaix (Marseille 1760-Marseille 1846) – fille d’un tonnelier de Digne, Antoine Chaix (1730-?) et d’Anne Gabriel (9) – qui lui donna neuf enfants dont Henry. Ils naissent à Alger sauf Auguste (Marseille), et les trois derniers Philippine, Henry et Suzette (Livourne) ce qui fait penser à une installation ou des séjours fréquents en Italie pendant au moins 7 ans (1793-1799). Pour quelle raison? La Terreur sévit à Marseille où Jacques Rabaud, l’un des nombreux cousins de Pierre Antoine est guillotiné en 1794. Mais Claire et Pierre Antoine sont censés être à Alger. Peut-être eurent-ils besoin de séjourner à Livourne pour affaires. En fait, il pourrait s’agir aussi d’éviter l’épidémie de peste qui a ravagé l’Afrique du Nord en 1793.

Après la mort de Pierre Antoine « Antoine Joseph le fils aîné, nouveau consul, se rendit à Marseille où il constata qu’à cause des activités de la flotte anglaise en Méditerranée nul navire ne se rendait à Alger. Il y fut rejoint par sa mère et ses frères et soeurs (dont Henry) qui n’avaient plus aucune raison de rester à Alger. Après l’annexion des Pays-Bas par Napoléon en 1810, toute la famille choisit de s’établir à Marseille « (4).

Sources:

(1) « Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek » Deel 6  par P.J. Blok, P.C. Molhuysen (1924)

(2) « Corsaires et marchands. Les relations entre Alger et les Pays-Bas (1604-1830) » par Gérard Van Krieken. Bouchène ed. 2002

(3)  « La Mesure du mètre, dangers et aventures des savants qui l’ont déterminée », par W. de Fonvielle.  Hachette ed. 1886 et ici

 

(4) Un siècle d’alliances et d’ascension sociale: les Fraissinet,  par Eliane Richard. Provence historique. 1985.

 

(5) 5.a Requête de la dame veuve Antoine Pierre Fraissinet née Chaix Claire et de son fils Jean Antoine Fraissinet, adressée à Charles François Dubois-Thainville, commissaire et consul général de l’empire Français à Alger, aux fins d’ordonnance d’inventaires des biens et effets dudit sieur Antoine Pierre Fraissinet, consul de Hollande à Alger, décédé dans ladite ville le 14 août 1808 (Alger, 25 août 1808).

5.b Ordonnance d’exécution prise par Charles François Dubois-Thanville, consul général de France à Alger (Alger, 27 août 1808).

5.c Procès-verbal d’inventaire des effets, meubles, papiers etc. de l’hoirie de feu monsieur Pierre Antoine Fraissinet, consul de Hollande à Alger et la remise faite des effets inventoriés à Madame veuve Fraissinet née Chaix, Monsieur Jean Antoine Fraissinet fils majeur et Charles Hyacinthe Crest comme tuteur subrogé à défaut de conseil de famille pour surveiller les intérêts des enfants mineurs, pris par Charles François Dubois-Thainville commissaire et consul général de l’empire français à Alger, assisté de Johan Norderling, consul général de Suède à Alger et Georges Fréderich Ulrich, consul général de Danemark à Alger, et enregistré par Jean Joseph Roch Ferrier, chancelier du consulat de France à Alger (Alger, 3 octobre 1808). AOM . Aix en Provence.

(6) Elements bibliographiques sur la famille Nordeling ici

(7) Un site intéressant sur l’histoire de l’Algérie ici

(8) Fonvielle, Wilfrid de (1824-1914). La jeunesse d’un grand savant républicain / Wilfirid de Fonvielle. Gaillard ed. BnF

(9) Geneanet prenividaud

 

Image à la une: The_Dutch_in_Tripoli par Lieve Pietersz Verschuier

 

Une branche Folsch en Australie !

« Si vous vivez dispersés sur une vaste étendue raison de plus pour rester unis par la correspondance  pour garder le contact entre vous sinon, au bout d’une génération seulement, vous deviendrez étrangers les uns aux autres » Auguste Boucherie  16 mars 1931

C’est pour n’avoir pas suivi ce sage conseil, que les descendants de William Henri Grant (1846-1929)  arrière-arrière-petit fils de François Philippe Folsch de Fels ( 1755-1832) et de Marguerite Newenham (1759-1843) immigré en Australie ont perdu tout contact avec leurs cousins français.

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William Henri Grant Marseille 1846-Sydney 1929 Source: whgrant.com.au

C’est aussi l’un des plaisirs donnés par ce blog d’avoir pu les retrouver, un cousin australien étant tombé sur la page consacrée aux Folsch de Fels en surfant sur internet. L’histoire ne s’arrête pas là, en 1907, Auguste Boucherie,  cousin de Charles Grant, le père de William (via sa mère, Caroline Schnell) correspond avec son neveu australien et lui envoie un extraordinaire livre de famille le « black book » où il dresse toute la généalogie des Folsch  et fournit des renseignements dont certains jusque là inconnus par nous, sur les ascendants irlando-britanniques Newenham. Par bonheur, les Grant australiens ont conservé ce document ainsi que les lettres échangées entre Marseille et Paris et les ont mis en ligne. Vous pouvez découvrir toute cette histoire en cliquant ici.

