Une mort sociale : Joseph Aubry de la Noë (1784 -1854)

rugles

Vieille carte postale de Rugles

Il faut toujours vérifier les récits familiaux. Le cas de Jean Baptiste Joseph Aubry de la Noë né à Carpiquet (Calvados), le 9 février 1784,  en est un bon exemple.

Du fils aîné de Michel Aubry de la Noë, les notes du carnet de l’oncle ne disent pas grand chose :

« Joseph a laissé le souvenir d’un grand chasseur et d’une vigueur peu commune qui lui permit un jour de ramener sur la route, en le prenant par le garrot, son cheval tombé avec lui dans un fossé. »

Si l’on se réfère au récit d’ Hippolyte Antoine de la Noë, son frère, Joseph dû quitter sa famille en 1806  (il a 21 ans) pour gagner sa vie après l’expulsion de ses parents de la terre de l’Aubrisserie.

On le retrouve en 1822 témoin au mariage de son petit frère, Antoine, avec Antoinette Héron. Il est est dit chevalier du Lys dans l’acte de mariage.

Par ordre du jour, le 9 mai 1814, le roi Louis XVIII approuve la création de la Décoration du Lys en l’étendant à l’ensemble des gardes nationales de France. Elle était remise aux gardes nationaux après avoir prêté le serment suivant : « Je jure fidélité à Dieu et au Roi pour toujours. » L’attribution de la Décoration du Lys entraînait la remise d’un brevet officiel. Assurant à la nouvelle monarchie la fidélité de l’élite sociale grâce à ce simple honneur, l’attribution de la Décoration du Lys sera sans cesse étendue et elle sera rapidement très largement répandue dans toutes les régions de France puisque des délégations de pouvoir furent données successivement aux généraux, aux ministres, aux préfets et enfin aux maires… Interdite pendant les Cent-jours, puis remise à l’ordre du jour lors de la Seconde Restauration, c’est sous Louis-Philippe, par ordonnance datée du 10 février 1831, que sera définitivement supprimée la Décoration du Lys (wikipédia).

La chronique familiale annonce que : « l’aîné, Joseph, étant mort sans alliance, Olivier hérita du titre transmis à son père à l’extinction de la branche aînée. » 

Elle mentionne aussi la présence de « deux bâtards, Joseph et Pauline, qu’il reconnut in extremis et dont la trace est perdue depuis longtemps. »

Enfin il est précisé : « il mourut en 1825, sans alliance. » 

Les « bâtards » se nomment Frederic Hippolite Joseph, né à Rugles en 1821 et Pauline Rose née à Rugles en 1823 .

Ce « sans alliance » qui revient toujours, est important car tout le problème est là.

Le 18 mars 1835, Joseph épouse à Rugles (Orne), Julie Mary (1795- 1883).  Ils en profitent pour reconnaître leurs deux enfants âgés respectivement de 13 et 10 ans, lesquels perdent donc le statut de « bâtard » mentionné par la chronique.

Ce mariage signe la mort sociale de Joseph auprès de sa famille. Le mot « mort » n’est pas de trop car, Joseph est décédé le 27 décembre 1854 à Rugles. Comment expliquer la date, 1825,  mentionnée par le document familial ?

Mon hypothèse est qu’il s’agit d’une faute de frappe et que l’oncle mentionne 1835 date du mariage de Joseph et Julie. Je penche d’autant plus pour cette hypothèse qu’il dit que les enfants ont été reconnus « in extremis » or cette reconnaissance a eu lieu le jour des noces.

La famille de Joseph n’assiste pas au mariage mais sa mère, Louise Adélaïde Duprey de Mesnillet, donne son consentement ainsi que la loi le réclamait à l’époque. Ce n’est pas le cas de son père, qui mourra l’année suivante (mais à 79 ans, on ne sait pas s’il avait encore toutes ses facultés).

Comment expliquer cette attitude ?

 Outre la question de la naissance des  enfants hors mariage, scandaleuse à l’époque,  il y a aussi un enjeu social :

  • Julie est une roturière, chose inacceptable pour la noblesse de ce temps là.
  • Son père est garde-champêtre à Curcy-sur-Orne. Le milieu social est donc différent. Si l’on ajoute à cela que les La Noë se disent « Marquis de Curcy » et qu’il s’agit du même endroit, on imagine le reste .

Chose surprenante, et qui donne des sueurs froides à la généalogiste que je suis, l’acte de mariage mentionne que les actes de naissance des enfants ont été falsifiés : les mères des enfants, n’étaient pas leurs mères réelles.

Sur l’acte de naissance Frederic Hippolite Joseph daté du 24 juin 1821, sa mère est Marie Dufour âgée de 22 ans, fille de Thomas Dufour et de Marie – Francoise Gosselin.

Sur l’acte de naissance de Pauline Rose, le 20 avril 1823, la mère est Julie Marie Saint Jean, « fille âgée de 25 ans ».

Les deux enfants sont nés dans la maison de leur père. Pourquoi le nom de la vraie mère n’a-t-il pas été mentionné ? Voulait-on préserver la réputation de Julie? Que penser de celle des femmes qui ont servi de prête-nom?

Quoiqu’il en soit, après son mariage, le couple demande et obtient une rectification de l’Etat civil de ses enfants auprès du tribunal de première instance de l’Eure le 10 mai 1835, jugement enregistré sur les livres de l’Etat civil de Rugles le 30 mai.

Les époux ne semblent pas avoir eu à subir de conséquences pénales ou civiles de ce mensonge.

L’acte de mariage et l’état des pensions de l’Eure nous apprennent que Joseph Aubry de la Noë était receveur des impôts indirects à Rugles depuis 1821.

Descendance :

  • Frederic Hippolite  Aubry de la Noë s’est marié en 1848, à Verneuil-sur-Avre, avec Françoise Morice.  Ils ont eu au moins un fils :
  • Jules Frédéric Auguste, né à Brionne le 21 août 1849.

Je ne sais si sa descendance se poursuit jusqu’à nos jours. Il y a peut-être un(e) petit(e) Aubry de la Noë de cette branche qui trottine quelque part…

Sources:

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Joseph Michel Antoine Aubry de la Noë (1755-1836)

Joseph Michel Antoine Aubry dela noe

Fils de Joseph Etienne Aubry de la Noë et de Françoise Julie Le Canu, Joseph Michel Antoine (Antoine semble être son prénom usuel) est baptisé dans l’église Saint Jean de Caen le 26 mai 1755 (1).

Il embrasse la carrière militaire:

Entré au service comme volontaire, 1773; il est officier au bataillon de garnison du régiment de Chartres-infanterie lors de son mariage le 19 février 1783 à Carpiquet avec Marie Anne Angélique Duprey dame de Mesnillet (1758-après 1841) (2), (3), (4).

« Leurs dots étaient modestes et l’avenir d’un lieutenant d’infanterie s’annonçait peu brillant quand un avis paru dans les journaux  fit savoir que le comte de Provence qui avait à son apanage la forêt de Brix, la fieffait et donnerait la préférence aux officiers de l’armée » (5).

Antoine donne donc sa démission en 1784 et va s’installer à Tourlaville, triage de La Glacerie, près de Cherbourg dans la Manche. Antoine y construit la maison de l’Aubrisserie.