Vous verrez notamment que William Henri Grant émigra en Australie en 1877  (le bateau utilisé pour son voyage le « Dumbar Castle » est représenté en tête d’article) ; il eut 13 enfants de deux femmes  (Mary Chambers(1847-1885) et Francis Anne Hammerton (1855-1943), adopta ceux de sa première femme (deux enfants) et donna comme prénom à plusieurs de ses fils les noms de famille de leurs ancêtres. Ainsi :

  • Albert Richardson GRANT (1888-1978)
  • Folsch Newenham GRANT (1890-1918)
  • Selwood Hammerton GRANT (1894-1956)

Cinq de ses enfants participèrent à la première guerre mondiale et l’un deux, Folsch Newenham,  y laissa la vie.

Je vous laisse découvrir le site des GRANT et les albums qui y figurent c’est un vrai bonheur!

Ces cousins éloignés sont à la recherche de contacts avec leurs cousins français les plus proches i.e. Richardson, Vardy, Hodgson, Hediger, Symonds, Ropp et Grant bien sûr. Si vous en connaissez , merci de laisser un message !

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La maison de WH Grant à Sydney, une maison coloniale typique de la ville. Source : whgrant.com.au

 

Henry Fraissinet (1794 – 1866)

Remontons une génération pour nos intéresser au père d’Adrien Fraissinet, Henry.

Il est né à Livourne le 10 juillet 1794, septième d’une famille de neuf enfants. Ses parents Pierre Antoine Fraissinet et Claire Chaix se trouvent dans cette ville depuis 1792 environ. Pierre-Antoine y a rejoint son frère, Jacques Marc (1757-1833), négociant royal et époux de l’une  de ses cousines Elisabeth Fraissinet Van Arp (1765-1827). Nous sommes en pleine Terreur, Jean-Marc (1752-1815) frère d’Antoine et de Jacques Marc, armateur et négociant est enfermé au fort Saint Jean.  Marseille est déclarée « ville sans nom » le 6 janvier 1794 et sa franchise portuaire abolie le 31 décembre 1794. De nombreux négociants, pourtant favorables à la Révolution mais opposés à ses excès ont fui la ville et trouvé refuge en Italie, notamment à Gênes et Livourne en ce qui concerne les protestants car on y bénéficie de la liberté de culte. Le grand-père d’Antoine, Jacques Marc et Jean Marc,  Jean Fraissinet (1720-1790), négociant associé aux frères Deveer, y a d’ailleurs ouvert un comptoir vers 1756-1758.

Henry est baptisé dans l’église anglaise protestante le 13 juillet 1794. Son parrain est Henry  Holit, négociant , et sa marraine Sophie de Petembery comtesse de Menyden. Je ne trouve aucune information sur ces deux personnages. Notons que deux petites filles Fraissinet décèdent à Livourne l’une en 1801, l’autre en 1804 sans doute des cousines d’Henry. Elles sont enterrées au cimetière anglais.

Port-franc, Livourne est la tête de pont marchande des Médicis en Méditerranée depuis le XVI ème siècle. Les « lois livournaises » prévoyaient l’immunité, des privilèges et des exonérations en faveur des marchands quelle que soit leur provenance et la liberté de culte. Cosmopolite, active, en cette fin du XVIII ème siècle, Livourne commerce avec toute la Méditerranée et, pour les Provençaux, sert d’étape vers Alexandrie et/ou vers le Maghreb (1). L’armée française entre dans la ville le 27 juin 1796 et  Livourne devient ensuite chef-lieu du département français de la Méditerranée (1808-1814).

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Arrivée des français sur la place d’Armes de Livourne 27 juin 1796

 

La petite enfance d’Henry  se déroule donc à Livourne puis à Alger où son père est consul de Hollande et où naît, en 1799, sa petite soeur Suzette qui deviendra une célébrité familiale. Alger est alors une ville réduite à la kasbah et à un port d’où partent outre des « barques » commerciales, les chebecs , navires corsaires légers qui abordent les navires, les pillent et  vendent équipage et passagers sur les marchés aux esclaves d’Istanbul et  de Tripoli.

Alger 1790

Alger 1790. Source : mesidéesdecadeaux.com

La famille se fixe a Marseille en 1808 après la mort de Pierre Antoine et Henry entre au collège de Sorèze , catholique, mais qui accueille volontiers les fils de la bourgeoisie protestante marseillaise.  Il sera fréquenté par un nombre si important de Fraissinet que les bons pères finiront par leur attribuer des numéros (2).

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Abbaye-école de Sorèze . By Havang(nl) – Own work, CC0

Le Collège de Sorèze
• En 1682, Dom Jacques de Hoddy ouvre une école, appelée « séminaire », pour les enfants de familles de nobles peu fortunés… En 1757, Dom Victor de Fougeras met en application le plan d’étude : l’école de l’abbaye acquiert alors un grand renom en matière d’enseignement. Parmi les matières enseignées (en français, ce qui était rare à l’époque), les mathématiques et les sciences tiennent une grande place ainsi que les arts (dessin, peinture, écriture, musique, danse), l’équitation, l’escrime, la natation et les cours de fortifications. Cette notoriété lui vaut, en 1776, d’être érigée par Louis XVI comme la première des douze écoles royales militaires du royaume. Ces établissements forment les futurs officiers des armées.
• Pendant la Révolution,  François Ferlus, directeur de l’école, rachète les bâtiments et maintient l’activité scolaire.
• En 1854, le père dominicain Henri-Dominique Lacordaire prend la direction de l’école.  Les dominicains resteront jusqu’en 1978.
• Devenue mixte au cours des dernières années, l’école, qui restait une des plus anciennes d’Europe installée dans les mêmes bâtiments sans discontinuité, a dû fermer ses portes en octobre 1991.

Source : Tarn.fr

La nébuleuse commerciale Fraissinet est en pleine activité et la famille a des intérêts  dans le nord de l’Europe bien sûr, mais aussi en Algérie, en Inde et en Bosnie. Est-ce en contemplant tous ces bateaux qu’Henry prend le goût des voyages ?

Embarqué sur la Victorieuse (1811)  et la Médée (4 février 1812) comme aspirant de 2nd classe (certificat 15 janvier 1812) , il est sous-officier dans la 1ère légion, 1er bataillon de la garde Nationale de 1814 puis officier de marine marchande dès 1816 (3).

  • La Victorieuse : corvette de guerre, petit trois mâts rapide à gréement carré qui participera 19 ans plus tard à la conquête de l’Algérie.

  • La Médée: frégate de guerre lancée en mai 1811 et abandonnée en 1849. Quand Henri y embarque, elle est commandée par Meynard de la Farge

Henry travaille alors pour le compte d’armateurs marseillais ou bordelais qui sont souvent les mêmes négociants dont le navire transporte les marchandises. C’est l’époque des derniers grands navires à voile dont « Le Belem » est l’un des rares exemplaires restant. A partir du milieu du XIX ème siècle, ils seront remplacés par les navires à vapeur.

Belem 1

Le Belem. Photo : Agnès Méchin

Belem 5

Le Bélem, détail. Photo : Agnès Méchin

 

Les archives Fraissinet (3) permettent de retracer les principaux  voyages d’Henry sur des navires ressemblant au Belem:

Navire : « Les trois frères »:

les 3 frères_jpeg

Les Trois frères @musées d’art et d’histoire de La Rochelle, Max Roy

  • Marseille – Batavia – Marseille (13 avril 1818 – 5 septembre 1819) (2).
  • Marseille. Ile Bourbon ( La réunion) Marseille  11/12/1820-23/04/1822
  • Marseille-Sumatra-Ile Maurice – Marseille 1823/1824.

Navire : « Cygne ».

  •  Gibraltar, Buenos Ayres, Chili, Pérou,  Panama
  • Alexandrie (octobre 1828-mars 1830)
  • Calcutta (1831)

Ce ne sont pas des voyages de tout repos. Il faut compter avec les pirates, les naufrages,  les maladies en particulier la fièvre jaune et les multiples avaries. C’est ainsi qu’au retour de Sumatra , Henry essuie une terrible tempête qui arrache les voiles. « Les Trois frères » chargé de poivre pour le compte des frères Rabaud de Marseille, doit être réparé à l’île Maurice. La dispute qui s’en suivra avec les assureurs fait l’objet d’un article de jurisprudence de droit des assurances maritimes (4).

En 1818 , en pleine Restauration, Henry est naturalisé français ( Pierre Antoine, son père, ayant été diplomate pour le compte des hollandais, Henry ne possédait plus la nationalité française).

Agé de 29 ans, il épouse à Marseille, le 3 avril 1824, Clotilde Baccuet qui en a 19 .

Clotilde est sa cousine issue de germain: fille d’Henriette Fraissinet et petite-fille de Jean-Marc Frassinet, l’oncle d’Henry.  Ils auront  10 enfants dont Adrien  (quatre meurent en bas-âge). Avec le couple formé par sa soeur Suzette et Marc-Constantin Fraissinet (13 enfants), Henry et Clotilde seront les plus prolifiques de cette génération.

Reconnu pour son expertise maritime, Henry est consulté par la municipalité  sur les projets de rénovation du port de Marseille (1842).

Attentif au développement de la navigation à vapeur  (son beau frère Marc-Constantin fonde la Compagnie Marseillaise de navigation à vapeur en 1836) , il remarque que ces navires manquent cruellement de remorqueurs pour entrer à Marseille. Henry fonde alors en 1853,  l’ « Entreprise de remorquage par bateaux à vapeur Société Henri Fraissinet et Cie» qui devient « Compagnie générale de remorquage à vapeur » en 1862.

 

Il meurt au 100 rue Sylvabelle, Marseille,  le 28 février 1866. Il semblerait que l’un des navires à vapeur de la compagnie Fraissinet ait porté son nom en 1903. Je n’en suis pas sûre car l’un de ses beaux-frères, frère de Marc Constantin Fraissinet,  se nommait également Henri.  Né en 1788 et mort en  1851, il était négociant à Split.

Eliane Richard (2) nous apprend que la rue Sylvabelle était colonisée par les familles protestantes « Au 67, les Baccuet, au 85 les Bruniquel, au 87 les Baux, au 100 trois Fraissinet et la veuve Chevalier née Fraissinet… (il s’agit d’Henriette Fraissinet 1791-1872, une soeur d’Henry), au 110 toujours les Fraissinet, au 116 des Rouffio etc… »

100 rue Sylvabelle a

Marseille : 100 rue Sylvabelle. Source: carte Google 2016

 

Références:

(1) Guillaume Calafat, « Être étranger dans un port franc. Droits, privilèges et accès au travail à Livourne (1590-1715) », Cahiers de la Méditerranée [Online], 84 | 2012, Online since 15 December 2012, connection on 08 July 2016. URL : http://cdlm.revues.org/6387

(2) Eliane Richard « Un siècle d’ascension sociale: les Fraissinet ». Provence historique. 1985.