Je ne sais si cette maison existe encore aujourd’hui mais la ferme oui. On peut la voir sur Googlemap.

« Le lot étant considérable pour qu’il put l’exploiter en entier, il garda pour lui environ 50 hectares et sous-fieffa le reste en demeurant seul responsable du paiement de la redevance annuelle au mandant du Comte de Provence »

Il conserve ses terres de Carpiquet où on le trouve 1789 inscrit au rôle de la capitation des nobles de cette ville pour 42 livres.

C’est dans la Manche que la révolution les retrouve. Non inquiété jusqu’en 1792, Antoine est prévenu d’une arrestation imminente en janvier 1793 et part en pleine nuit, avec sa femme et ses trois enfants se réfugier à Valognes.  Angélique et les enfants furent cachés au couvent des Cordeliers (bien National depuis 1791 qui n’existe plus aujourd’hui) par le sieur Manchon, un révolutionnaire nommé représentant du peuple, à condition qu’Antoine quitte la ville.
Ce dernier émigre, rejoint l’armée catholique de l’Ouest où il devient chef de division puis colonel. Après l’exécution de Robespierre, le 27 juillet 1794, la situation semble se calmer. Angélique et ses enfants regagnent l’Aubrisserie laissée à l’abandon.

 » C’est à grand peine que l’on put se procurer les chevaux et le bétail, en un mot tout ce qui est nécessaire à une exploitation agricole ».

Antoine reviendra en 1796 date où il demande un congé illimité de l’armée. Il reste en contact avec ses anciens camarades de l’armée catholique. C’est l’époque de la seconde Chouannerie Normande (1799-1800) et,  dès 1798,  il organise la division de Dives avec Monsieur de Bruslart.

 » Elle avait pour chef, dans la seconde guerre ( la seconde Chouannerie), Aubry de la Noë, et pour commandant en second, le chevalier de la Porte; tous deux anciens officiers, mais étrangers à la première guerre…un aumônier (l’abbé Poret) et 3 capitaines, dont l’un, Devox, était un ancien sergent républicain qui avait déserté avec presque toute sa compagnie. Elle ne rendit que peu de services au parti » (5).

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Georges Cadoudal Coutan Par Amable Paul Coutan (1792-1837) — Musée d’art et d’histoire de Cholet,

En 1803, certaines sources le présentent comme impliqué dans l’affaire Georges Cadoudal, dont l’objet était d’enlever Bonaparte. Evénement à la suite duquel il est  arrêté à Caen, enfermé au Temple puis exilé en 1804 (7). Dans quel pays se réfugia-t-il ? Sans doute l’Angleterre où se trouvait toute la cour en exil mais je n’en trouve pas trace.

Il est de retour à L’ Aubrisserie en 1808 où il se voit expulsé de ses terres car il n’avait pas payé sa redevance depuis 1792. Il aurait pu le faire pour lui même mais ne pouvait le faire pour ses sous- fieffés. Ceux-ci ne voulant payer, c’est lui qui fut expulsé. Les chroniques familiales estiment que c’est le fruit de la cupidité des gens pour la belle ferme qu’était devenue l’Aubrisserie et parce qu’Antoine était royaliste.

« C’était si bien lui seul qui était visé, qu’on s’arrangeat pour faire savoir à ses débiteurs ( les sous-fieffés)qu’ils n’avaient pas à se préoccuper de payer Monsieur de la Noë, qu’ils ne seraient pas inquiétés Pas un seul ne paya et certains eussent pu le faire aisément. Mon grand-père fut poursuivi, saisi et expulsé »

Les récits familiaux ne mentionnent pas l’affaire Cadoudal, ni la Chouannerie, ni l’exil. Or cela a sans doute été, en 1808, un facteur de la sévérité dont il fut l’objet de la part de l’administration Napoléonienne.

La famille se trouve alors plongée dans la misère. Les deux aînés partent à l’aventure subvenir à leurs besoins tandis que le benjamin est berger (et toujours illettré à l’âge de huit ans).

Après la restauration, en 1814, Antoine reçoit de l’administration de Louis XVIII, une retraite de lieutenant colonel et est fait chevalier de Saint-Louis.

Billard de Vaux, dans ses mémoires qui sont passionnantes, ne le présente pas sous un très bon jour et est féroce à l’égard de Bruslart. « M. de Montciel me pria de lui faire un rapport détaillé sur l’esprit de mon pays, sur les autorités civiles et militaires bonnes à conserver ou à renvoyer je le rédigeai de mon mieux et en homme d’honneur, et le lui remis le 12 au soir. Deux jours après, il m’écrivit pour m’engager à passer chez lui aux Tuileries sur les huit heures du soir. Je m’y rendis avec M. de Lanoë-Aubry qui m’avait prié de le lui présenter. (Il ne m’a pas présenté depuis à ses connaissances, lui qui en avait de si bonnes et qui avait fait si peu de choses, pour ne pas dire rien !) » (6)

Présenté au frère du Roi, futur Charles X, il est nommé gouverneur en second du château de Rambouillet lorsque ce dernier monte sur le trône.

« Le gouverneur, le duc de Durfort pair de France, venait assez rarement au château et c’est, en réalité, mon grand-père qui assurait les services ».

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Cjâteau de Rambouillet.  François Philipp, CC BY-SA 3.0,

Antoine meurt au village de Bourg l’Abbé, maintenant un quartier de Caen, 35 rue de Bretagne, le 20 février 1836.

Sa femme reçoit 500 f de pension annuelle en tant que fille d’émigré et 400 en tant que femme d’un « colonel vendéen » en 1831  (8)

Les trois garçons issus de  son mariage avec Marie Anne Angélique Duprey

  • Jean Baptiste Joseph (1784-1824)
  • Antoine Olivier Frédéric ( 1789-1861)
  • Jean Antoine Hippolyte (1792-1870)

feront l’objet d’une prochaine rubrique.

Sources:

(1) Acte de baptème

(2) Louis de Frotté et les insurrections normandes, 1793-1832 / par L. de La Sicotière,… – T2

(3) Mémoires de Michelot Moulin sur la chouannerie normande / [publ. pour la Société d’histoire contemporaine] , [préf. L. Rioult de Neuville]

(4) Acte de mariage

(5) Mémoires familiales

(6) Mémoires ou biographie des personnes marquantes de la Chouannerie et de la Vendée pour servir à l’histoire de France et détourner les habitants de l’Ouest de toute tentative d’insurrection. par Billard de Veaux, Robert Julien, dit Alexandre. (État de 1814 ;  t. I, p. 53, 206 ; t. II, p. 195 ; t. III, p. 379, 394, 411, et Titres et corresp., p. 17.)

(7) Revue de l’Avranchin: bulletin trimestriel de la Société d’archéologie, de de littérature, sciences et arts d’Avranches et de Mortain. (Volume 9-10) , 1898.

(8) Liste générale des pensionnaires de l’ancienne liste civile, avec l’indication sommaire des motifs de la concession de la pension…. T. 2.  1833. En ligne sur Gallica.