(3) Fond Guy Fraissinet . Archives de Marseille.

(4) Journal de jurisprudence commerciale et maritime  Tome VI 1825 . 1ere partie. 

Une ancêtre à la Tour de Constance ?

Le 22 septembre 1824, Gustave Edouard Folsch de Fels épouse à Nîmes Rose Léa Bruguière (an XI-1882). Elle est la fille d’Alexandre Bruguière (Saint-Chaptes 1758 -Nîmes 1838) et d’Anne Defaux. Sur cette dernière, je ne trouve rien ( pour l’instant) mais le nom et surtout le lieu de naissance d’Alexandre m’intriguent car Anne Bruguière, née Meynier, est l’une des prisonnières les plus célèbres de la Tour de Constance. Elle était de Saint Chaptes. Y a-t-il un lien entre ces deux personnages?

Pour les protestants, la Tour de Constance à Aigues-Mortes (Gard) est l’un des symboles des persécutions qui ont suivi la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV en 1685. Les fidèles surpris à participer à des assemblées clandestines sont arrêtés, emprisonnés, les pasteurs condamnés à mort. Les femmes ne sont pas épargnées et se retrouvent enfermées dans de nombreuses prisons dont la plus célèbre est la Tour de Constance. Les conditions de vie dans cet édifice construit par Saint Louis en 1242 sont très difficiles. Sans argent ou secours extérieur, c’est la famine.

Grâce au centre de documentation et d’archives du parc National des Cévennes (4) et à l’ACPR ( 5)  je découvre qu’Anne (aussi appelée Marie) Meynier (1705-?), veuve de Pierre Bruguière (1692-<1737)  est la belle-soeur d’Henry Bruguière (1698-1776), le grand-père de Rose Léa. Ce dernier était en 1745 « fermier général des droits et revenus de cette province » – un collecteur d’impôts donc – ce qu’un autre document, antérieur, daté du 17 mars 1733 confirme : il y est présenté comme fermier des équivalents pour le diocèse de Mende (6). Il avait dû monter en grade entre-temps.

Anne est la fille de David Meynier, viguier d’Aigaliers (sorte de juge de première instance) et d’Isabelle Rossel. Son cousin germain Etienne David Meynier, deviendra seigneur de Salinelles, député du Tiers-Etat à la Constituante, maire de Nîmes et finira décapité en 1794. Son neveu, Louis Antoine Bruguière, frère d’Alexandre, sera le premier maire de Saint-Chaptes après la révolution.

Nous sommes donc dans le monde de la petite bourgeoisie cévenole en pleine ascension sociale.

Anne, protestante convaincue, donne le jour en 1726 à Elizabeth sa fille unique. Dès ses 10 ans celle-ci est placée aux frais du Roi dans un couvent du Gévaudan. Est-ce un moyen de la soustraire à une éducation protestante ? D’après une lettre d’Anne Meynier (1), il semblerait qu’il s’agisse aussi d’une sombre affaire de succession. Peu avant sa mort vers 1736, Pierre Bruguière, influencé par son frère Henry, aurait déshérité sa fille au profit de son frère et se serait fâché avec sa femme laquelle se trouva « obligée de quitter la maison« . Henry aurait ensuite intrigué pour que sa nièce soit envoyée au couvent.

Anne Meynier proteste de l’éloignement de sa fille et se plaint des manoeuvres de son beau-frère. En 1741, le Duc de Richelieu accepte qu’Elizabeth soit placée dans un couvent plus proche de Saint-Chaptes et accorde sa sortie en 1743.

Mais dès 1744, Elisabeth abjure sa foi catholique lors d’une assemblée au « désert » (pour la notion de « désert » voire (3)). Prévenu par le curé de Saint-Chaptes ou, selon Anne Meynier,  par Henry – qu’elle accuse de voir d’un mauvais oeil le retour de sa nièce- l’évêque d’Uzès ordonne qu’Elizabeth soit renvoyée au couvent. Celle-ci se cache mais, rattrapée, est enfermée chez les Ursulines.

Sa mère se révolte (5). Elle écrit à Louis Phélypeaux, comte de Saint-Florentin, secrétaire d’État de la « Religion prétendue réformée (RPR)  » sous Louis XV, un mémoire « impertinent »  où elle fait « l’apologie de l’apostasie de sa fille » et donne « ses conseils sur le gouvernement de l’État par rapport à la religion »(2). C’en est trop. Anne est recherchée puis écrouée à ses frais à la Tour de Constance, le 2 juillet 1746.