Maria Sponty (1773-1852) et sa famille

Maria Sponty est la grand-mère d’Adolphe Honoré Ange Fontana Mure dit « d’Azir », le mari de Marie Louise Quinon. Elle est née à La Canée, aujoud’hui Chania en Crète, en 1773. Elle est mon aïeule à la 7ème génération.

Gouffier-Choiseul

Marie Gabriel Florent Auguste de Choiseul Gouffier Ambassadeur de France à la Sublime Porte. Source

J.-L. Sponty à M.-G.-F.-A., comte de Choiseul-Gouffier, à Salonique, le 16 octobre 1784, “Crète est ma patrie et je descends d’une famille qui existait lorsque cette isle appartenait aux Vénitiens.”

 

 

 

 

Mary Sponty est donc issue d’une ancienne famille vénitienne de Candie (ancien nom de la Crète). Son père, agent commercial danois à la Canée occupera à la révolution le rôle de premier drogman du consulat de Venise à Smyrne (Izmir).

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Le port de Chania sous les Vénitiens. Source : www.chania.gr

Drogman est le terme utilisé en Orient pour désigner un interprète. Ce mot, utilisé entre les xiie et xxe siècles, vient de l’arabe tourdjoumân (ترجمان, traducteur) qui a aussi donné en français « truchement » (1). La famille Sponty comprend de nombreux drogman, des négociants et des médecins. D’origine vénitienne donc, elle vit sous domination ottomane. Ses membres sont souvent protégés barataires des français mais aussi de simples rayas. Au gré des circonstances, ils passent de la protection française à celle d’autres pays.

Le barat ou protection était une sorte de brevet que les ambassadeurs européens délivraient à certains sujets ottomans avec l’accord des autorités ottomanes. De ce fait, le barataire perdait son statut de raya c’est à dire de sujet chrétien ou juif de l’Empire Ottoman qui  devait payer un impôt spécial. Soustraits à la juridiction turque et soumis à celle de la nation qu’ils servaient désormais, les barataires étaient souvent drogman ou chanceliers des postes consulaires. 

Les Sponty vivent à cheval entre plusieurs religions (catholicisme, orthodoxie et sans doute anglicanisme), parlent au moins quatre langues : le Turc, le Grec, l’Italien et le Français et se répartissent dans les Echelles du Levant c’est à dire les ports ouverts aux occidentaux. En cela, ils sont représentatifs de nombreuses familles levantines.

Ces notes prises, pour la plupart, aux Archives Nationales de Paris en 2013  vous donneront un aperçu des membres de cette famille. Je cherche encore a établir les liens précis existant entre ses différents membres. Toute aide est bienvenue !

Chania, Crète 1745
5 novembre
 » Venturina Ebreu fille du vice-consul d’Angleterre Samuel Leon (lequel se trouvait à Constantinople) âgée de 24 a 25 ans a fuit la maison de son père dans la nuit du 23 au 24 septembre 1745, pour aller rejoindre à Perivoly, Jeano Sponty. Le consul d’Angleterre, Jean Corne, un médecin ayant appris son métier en France dans la marine mais enlevé de la protection française et passé sous celle des anglais, vient s’en plaindre au consul de France (Pierre-Etienne Robeau de Valnay). Jeano Sponti , âgé de 30 a 32 ans, vit dans une maison de campagne avec sa mère 65-66 ans et ses domestiques. »
Le consul de France suggère au consul anglais de s’y rendre amicalement pour éviter le scandale qui aurait indubitablement « échauffé les gens du pays toujours propres à tout gâter ». Mais le consul anglais alerte les autorités. Le 25, le consul français autorise le capitaine «  Mazur aga » à visiter la maison de Michelino Sponty, 45 ans, médecin, frère aîné de Jeano, et celle de leur mère, ou il ne fût rien trouvé.

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La mosquée des janissaires. Chania, Crète. Photo: Bernard Gagnon via Wikicommons.  [CC BY-SA 3.0 

Le 28 les Turcs font une demande d’amener Marquais domestique grec de la mère, ce que le consul refuse. Le consul demande audience au Pacha durant laquelle il demande pourquoi on n’a pas fouillé la maison de cette fille où vivent 12 à 14 personnes. La réponse est que c’est la guerre et que les esprit s’échauffent, que la fille a emporté quarante bourceix (?) Le consul réplique que les Francs ne sont pas responsables de ce que font les autres communautés mais demande à Jeano Sponti via Larmet, chancelier, de tout révéler car sa famille est en danger. Jeano répond que Venturi veut se faire chrétienne et qu’elle s’est enfuie pour ce faire.

Jeano (Zanio) Sponti n’était pour rien dans la disparition de cette fille.

Le consul précise que (le père) Sponti a un barat depuis 8 ans (1737 ?) et a toujours pris le parti des français. Il est visiblement décédé en 1745.
« Dans la maison, la mère, ses 3 garçons (Michelino, Zanio et Angelo) et ses 4 filles pratiquent le rite grec, c’est la seule maison chrétienne protégée ou tous les francs et moi-même puissent pratiquer honnêtement, soit a a leur maison de la ville ou de la campagne, comme le faisaient mes prédécesseurs »

Jeano (Zanio) a
– Michelino fils ainé, médecin, vit avec sa femme et 2 petits garçons dont l’ainé a 10 à 11 ans
– Une fille de 10 ans a été envoyée par sa mère catholique à Marseille ou elle est élevée dans un couvent
– Jeano, médecin a une boutique de drogue ds la ville ( c’est lui qui semble avoir été mis en cause dans l’affaire qui précède)
– Angelo, commis du sieur Goujon, l’un de nos négociants. Les 2 derniers vivent avec leur mère et leurs soeurs qui subsistent de leurs biens patrimoniaux.

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L’arsenal vénitien, Chania, Crète. Source : Bernard Gagnon GFDL, via Wikimedia Commons

Chania, 1747.

Lettre du consul de France
« Thislaki Sponti , fils de Leftercos Sponti, faisait office de drogman auprès du consul de France à La Canée en vertu d’un barat.
Zanio fils de ce drogman ( je suis troublée par ce prénom car si je me réfère au document précédent le pere devrait se nommer Jeano et non Thsilaki) fut mis en prison a la suite de l’évasion de la fille de Jacoulet Oglon, juif, procureur du consul anglais ( là aussi les noms sont différents) »

Un firman (ordre écrit) de la porte confirme la protection consulaire pour Zanio et ses frères car leur père était drogman barataire mais Zanio a peur que cela ne soit pas respecté au changement de Pacha et s’adresse à Constantinople, via son frère qui y réside, (Angelo?) pour que l’ambassadeur de France ( le comte de Castellane (3) obtienne un barat pour lui même. N’ayant pu l’obtenir, il s’adressa au bailli de Majo (illisible) qui lui en donna un comme drogman barataire du roi des Deux-Siciles

14 décembre 1748.
Antoine Dailhot, tonnelier, fils d’un français marié a une grecque de Candie, veut se marier avec la fille de feu Mr Sponty protégé barataire de la France.

1 octobre 1749
Le nouveau consul d’Angleterre exige l’éviction de la veuve Sponty et de ses enfants de la maison qu’elle a de  Goujon, négociant, lequel a gardé les entrepôts pour son usage et loue les appartements a Sponti. Le consul anglais en offre 60 piastres de plus par an et la propriétaire turque s’adresse au consul pour faire chasser la famille Sponti.
1772 Installation de Francesco Sponti à Marseille (4)
1773 Naissance de Maria Sponty Lefterco à Chania (source : acte de décès à Marseille 1/01/1852). Elle est la fille d’Héléna Patrichy et d’Angelo Sponti, agent danois à La Canée (Crète)  puis premier drogman du consulat de Venise à Smyrne (Izmir) pendant la révolution française. Angelo doit être un petit-fils de Nikolaki Sponti car chrétien latin. Maria a d’ailleurs un grand frère Nikolaki, qui porte ce nom et une soeur.

Avant 1775 Faillite de la maison Goujon (5)

29 décembre 1782 (2)
« Quelques négociants Grecs et Barbaresques, qui se trouvent à Marseille, m’ont représenté, Monsieur, que l’établissement d’un Consul de leur nation dans ce Port devenait nécessaire, à cause de l’abord plus fréquent des sujets du G[rand] S[eigneur] et ils m’ont proposé pour remplir ces fonctions le Sr François Sponty, négociant natif de la Canée, raya de la Porte et résident depuis dix ans à Marseille.
 Vous voudrez bien, Monsieur, faire appeller ce Grec et luy faire sentir que la Chambre est le défenseur né de tous les Orientaux qui s’y présentent, qu’elle n’a cessé de protéger leurs personnes et leur commerce, d’appuyer leurs demandes et de donner à leurs actes la sanction dont ils ont pû avoir besoin; que bien loin d’envier le sort des autres nations, qui ont des représentants à Marseille, les sujets du G.S. peuvent se flatter d’y avoir pour leur protecteur le corps entier des députés du commerce de cette Ville; et qu’ils n’ont pas besoin d’un Consul particulier pour stimuler son activité pour leurs intérêts. Je ne doute pas,Monsieur, que le Sr Sponty ne sorte de cette audience convaincû qu’il doitrenoncer à la demande, qu’il a probablement provoquée de la part des Grecs et des Turcs, et qu’il ne cherche luy même à les persuader qu’ils doivent rendre plus de justice à l’empressement de la Chambre à les obliger.»

1787
– Etat de la Nation française, Chania, Crète: Y figure Madame Misa Sponty épouse de monsieur André Marie Magallon, frère de Michel Magallon, les deux négociants associés.  Les Magallon sont de riches négociants marseillais dont la bastide existe toujours ( les jardins se visitent). L’amitié avec les Magallon perdurera plusieurs générations.

la magalone

Bastide de la magalone. Marseille.

– Premier mariage de Maria Sponti avec Antonio Fontana, médecin
– Octobre 1787. Arrivée de Henry Mure comme consul de France à La Canée. Henry Mure posté auparavant au Maroc (Salé) parle parfaitement arabe, grec, italien, espagnol et finira sa carrière en parlant turc (il portera aussi le titre de drogman) (6)

1788
22 Août : Naissance d’Ange Fontana, fils de Maria Sponti et d’Antonio Fontana, médecin originaire de Venise.
La même année s’installe à Serrès, comme représentant des maisons de commerce françaises de Thessalonique, le protégé (barataire) de la France Michel Sponty.
Michel Sponty se déclare d’origine vénitienne, il est né à la Canée et est arrivé en Macédoine en suivant son oncle Jean-Louis, drogman du consulat français de Morée, lequel avait quitté Coron pour aller chercher meilleure fortune ailleurs et était arrivé à Thessalonique en 1783. La représentation des intérêts français à Serrès, par Sponty, prit rapidement un caractère officiel, lorsqu’il fut nommé en 1790 par Cousinéry, désormais consul, comme agent consulaire de la France (7)

drogman

Drogman. Source : les couleurs d’Istanbul

Personnel consulaire de Chania (Crète)  :  Henry Mure, consul ; Gaspard Fonton, drogman et chancelier ;  Judas Franco drogman barataire et auxiliaire. L’ancêtre d’une de mes amies !
Lucas Dellepiane et Benoit Zentre, domestiques
La Nation se compose de 8 maisons et 20 Français dont Jean Sponty commis de la maison Magallon. Ils importent de Marseille: poivre, cafe du cap, sucre en poudre, grenaille, girofle, dorure, morue, liqueur.

Smyrne_-_Rey_Etienne_-_1867

Smyrne  par Étienne Rey in Voyage Pittoresque en Grèce et dans le Levant fait en 1843-1844,

Angelo Sponti, père de Maria, est premier drogman au consulat de Venise à Smyrne (consul: Cortazzi ?) pendant la révolution française (date inconnue). Il se plaint d’être mal considéré auprès du Bailo de Venise (15). Marié à Héléna Patrichy Angelo, le couple a trois enfants au moins: Nikolaki (1766-1832), Maria (1773-1862) et  Arietta qui épouse à Smyrne Antonio Marini. De cette union naîtra au moins une fille : Maria Angela.

1790 Mort d’Antonio Fontana, médecin, premier mari de Maria Sponty

1792 28 décembre, Maria Sponty épouse Henry Mure, consul de France

1791 Lavalliere au vice-consulat de Candie,

L0056669 Street in Larnaca, Cyprus.

Larnaca, Chypre en 1878. Photo: John Thomson

1796 départ de Maria Sponti, d’Ange Fontana, son fils,  et  d’Henry Mure, son époux, pour Chypre, échelle de Larnaca (voir leurs aventures dans un prochain article).

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Odessa en 1837. Source : HOBOPOCC . Wikimedia Commons.

1802 Ange Fontana est adopté par Henri Natal Mure et  Henry Mure est muté à Odessa où il réside en famille.

1808 Michel Sponty agent consulaire de France à Serrès (8) devient vice-consul d’Autriche et de directeur de la poste autrichienne dans la même ville.

1810 Le même Michel Sponty , catholique, se convertit à l’orthodoxie.

1813

Zinjirli_mosque_Serres,_Greece

Mosquée Zinjirli. Serres XVI eme siècle. Source : Par CeeKay — Travail personnel, CC BY-SA 3.0,

Michel Sponty, avec le nom désormais hellénisé Michaïl Spondis, le “très noble garant des lettres commerciales de France”, comme il est mentionné dans les catalogues de souscripteurs des livres grecs de l’époque, avait perdu, dès la fin de 1813, le titre d’agent consulaire de France. Il avait cependant réussi à s’enraciner dans la société de Serrès. Quelques années plus tard, son fils Ioannis représentera l’Angleterre et plus tard l’Autriche, mais aussi la France, à Serrès. Dans un autre document on trouve effectivement, en 1860, un Jean Sponti répertorié comme agent consulaire de France à Serres (11).

Son petit-fils, Michaïl deviendra agent consulaire d’Autriche dans la ville voisine de Cavalla et bienfaiteur de la communauté grecque orthodoxe. Un autre document mentionne qu’entre 1862 et 1886, un Sponti est vice-consul d’Autriche à Cavalla (12)
“Les Capitulations n’étaient bonnes que pour les Échelles.” À l’intérieur de l’Empire, les Européens étaient obligés de fonctionner selon les termes imposés par les commerçants autochtones. Les agents commerciaux et consulaires européens dans l’arrière-pays ottoman, s’il n’étaient pas autochtones, devaient le devenir. “Devenir autochtone ou devenir invisible” était le seul choix possible pour ces personnes, si elles voulaient résister au tourbillon de la concurrence économique (7).