***

De l’autre côté du mur du couvent d’Elisabeth se trouve la propriété des Trinquelage, famille de notaires. Le sieur Trinquelage (ou Trinquelaigues) a un neveu, Jean, dont Elizabeth a fait connaissance en 1744. Les jeunes gens se plaisent et je ne peux résister au plaisir de copier la suite :

trinquelaige

Source : (1)

« Elizabeth fût obligée de sortir du couvent pour faire ses couches et n’y est plus retournée depuis »(2)

Depuis sa prison Anne Meynier est ravie. Elle et la famille Trinquelage donnent leur consentement au mariage. Cela rend difficile les poursuites contre Jean qui finit par être condamné à donner 50 livres aux pauvres de l’hôpital d’Uzès pour avoir rendu Elizabeth enceinte. Charles, fils naturel du couple, naît en 1747 et les parents finissent par se marier.

Après avoir été l’une des égéries des prisonnières de la Tour, Anne semble plus docile. L’intendant assure, le 4 janvier 1752 qu’elle a souvent témoigné son repentir. Elle est libérée par lettre de Rappel le 23 janvier 1752.

Son petit-fils a 7 ans.

Sources:

  • (1) Jean Gabriel Pieters avec Anne Ancelin  » Elisabeth Bruguière une protestante au couvent« , Le Lien des Chercheurs Cévenols- LCC n° 168.
  • (2) Charles Sagnier « La tour de Constance et ses prisonnières » Lacour ed, Nîmes, 1996 et  la Revue « Itinéraires protestants », tome 2, page 289
  • (3) Site du Musée du Désert
  • (4) Merci au Centre de documentation et d’archives du Parc National des Cévennes
  • (5) Un grand remerciement aussi à l’Association pour la conservation du Patrimoine et de la Ruralité (ACPR) de Saint-Chaptes pour l’aide apportée par ses adhérents pour l’établissement de la généalogie Bruguière.
  • (6) Charles Porée « Le Consulat et l’administration municipale de Mende : (des origines à la Révolution)« , Librairie d’Alphon, Paris, 1901.

Consuls de Suède à Marseille : les Folsch (1735-1881)

Dans la famille Folsch on est consuls de Suède de père en fils.

Henry Jacques Folsch Von Fels, né à Hambourg en 1707 de Henry Jacques ( 1664-1731) et de Elisabeth Reinsbagen (-1731) est d’abord commis chez Philippe Mathias Weber négociant à Hambourg puis part en 1730 travailler chez les frères Butini, négociants à Marseille. C’est un précurseur. L’immigration de négociants allemands à Marseille ne deviendra plus importante que dans la seconde moitié du XVIIIème siècle (1)

Les Butini sont issus d’une grande famille genevoise dont on a des traces dès le XV ème siècle. Jean Antoine Butini (1693-1779), l’un de ses patrons, est consul de Suède à Marseille depuis la création de ce poste en 1731.

La fonction de consul de Suède ( ou de Danemark) ne peut être tenue que par des négociants nommées par le Collège du Commerce (Kommerskollegium). Il est demandé au personnel consulaire de rédiger des rapports en cette langue  et d’appartenir obligatoirement au monde du négoce ….Les consuls du royaume scandinave doivent leurs revenus à cette activité tout particulièrement celle de commissionnaire. ..La grande originalité du système est que tous les navires suédois qui abordent un port d’un département ne paient pas de droits si le consul a la charge de la commission de la cargaison (2) 

Henry Jacques rencontre l’une des filles de Jean Antoine Butini, Anne Elisabeth (1725-1813) et l’épouse à Vandoeuvres (Suisse) en 1745 peu avant ou après la création d’une société  de commerce avec son beau-père sous le nom « Butini & Folsch ».

Il devient consul en 1753 en remplacement de son beau-père puis consul général en 1780.

De son mariage avec Anne Elisabeth, Henry Jacques aura 9 enfants dont 6 meurent en bas-âge.

Sur les trois survivants,

  • Jeanne Louise  épouse en 1722 Jean-Christophe Hornborstel, négociant, autre allemand arrivé à Marseille vers 1753 qui ne retourne à Hambourg qu’en 1771 et ne paraît pas avoir renouvelé ce voyage
  • Francois Philip (1755-1832), négociant, devient consul de Suède à son tour.
  • Mariette, née en 1756, sur laquelle je n’ai pas d’autre information.

« À l’exemple des grandes dynasties négociantes suédoises, certaines familles ou groupes familiaux monopolisent les postes consulaires…Il est très fréquent que l’on se succède de père en fils …. Il se constitue de véritables réseaux de consuls négociants scandinaves. À Marseille, dans les années 1780, Jacques Fölsch, consul de Suède, est associé avec son gendre Jean-Christophe Hornbostel. Le frère cadet de ce dernier, Nicolas Hornbostel, est associé dans une autre affaire négociante avec Lars Lassen, consul du Danemark dans la ville provençale. »(2). On peut rajouter que François Philip de retour à Marseille en février 1780 après un long voyage de formation (voir encadré) s’associe à son tour avec son beau-frère Hornborstel,  après la mort de son père le 12 avril 1780. Le 6 juin, il prend la charge de consul de Suède. Il sera nommé consul général en 1783. Il s’acquittera fort bien de sa tâche puisqu’il est nommé Chevalier de l’ordre royal de l’Etoile Polaire en 1818.

La formation d’un jeune consul

François Philip part, à 12 ans, faire des études au séminaire d’Hadenlstine près de Coire (Grisons). Il y reste 4 ans et revient à Marseille en juillet 1771 pour travailler chez son père au comptoir « Buttini, Folsh et Hornbortel » jusqu’en 1776
Parti à Genève chez son grand père maternel, il y passe trois mois avant de revenir à Marseille où il reprend le même travail avant de partir pour la Suède le 27/10/1777 via Nîmes, Montpellier, Lyon, Strasbourg, Francfort, Hambourg, Stralfund où il embarque et arrive le 25/12 à Ystad en Scanie.
Repart le 10/06/1779 de Stockolm pour Marseille via Noorköping, Jönkoping,uddewala et Gothembourg en Suède, traverse le Subd passe par Copenhague, Flensbourg, Lübeck, Hambourg, Brême, Hanovre Francfort, Strasbourg, Bâle, Berne, Geneve où il arrive le lendemain de la mort de sa grand-mère (3) .

Un exemple des multiples tâches des consuls de Suède à Marseille nous est donné par Pierre Yves Beaurepaire (5) à propos de la circulation des oeuvres d’art et des objets précieux.

« La correspondance des Fels avec les collèges royaux de la chancellerie, du commerce et des affaires étrangères, recèle des informations importantes concernant les commandes princières. En effet, la commande passée, il faut en suivre l’exécution et l’expédition dans une Europe dont on oublie trop souvent qu’elle est, au XVIIIe siècle, en guerre, trois années sur quatre.
Par ailleurs, la course barbaresque demeure un véritable obstacle à la navigation et nécessite l’intégration d’un surcoût représenté par l’obtention d’un sauf conduit, sans compter la récurrence des poussées pesteuses. Le rôle des puissances neutres est donc essentiel pour assurer la continuité des échanges, et François Philippe Fölsch a notamment soin de le mettre systématiquement en avant. Il approvisionne via ses contacts à Alger (deuxième poste consulaire suédois ouvert en Méditerranée, après Livourne, mais avant Marseille) la cour et l’aristocratie suédoise en produits exotiques, tels que plumes d’autruche ou chevaux arabes« (5).

François Philip avait épousé en 1783 (contrat) le mariage étant célébré à Marseille en 1788 Marguerite Newenham fille d’Edward Newenham ( 1732-1814), en photo, député unioniste d’Irlande du Nord dont vous trouverez facilement la biographie sur internet. edward newenhamCe mariage montre l’existence d’un véritable réseau  international de familles de négociants (4).  François Philippe eut 6 enfants dont cinq filles. Toutes (sauf Marguerite Maurette décédée à 12 ans) se marient à des membres de la société protestante.  La religion est en effet un lien puissant entre tous ces négociants venus du Nord mais pas seulement. Il faut y ajouter la franc maçonnerie. Tous les Folsch font partie de la loge écossaise de Marseille où ils retrouvent, d’ailleurs, des Fraissinet. « Les négociants représentent alors l’élite commerciale, le sommet de la pyramide socioprofessionnelle. Ce nom est d’ailleurs apparu à Marseille, dans son sens plénier, avec les premières années du XVIIIe siècle exprimant une volonté de discrimination d’avec les bourgeois, non commerçants, et les marchands, catégorie d’un rang inférieur même si, parfois, les limites sont peu sensibles. Pour les négociants, «gens de loge tenant banque », aucune confusion n’était possible« (1) . L’Europe des Lumières passe par les réseaux de négociants et les loges ainsi que le montrent également les travaux de Pierre Yves Beaurepaire (6).

Francois Philippe meurt sans douleur à Marseille le 25 janvier 1832 entouré de sa famille. Il avait eu deux attaques le 19 janvier après lesquelles il ne repris pas connaissance.

Le seul fils de François Philippe, Gustave Edouard, est né à Marseille le 7 octobre 1787.

Il ne devait pas être présent lors de la mort de François Philip puisque la chronique familiale nous raconte qu’il fait exhumer la dépouille de son père le 28 février, en présence de Marion Dhombre, Mme Schnell et Ulrich Schnell afin de le reconnaître et lui dire un dernier adieu. C’est quand même un signe peu banal de dévotion filiale.

François Philippe sera ensuite inhumé dans un caveau neuf hors les murs de la Porte d’Aix.  » L’ouverture au midi est fermée par une pierre de taille et recouverte de terre ».

Une édition de sa correspondance est en préparation (6)

Négociant, Gustave Edouard, reprend l’activité consulaire de son père, devient consul de Norvège en 1832  puis gère le consulat général de Russie pendant la guerre de Crimée 1854-1856.

Pour ces activités il est nommé Chevalier de Wasa en 1813, Chevalier de l’Etoile Polaire en 1818 et en 1856, chevalier de 2nd classe de St Stanislas de Russie, chevalier de 3eme classe de l’aigle rouge de Prusse et commandeur du Nicham.

Administrateur de la caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône, dont son oncle Jean Christophe Hornbostel avait été nommé directeur lors de sa création en 1821, il semblerait qu’il en soit devenu également le directeur.  Il était membre du consistoire de l’Eglise Réformée et de plusieurs sociétés savantes.

Le 22 septembre 1824 à Nimes, il épouse Rose Lea Bruguiere (an XI-1882). Les Brugière ont une histoire intéressante qui fera l’objet d’un prochain article.

Trois enfants  sont issus de cette union:

  • Anna Eugénie (1826-1893) épouse Jules Theodore Frisch (1818-1895) courtier maritime, vice-consul du Danemark à Marseille.
  • Elodie  qui meurt à 4 ans en 1840
  • Charles Henry né le 17 juillet 1827 à Marseille

Gustave Edouard meurt à Marseille le 24 décembre 1865 après cinq jours de maladie.