1814 On apprend qu’Ange Fontana Mure, fils de Maria, parle italien, français, grec et russe (9) . Henry Mure est nommé à Tripoli de Libye.

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Scène de rue à Tripoli. Fin XIX eme. Source : Wikimedia

1824 La famille Mure est à Tripoli de Libye avec Marie Marini, 22 ans, nièce de Maria, et Nikolaki Sponty (10). La famille repart à Marseille la même année car Henry Mure a demandé sa retraite. Il décède deux ans plus tard. Nikolaki meurt à Marseille en 1832 et Maria, mon aïeule, en 1852. Ma mère se souvient d’avoir vu un portrait d’elle dans une revue que je n’arrive pas à retrouver. Elle était célèbre pour sa beauté ainsi que le rapportent la chronique familiale mais aussi divers écrits sur le monde diplomatique.

1891 Daniel Sponti, courtier d’immeuble à Smyrne (13)
Natalie Sponti, sa fille, épouse Vladimir de Jaba (14). Stephano Sponti est témoin (lien ave Nathalie?).  Ils auront 4 enfants:
1- Hélène, épouse Thomson, 2- Marie épouse Morris, 3- Yvonne, 4- Ladislas

Sources 

(1) Wikipedia

(2) A.D. Bouches-du-Rhône, C 2547, de Castries (secrétaire d’État à la
Marine) à de La Tour (Premier Président du parlement d’Aix).

(3)  Comte Michel-Ange de Castellane (1703-1782). Capitaine dans le régiment de dragons de Saumery en octobre 1730, cornette de la compagnie des mousquetaires de la garde du roi en janvier 1737, chevalier de Saint-Louis le 22 juin 1739 et brigadier de dragons en janvier 1748. – Ambassadeur de France à Constantinople du 19 janvier 1740 au mois de décembre 1748.

(4)https://www.academia.edu/2493646/Pétitions_marchandes_autour_de_la_fonction_consulaire_la_diaspora_grecque_et_la_naissance_de_la_diplomatie_néohellénique

(5) Population et personnalités juives du Sud-Est (Bouches du Rhône et Alpes-Maritimes). À l’époque du grand Sanhédrin Françoise Hildesheimer. Annales historiques de la Révolution française Année 1979 Volume 235 Numéro 1 pp. 67-85

(6)  La France et la Mer Noire sous le Consulat et l’Empire: la porte du harem ouverte. Faruk Bilici. L’Harmattan, 2003.

(7) UN REPRÉSENTANT D’ÉTATS EUROPÉENS DANS L’ARRIÈ RE-PAYS OTTOMAN.
LE CAS DE SPONTY À SERRÈS (FIN XVIIIe-DÉBUT XIXe SIÈCLE) . Georges Koutzakiotis

(8) La Grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts
Author : Dreyfus, Camille, 1851-1904

(9) MAE

(10) LES RELATIONS FRANCO-TRIPOLITAINES À L’ÉPOQUE DE YOUSSEF PACHA, ENTRE 1795 ET 1832 par Fawzia MATRUD . Thèse Université d’Orleans. 2013

(11) Annuaire-almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers : Firmin Didot et Bottin réunis Éditeur :  Firmin-Didot frères (Paris) 1860

(12) Annuaire diplomatique et consulaire des Etats des deux mondes (Vol. 1)1882

(13) Annuaire oriental (ancien Indicateur oriental) du commerce, de l’industrie, de l’administration et de la magistrature… 10e année, 1891 (Constantinople)

(14) Famille Giraud

(15) Archives de Venise

 

Photo de vignette: Le port vénitien. Chania, Crète.  Davidzuccaro. May 2000

A la recherche d’Albert de la Noë (2)

Puisque je suis coincée du côté la Noë dans ma recherche d’Albert,  la clé du mystère est peut-être dans la recherche d’informations sur la femme de Jules Albert, Marie Frédérique Rossignol d’Astorg.

De son vrai nom, Maria Carolina Fritza Rossignol d’Astorg, elle est fille de Pierre Libera Rossignol d’Astorg né le 20 vendémiaire an X à Labastide -Murat et décédé à Cahors le 4 novembre 1873 et de Jeanne Leonie Delfour (Albas 1817-Cahors 1872).

Médecin à Labastide Murat, Pierre Libera a du mal à élever ses cinq enfants

« Présenté en 1852 à l’empereur, il obtient une charge de commissaire de surveillance administrative des chemins de fer français, sollicite le 13 mars 1859 un grade d’inspecteur car ses appointements sont insuffisants » (1)

On le trouve mentionné  dans «  l’Allemagne aux Tuileries de 1850 à 1870 » Par H Bordier p 177 et dans « La mendicité allemande aux tuileries 1852-1870 » par Henri Welschinger.
où il est présenté comme faisant partie de la clique allemande liée aux Hohenzollern qui aurait abusé de la bonté de l’Empereur Napoléon III. Ces deux derniers ouvrages font suite à la guerre de 1870 et ont pour but d’attiser la haine anti-allemande et de ceux qui leurs sont liés. On y apprend que Pierre Libera est « sans fortune et père de cinq enfants» et « oncle » du prince de Hohenzollern. Cela corrobore les écrits de l’oncle sur les liens avec les Hohenzolern.

Jules Albert travaillait pour les Messageries Maritimes comme Antoine Jean Etienne Rossignol, le frère de Maria Carola. Origine de l’idylle?

J’ai écrit aux Affaires étrangères pour en savoir plus sur Jules Marie Albert mais ils n’ont pas trace de son décès à Montevideo.

Un membre de Généanet présente sur son arbre, Marie Frédérique (Maria Carolina Fritza) comme née à Labastide Murat.

Je le contacte immédiatement car je sais, pour avoir déjà eu un échange avec lui, que nous avons un bout de famille en commun. Il me donne une référence à la BNF : « les Bonaparte et leurs alliances », de Léonce de La Bretonne, publié en 1901. Y figure le deuxième mariage de Louise Dastorg (mariée en premières noces avec Pierre Murat, frère aîné du prince Murat), avec Pierre Rossignol.

Y figure aussi  leur descendance:

1° Bernard Rossignol (1801-1831),

2° Jean Pierre Libera Rossignol, marié deux fois: 1° à Jacquette Adèle Labie; 2° à Jeanne Léonie Delfour. De ce second mariage sont nés:

1° Léopold né le 28/09/1841
2° Antoine né né le 13/011841
3° Antoinette née en 1846 à Labastide Murat
4° Adèle née en 1848, mariée au Dr Alayrac, maire de Labastide Murat, dont une fille: Marie Frédérique, née en 1855, mariée 1° à Albert de la Noé, 2° à Jules Paulet Cal. Ce dernier élément est peu crédible : Marie Frédérique ne peut être  la fille d’Adèle elle  aurait été mère à 6 ans! De plus, M-F apparaît dans le texte en ma possession sous le nom Rossignol d’Astorg. Je pense donc que c’est une fille « tardive » de Jean « Pierre » Libera Rossignol d’Astorg  

3° Jean (An XIII-?)