Charles Henry (1827-1899).

De 1842 à 1846, Charles Henry fait ses études à Uppsala où il loge chez le baron Von Kroemer gouverneur de la ville .
Rentré à Marseille fin 1846,  il travaille dans la maison de commerce de son père mais doit la liquider à la suite d’un revers de fortune en 1875.

Négociant, admistrateur de la baisse d’épargne en 1868, consul de Suède, Norvège et Danemark- fonctions dont il démissionnera en 1882 et 1883 (Danemark)- Chevalier du Dannebrog en 1867, de Wasa en 1869. Secrétaire de la société Internationale de secours aux blessés des armées de terre et de mer (section de Marseille) jusqu’en 1871, il obtint la médaille de bronze pendant la guerre et fut, comme son père, membre du consistoire de l’Eglise Réformée de Marseille.

Il épouse le 4 novembre 1853 Anne Justine Jackson (1834-1915) dont il aura 4 enfants :

  • Alice Eugénie (1854-1900) mariée à Adrien Fraissinet (1843-1918),
  • Anna Mathilde (1859-1886)
  • Charles Edouard (1866-1919) marié à Gilberte Camille Rabaud (1862->1914)
  • Charles Gustave décédé à 12 ans en 1876

Il meurt le 31 décembre 1899 d’une plaie gangréneuse à la jambe occasionnée par le diabète. Il est inhumé à St Pierre dans le caveau de famille.

Il fut le dernier consul de Suède de la dynastie Folsch de Fels, poste occupé sans interruption par la famille de 1731 à 1881  soit 150 ans.

villa Fraissinet Edouard Bd Joseph Vernet ancienne demeure des Folsch à Marseille

Villa d’Edouard Fraissinet avenue du parc Borely, ancienne demeure des Folsch à Marseille

 

SOURCES

(1) Gilbert Buti, « Négociants d’expression allemande à Marseille (1750-1793) », Cahiers de la Méditerranée [Online], 84 | 2012, Online since 15 December 2012, connection on 13 January 2016.

(2) Pierrick Pourchasse,  » Les consulats, un service essentiel pour le monde négociant : une approche comparative entre la France et la Scandinavie » In : La fonction consulaire à l’époque moderne : L’affirmation d’une institution économique et politique (1500-1800). Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2006 (généré le 13 janvier 2016)

(3) Archives familiales de Thomas Sauvaget

(4) Victor N Sakharov « Merchant Colonies in the Early Modern Period »

(5) Pierre Yves Beaurepaire  « Pour une approche historique de la diplomatie culturelle et artistique au siècle des Lumières » communication présentée lors du colloque international des 27 et 28 septembre 2012, au Petit Palais, Paris, organisé en mémoire de Jean Nérée Ronfort.

(6) Pierre-Yves Beaurepaire, Gustaf Fryksén, Silvia Marzagalli et Fredrik Thomasson (éd.), Un consul suédois en Méditerranée. La correspondance de François Philip Fölsch, consul à Marseille (1780-1804), Paris, Classiques Garnier, Les Méditerranées, à paraître en 2016.

 

Alice Eugénie Folsch de Fels (1854-1900) et sa mère Anna Jackson (1834-1915)

Mon arrière grand-mère Alice Eugénie Folsch de Fels est née le 12 août 1854 à Rive-de-Gier (Loire) une région qui est le berceau de la famille de sa mère Anna Jackson.

Anna_FOLSCHDeFELSAinée des enfants, elle a deux frères Edouard et Gustave et une soeur Anna Mathilde.
Gustave meurt à 11 ans puis Mathilde qui est restée célibataire, à 27 ans en 1886.
Alice se marie jeune, à 19 ans, avec Adrien Fraissinet. Elle aura six filles et un garçon mais meurt à 45 ans le 30 mai 1900. Il semblerait qu’elle soit décédée d’une infection pulmonaire laissant derrière elle de jeunes enfants ( les derniers ont 14, 9 et 5 ans) qui seront élevés par les soeurs ainées, notamment Anna.

Je ne sais pas quels souvenirs a laissé cette arrière-grand-mère, si vite disparue mais ses six filles resteront très unies toute leur vie formant un véritable clan. Ainsi, ceux de leurs maris qui ont démarré une activité dans le Nord sont poussés à partir vivre à Marseille car les soeurs se languissent les unes des autres et du midi. Simone est la seule qui soit restée à Paris.

Anna Folsch de Fels née Jackson (1834-1915)

Anna Folsch de Fels née Jackson (1834-1915)

Alice est morte en mai 1900, son père en décembre 1899 ce qui veut dire que sa mère, Anna Jackson, après avoir déjà perdu un fils de 12 ans, Gustave, puis une fille de 27 ans, Mathilde, perd en six mois son mari et son autre fille. Pas étonnant qu’elle ait l’air si triste et grave dans le tableau qui est fait d’elle vers cette époque.

Le père d’Alice, Charles Henry Folsch de Fels, fait partie d’une famille de négociants et de consuls à laquelle est dédiée un prochain article.

ADRIEN FRAISSINET (1843-1918)

Septième d’une famille de dix enfants, mon arrière-grand-père ADRIEN FRAISSINET est né le 17 mars 1843 au 21 rue de la Darse à Marseille.
A quelle rue correspond-t-elle aujourd’hui ?

Son père Henry (1794-1866), fondateur de la compagnie générale de remorquage à vapeur, capitaine au long cours a 48 ans et sa mère, Clotilde Jeanne BACCUET (1804-1877), 38.

De ses frères et soeurs, je sais peu de choses et toute information sur eux est la bienvenue. Les voici dans l’ordre:

1. FRAISSINET Claire Bathilde Emma (1828-1831)
2. FRAISSINET Bathilde Henriette Claire (1831-1853)
épouse  FRAISSINET Georges Jean (1825-1879)
4. FRAISSINET Charles Edgard (1834-1838)
5 . FRAISSINET Louis Arthur (1836- ?) épouse HÜNERWADEL Emma; 2 enfants : Henri et Martha
5. FRAISSINET Ernest Jean François (1838-1903)
• Sans descendance connue
6. FRAISSINET Albert John Henri (1839-1844)
7. FRAISSINET Fernand Marc (1844-)
• Sans descendance connue
8. FRAISSINET Jules Hébert (1847-> 1898) épouse GERENT Honorine Louise Marie Jospéhine (1849-> 1896)
• 8 enfants : Hubert, Jeanne, Juliette, Clotilde, Edgar, Marthe, Edmond et Raoul
9. FRAISSINET Julien Jules (1849-1900)épouse PLANTIER Calille Cécile Hélène (~ 1860-) puis ROUFFIO Hélène
• 1 enfant : ?

ADRIEN embrasse la profession de négociant et devient consul du Guatémala. Il est alors commun pour un pays étranger de confier les consulats à des marchands et négociants qui habitent sur place, connaissent bien l’endroit et parlent leur langue.
Le 30 janvier 1899, à 55 ans, il fonde la société en commandite par action « Adrien Fraissinet et cie » pour exploiter à Prollo en Côte d’Ivoire 1 150 ha de caféier et cacaoyer. Mon père m’avait dit que c’était lui qui avait introduit la culture du cacao sur ce territoire. En Côte d’Ivoire agit aussi  la compagnie des Chargeurs réunis de Fabre et Fraissinet qui desservent Tabou.

L’exploitation est « gérée par un directeur, aidé de deux techniciens Un matériel technique est affecté au traitement du café et du riz. La production est écoulée par le fleuve vers Bliéron grâce à des baleinières et des pirogues. L’influence de cette exploitation s’étend au Moyen-Cavally où ses agents achètent les cerises des planteurs autochtones, les décortiquent et les ajoutent à leur propre production. Ainsi, la plantation de Prollo espère intégrer dans son circuit les petits planteurs et cultivateurs indigènes qui abondent dans la région ».

Source :Wondji Christophe. La Côte d’Ivoire occidentale. Période de pénétration pacifique (1890-1908). In: Revue française d’histoire d’outre-mer, tome 50, n°180-181, troisième et quatrième trimestres 1963. pp. 346-381

Je met en illustration une photo de Bliérion à cette époque. C’est un petit village sur le fleuve Cavally quasiment à la frontière avec le Libéria. C’était vraiment l’aventure.

 Auteur : Pobéguin, Henri (1856-1951). Photographe Date d'édition : 1895 Source: BNF

Auteur : Pobéguin, Henri (1856-1951) Photographe Date d’édition: 1895. Source: BNF

L’une de mes cousines me dit qu’Adrien avait la réputation d’être plutôt  poète et de gérer plus ou moins bien ses affaires. Il s’isolait pour lire les fameux poèmes …et aurait été ruiné par un escroc. (Qui a des infos là-dessus?)

Il aurait cependant réussi à doter chacune dessus filles d’une propriété. (Lesquelles ?)

Il avait épousé le 5 novembre 1873 Alice Eugénie Folsch de Fels. Ses témoins sont sont cités :
• Jean François Augustin BACCUET, Jacques David RABAUD et Charles II JACKSON que nous retrouverons dans un autre article.

C’est lui qui a planté plus de 100 hectares de pins dans la propriété de Marzols près de Moustiers Sainte-Marie dans les Alpes de Haute Provence.

Olivier Heer signale « Il habitait, en location, une propriété sise au 584 avenue du Prado appelée Valbelle (voir sur Google), appartenant à Georges Rodocanachi (voir sur Google). Puis il a habité 7 avenue du Parc Borély (8° arrondissement) une propriété appartenant au consul de Suède. Cette propriété a été achetée en 1918 au consulat de Suède par mon Grand Père Edouard Fraissinet. Elle a été vendue en 1973 (?) à l’église des mormons. »

Il s’agissait donc vraisemblablement de la maison de son beau-père Charles Henry Folsch Von Fels, administrateur de la caisse d’épargne et vice consul de Suède, Norvège et Danemark à Marseille.

villa Fraissinet Edouard Bd Joseph Vernet0001

La villa avenue du parc Borély à Marseille

Adrien est mort le 18 décembre 1918, 322 avenue du Prado à Marseille, deux ans (1854-1900) après son fils unique Emile. Il laissait six filles toutes déjà mariées qu’il surnommait paraît-il « les pisseuses » ce qui ne me semble pas très valorisant.

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