Pierre Rossignol (le père de Jean Pierre Libéra) marié à Louise d’Astorg a demandé et obtenu le droit de se nommer Rossignol d’Astorg. (Son arriere-petit fils Maurice, à l’inverse, a demandé a ne plus se nommer ainsi. Décision validée par le tribunal …..).

 

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Antoinette Murat Fürstin von Hohenzollern-Sigmaringen  (tante de Maria Carolina Fritza) Source 

Avant d’épouser Pierre Libéra Rossignol, Marie d’Astorg (1762-1832)  avait épousé Pierre Murat (1748-1792), fils d’un aubergiste de la Bastide Murat dont elle a cinq enfants. La petite dernière, née après la mort de son père, se nomme Antoinette.

 A la mort de Pierre, son frère Joachim  Murat (1765- 1815), LE Murat général d’Empire, prend soin de ses neveux. Devenu grand-duc de Berg et de Clèves, prince de la Confédération du Rhin, Joachim Murat marie Antoinette (1793-1847) à Paris, le 4 février 1808, au prince Charles de Hohenzollern-Sigmaringen (2). Peu de temps après, il devient Roi de Naples.

 

 

 

Joachim Murat

Joachim Murat

Antoinette de Hohenzollern, nièce de Joachim Murat, est donc la demi-soeur de Pierre Libera Rossignol d’Astorg  et la tante de Maria Carolina Fritza, femme d’Albert Aubry de La Noë.

Voilà le fameux lien aux Hohenzollern !!

Notons que le village de Labastide-Murat dans le Lot a été rebaptisé ainsi en 1852 par un décret de Napoléeon III en l’honneur de Joachim Murat mais se nommait Labastide Fortunière auparavant.

Grâce à Jean-Pierre Croc rencontré via Généanet, je parviens à trouver l’acte de mariage de Maria Carola Fritza avec Jules Marie Albert Aubry de la Noë le 17 juin 1876 toujours à Labastide Murat.

Trois surprises sur cet acte :

  • Maria Carola Fritza  y apparaît comme Rossignol et non Rossignol d’Astorg ainsi que son père.
  • Sophie Aubry de la Noë, soeur d’Albert, est présente et signe le registre. Elle ne devait donc pas être si mécontente du mariage de son frère avec une femme liée au clan bonapartiste. Le mari de celle-ci, Jules César Antoine Aubry de la Noë, est témoin.
  • Frederic Hilarion Alayrac  est témoin comme beau-frère de la mariée ce qui confirme que l’information donnée par le livre  » Les Bonaparte et leur famille » est inexacte: Maria Carolina est la belle-soeur et non la fille de Alayrac.
  • Le nom complet d' »Albert »est Jules Marie Albert, né à Pontlevoy le 13 janvier 1841.

Mais rien n’explique la fameuse rastaquouère.

Monsieur Croc attire mon attention sur un acte de mariage ultérieur concernant Maria Carolina Fritza. Celle-ci épouse en deuxième noce en 1887 Jules Paulet, né et domicilié à Montévideo (Uruguay).  Le document précise que Jules Albert, premier époux, est mort à Montévideo le 15 septembre 1885.

La voici donc la rastaquouère ! C’était de Maria Carolina Fritza qu’il s’agissait dans les cancans familiaux et non d’une hypothétique seconde épouse de Jules Albert. Sophie a dû désapprouver le remariage de sa belle soeur.

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Joachim Murat, député du Lot

L’un des témoins de ce deuxième mariage est  Joachim Murat II, député du Lot (1828-1904).

 

 

 

 

 

 

 

Le mystère est enfin résolu et je trouve quelques temps plus tard une photo de Maria Carolina Fritza et de Jules Albert lors d’une soirée déguisée.

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Maria Carolina Fritza Rossignol et Jules Albert Aubry de la Noë ©ihaynes

 

(1) Extrait de la Revue des deux Mondes pages 530 periode 6 T 33- 1916.

(2) Voir fiche sur Antoinette par les amis du Musée Murat ici

A la recherche d’Albert de la Noë (1)

Sur le cahier de l’oncle se trouve mentionné Albert de la Noe fils d’Antoine Olivier Aubry de la Noe (1789-?) et de Louise Adelaïde Duprey de Mesnillet (1794-1852). Il épouse « Marie Rossignol d’Astorg » de la « lignée des Hohenzollern ». Diable ! Qu’est donc devenue cette tête quasi couronnée ? On n’en n’a plus jamais entendu parler dans la famille.

Voici les témoignages recueillis:

  • Un oncle me parle d’un deuxième mariage d’Albert avec une rastaquouère, une fille Guzman, parente avec l’ancien président du Vénézuela, après la mort de Marie.
  • Une tante me dit que le portrait de cette nouvelle femme était sur la cheminée de Sophie de la Noë, soeur d’Albert, et qu’elle l’a brisé dans un moment de rage.
    L’aëule Sophie a la réputation d’avoir été farouchement légitimiste. Toutes les interprétations sont possibles: la nouvelle femme était-elle une mésalliance ? Que s’est-il passé et qu’est devenu Albert? Apparemment il est mort avant son cousin germain Jules Aubry de la Noë et sans enfants puisqu’il lui a transmis ses titres (dixit le cahier de l’oncle) en 1885.

Je pars en quête d’Albert. Je n’ai qu’une photo.

Albert Aubry de la Noë ©ihaynes

Albert Aubry de la Noë ©ihaynes

 

D’où vient l’expression rastaquouère ? D’après le dictionnaire, « un rastaquouère est, essentiellement au XIXème siècle, un personnage exotique étalant un luxe suspect et de mauvais goût ». Wikipedia nous apprends ensuite que le terme rastaquouère a été utilisé lors de la montée de la xénophobie en France au cours du XIXeme siècle. Ça cadrerait avec un mariage avec la fille de Guzman Blanco riche sud-américaine habitant en France avec son père…

Résultat des recherches sur Guzman

Oui Antonio Guzmann Blanco a été président du Vénézuela et même trois fois de 1870 à 1877, de 1879 à 1884 et de 1886 à 1888. Il était franc-maçon, farouche partisan de réformes et apparenté à Bolivar. Voici ce que je trouve dans l’Encyclopédie universelle (1)

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Martin Tovar Y Tovar. Antonio Guzman Blanco. Oleo sobre Tela. inisterio de Relaciones Exteriores. 1880.

« Chef du Parti libéral, il prend le pouvoir en 1870 et se fait élire président constitutionnel en 1873. Pendant dix-huit ans (1870-1888), il est le chef absolu du Venezuela, exerçant le pouvoir directement ou par l’intermédiaire de dirigeants dévoués. Antonio Guzmán Blanco sort le Venezuela de la guerre civile et de la stagnation économique et l’engage sur la voie de l’ordre et de la modernisation. Il fait construire des bâtiments publics, des voies ferrées et des écoles. Caracas, modernisée, devient le centre du nouveau réseau télégraphique, portuaire et routier. Le dictateur parraine la création d’écoles publiques, restaure le crédit public, subventionne l’agriculture, développe le commerce international et prépare le pays à son entrée dans l’ère du progrès. Farouchement opposé à l’Église, il instaure l’école laïque, le registre d’état civil et le mariage civil. Il supprime les couvents, confisque leurs biens et proclame la liberté religieuse pour les non-catholiques. Antonio Guzmán Blanco a recours à la violence pour éliminer l’opposition. Les libertés civiles sont restreintes et la presse bâillonnée. Peu d’actions sont entreprises pour améliorer le sort des masses. En outre, le dictateur amasse une fortune personnelle sur les caisses de l’État, profitant des négociations d’emprunts avec des banquiers étrangers. Il passe une grande partie de ses années au pouvoir en Europe, où il fréquente l’aristocratie. Au cours de l’une de ces visites, en 1888, un coup d’État l’évince du pouvoir. Il passe les dix dernières années de sa vie à Paris. »

 

Il a donc vécu à Paris,  il est donc possible que certains de ses enfants y aient rencontré des français et les aient épousés. Cependant, vérification faite, contrairement au bruit qui circule dans la famille, aucune fille Guzman Blanco n’a épousé Albert Aubry de la Noë. Je finis par trouver qu’un marquis Marie Anne Joseph Samuel de Noé a bien épousé l’une des filles de Guzmann Blanco, Mercedes Louise, mais il n’a rien à voir avec la famille (Attention: il existe trois familles à ne pas confondre : de Noé, de la Noé et Aubry de la Noë). Par la même occasion, je trouve enfin la date de décès d’Olivier Frederic Aubry de la Noë, père d’Albert, à Paris en 1861.
Puis je trouve que Jules « Albert » est témoin de la naissance de son neveu Louis Antoine Aubry de la Noë, fils de Sophie, toujours 1861 à Bordeaux où il est âgé de 20 ans et exerce la profession de commis des Messageries maritimes.
Le mystère d’Albert et de la rastaquouère reste entier, affaire à suivre donc

 

Sources:

(1) In Universalis, « GUZMÁN BLANCO ANTONIO – (1829-1899) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 août 2015.

Un mal à la jambe droite: Emilie Milliau (1812-1879)

Atteinte  d’une douleur à la jambe droite, je me rends chez le kinésithérapeute. Séance normale, rien à dire. Cependant, à la fin celui-ci me glisse: je sais que la généalogie vous intéresse, regardez donc en remontant 6 générations par les femmes. Il est possible qu’il y ait quelque chose, là. Devant ma surprise, il ajoute: d’expérience il y a parfois un lien avec ce type de douleur. Je sors pensive de son cabinet.

Rien ne m’empêche d’explorer cette piste qui me semble un peu farfelue. Je compte :  2, 3, 4 , 5 , 6 mon aïeule maternelle au rang 6 est Emilie Milliau née à Marseille le 23 janvier 1812, décédée dans la même ville le 8 décembre 1879, à 67 ans. D’elle, il ne reste qu’un nom de famille (« ça me dit vaguement quelque chose » dit ma mère) et une lettre qu’elle adresse à sa fille Anaïs.  Elle écrit de Meyzieu, ville de la banlieue lyonnaise sur la route de Grenoble  » j’ai trouvé tout le pays en pleurs à cause de la mort de Monsieur Deheren(?), le curé, qui est arrivée presque subitement« . Elle s’inquiète de sa fille qui, en voyage de noces, fréquente le grand monde à Paris «  Il est bien naturel que tu sois étourdie de te trouver dans un monde si différent de celui dans lequel tu as vécu jusqu’à ce jour.  Maintenant tu connais tout ce qu’il y a de plus brillant au monde, peut-être Dieu  l’a t’il voulu ainsi pour te faire voir de près le néant des vanités du siècle« .

En effet, l’ainée des filles d’Emilie, Anaïs (1834-1901), a épousé en 1855 Amédée Charles Marie de Possel Deydier (1820-1861), d’une famille de La Ciotat.

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Charles de Possel Deydier (8)

La benjamine, Madeleine (1836-1907) se marie avec Adolphe Honoré Ange Mure dit « d’Azir » (1828-1903)

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Adolphe Honoré Mure d’Azir © J. Maurin

Son fils, Louis Quinon (1835-1884) est négociant et ne se marie pas. Il meut à 49 ans à Marseille.

Je pars donc à la recherche d’information sur la famille d’Emilie et trouve toute une dynastie de savonniers ce qui n’est pas une surprise à Marseille mais l’est pour moi car je n’avais jamais entendu parler de cela.

Le père d’Emilie, Guillaume Bonaventure Milliau, est né à Aix en Provence en 1782, il est fabricant de savon, chevalier de la légion d’honneur, doyen de la chambre de Commerce, membre du Tribunal de Commerce, membre du Conseil d’arrondissement, membre du Conseil municipal de Marseille (1)

Son mari, Louis Marie Quinon, est fabricant de soude. Il reprend le fameux procédé Leblanc pour la fabrication de soudes factices (2) lesquelles – essentielles dans la fabrication du savon-coûtent deux fois moins cher que les soudes naturelles achetées à l’étranger.

Son gendre, mari de Madeleine, Adolphe Honoré Ange Mure d’Azir (1828-1903), est aussi fabricant de soude.

Ce qui en est une surprise, quand même, c’est que des huit enfants Milliau,  la plupart restent dans la savonnerie. Les frères d’Emilie sont tous fabricants de savon, sa soeur Marie-Louise épouse Jean-Louis Bonnefoy fabricant de savon, les fils de son frère ainé, William, seront aussi tous dans la savonnerie et ainsi de suite jusqu’en 1942 date où meurt un Milliau qui dirigea le labo des corps gras du ministère de l’Agriculture, rue Sainte à Marseille. Pour une histoire du savon de Marseille cliquez ici.

« Parmi les principales fabriques (de savon), on remarque celles de messieurs Rampal, Arnavon, Milliau, Charles Roux et Bonnefoi » (3)

Le traité pratique de savonnerie (4) consacre un chapitre au procédé pour reconnaître la pureté des huiles de palmistes mis au point par M. Milliau.

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Source : ihaynes

Du côté Millau donc, une impressionnante activité industrielle sur plusieurs générations .

Ajoutons pour situer un peu plus Emilie, que Maximin Consolat, maire de Marseille de 1832 à 1843, est le mari de sa cousine germaine, Zoé Maurel.

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Maximin Consolat  par Philippe Poitevin. Palais de Longchamp, Marseille.

La mère d’Emilie, Marie « Rose » Agathe Cavalin (1785-1848), vient d’un milieu différent: elle est la fille de Jean-Baptiste, un maître tailleur de pierres de Mont Dauphin dans les Hautes Alpes dont on peut encore voir une fontaine, réalisée en 1790, dans le village de Ceillac.

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Fontaine de Ceillac. Photo :http://chlinfernal.centerblog.net

Jean-Baptiste épouse une fille du pays, Agathe Bellot, originaire de Mont Dauphin (rebaptisée Mont Lion après la révolution). Agathe meurt à Mont Dauphin en 1798, Jean-Baptiste meurt en 1800 dans le village tout proche de Chateau Queyras. Rose encore toute jeune semble avoir trouvé refuge chez un oncle Bellot à Marseille. C’est en sa présence et celle d’un de ses cousins Bellot qu’elle épouse Guillaume Bonaventure Milliau le 7 février 1807.

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Mont Dauphin citadelle de Vauban. Source :  MOSSOT via Wikimedia Commons

Quid du côté de l’époux d’Emilie, Louis Marie Quinon ?  L’acte de mariage (Marseille, 7 mai 1833) m’apprend qu’il est né à Meyzieu.  Cela explique la référence à Meyzieu ( qu’elle écrit Meyzieux) dans la lettre d’Emilie. La mairie de Meyzieu m’envoie son acte de naissance le 28 Messidor an II. Première surprise, le père de Louis Marie est garde National: un révolutionnaire dans la famille !  Article wikipedia sur la garde nationale ici.

Quelques temps après, j’apprends, grâce au site du Groupement d’Etudes Historiques de la Contrée de Meyzieu (GEHCM) que le goût de la chose publique marque cette famille : le grand-père de Louis Marie, Vincent Quinon (1753-1833), fut, en 1790, le premier maire de Meyzieu. Un des frères de Louis Marie, Etienne Benoît Quinon ( 1793-1873)  fût maire de 1834 à 1848 et Vincent Cusin (1815-1869), un autre maire, assista au mariage de Louis et d’Emilie. Vincent Quinon II (1791-1861), frère de Louis Marie, était avocat près de la cour d’appel de Grenoble et s’intéressa beaucoup à l’histoire et à la culture locale comme le prouvent les nombreux documents où il apparaît sur Google. Louis Marie est né rue Meunier (actuelle rue Claude Curtat). D’après le GEHCM, la maison existe toujours. Voici sa photo qui montre la plus jolie partie de ce qu’il en reste:

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16 rue Claude Curtat, Meyzieu ©Google earth. Photo: 2009

Chez les Milliau, si l’on remonte une génération: le savon est remplacé par du vin: Denis Milhiau (1745-1824), grand-père d’Emilie, marié avec Madeleine Ollivier (1743-an VII) exerce à Aix-en-Provence la profession de marchand de vin. (Notons qu’il est normal que l’orthographe change : la façon d’écrire les noms ne se stabilise qu’au XIX eme siècle).

Ils se sont mariés à l’Eglise Sainte Madeleine en 1779. Sur l’acte est mentionné que Denis est né à Montpellier. A la même époque en faisant des recherches sur les Milliau sur Généanet, je tombe sur une descendante de Guillaume-Bonaventure répertoriée sur une page nommée « juifs du pape »(7). Qu’est qu’un juif du pape ? Je n’en n’ai aucune idée. Ma curiosité est éveillée.

Les juifs du pape sont des juifs arrivés en Gaule avec les romains. Ceux qui se sont installés dans le Comtat Venaissin – lequel devient possession papale en 1274,-échappent à l’expulsion des juifs du Royaume de France qui se déroule entre 1315 et 1385. Le pape n’oublie pas que Jésus était un rabbin juif, il protège les juifs présents sur son territoire tout en leur imposant des mesures vexatoires qui s’amplifieront au XVI et XVIIème siècle. Les juifs du pape qui, au Moyen âge, pouvaient posséder des terres et exercer pratiquement tous les métiers (moins bien payés cependant) se voient progressivement confinés dans des quartiers particuliers (dont on trouve trace dans les noms de rue par exemple) et dans certains métiers : vendeurs de fripes, d’ânes, changeurs (les grands banquiers sont italiens). Ces quartiers réservés, ou carrières (de Carrera = rue en provençal), pauvres, deviennent vite surpeuplés et insalubres. Comme il leur est interdit d’étendre le quartier, les populations juives construisent en hauteur des immeubles de plusieurs étages.

En 1791, le Comtat Venaissin est cédé à la France par le pape, et le Roi octroi aux juifs la pleine citoyenneté. En Provence depuis 2000 ans, ni ashkénases, ni séfarades, les juifs du Comtat auront donc pu survivre à Avignon et dans le Comtat pendant près de 500 ans en développant une riche culture qui leur est très particulière.

Je vous engage à visiter le site de l’Association Culturelle des Juifs du Pape (ici) où vous trouverez des articles remarquables sur la question et à lire les livres formidables de René Moulinas  ou Armand Lunel (6).

Cela prend un peu de temps mais je finis par trouver l’acte de baptême de Jean Denis Milliau le marchand de vin, le 24 janvier 1745 à Sainte Anne de Montpellier. Le parrain est Denis Villard son grand-père maternel dont il porte le prénom. La marraine est Jeanne Thioc. Sa mère se nomme Claire Villard (1724-1807).  Ma surprise vient de la signature de Joseph, son père : il signe en hébreu !  Le voilà mon juif du pape ! Je suis bien contente de l’avoir trouvé.

signature-de-joseph-de-milhaudSur son acte de mariage en 1744,  Joseph déclare être le fils d’Abraham Milhaud et d’Esther Atha d’Avignon. Joseph, signe en hébreu la déclaration de baptême de ses trois premiers enfants puis, pour les autres, il adopte l’alphabet romain et signe Miliaû qui se prononce plus ou moins Milliaou en provençal. Joseph est donc un juif converti. Je me souviens alors d’avoir lu que les conversions juives, très rares, étaient célébrées en grande pompe dans les cathédrales et effectivement Joseph est baptisé deux mois avant son mariage à la cathédrale Saint Pierre de Montpellier où il signe aussi en hébreu. Son écriture est paraît-il typique de l’écriture « comtadine » des juifs du pape. Il signe Joseph (incompréhensible) de Milhaud. Si quelqu’un peut lire le reste merci de me le faire savoir en commentaire !

Joseph est né en 1722 et dit habiter Montpellier depuis sept années. Il exerce la profession de marchand fripier qui est une profession classique chez les juifs du pape. Au XVIIIème ceux-ci obtiennent du parlement du Languedoc le droit de participer aux foires. Dès 1732, on trouve la trace d’un marchand juif Milhau qui séjourne à Montpellier au « Petit-Saint-Jean »(5), peut-être est-ce Abraham, le père de Joseph, ou un oncle ?

Claire  et Joseph auront huit enfants.

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Vestige de la carrière d’Avignon©ihaynes

Chaque année je vais à Avignon et, juste après ma découverte à l’été 2015, je pars en quête des traces du quartier juif. Il reste notamment une porte d’entrée de la Carrière où l’on peut bien observer la différence de hauteur entre les immeubles. J’ai une pensée émue pour Joseph qui a quitté Avignon en quête d’une vie meilleure et a réussi.

La culture et même l’existence des juifs du pape est  peu connue et j’espère que cet article contribuera à ce que tous les cousins qui descendent d’Abraham et d’Esther s’intéressent à la question.

Joseph est mort le 28 février 1778 à Montpellier et est enterré dans le cimetière de la paroisse Sainte Anne.

Cela fait longtemps que je n’ai plus mal à la jambe.

Sources:

(1) : Base Leonore de la Légion d’Honneur

(2) Etat actuel de l’industrie française ou coup d’oeil sur l’exposition de ses produits en salle de Louvre. 1819. E. Jouy. L’Huillier ed.

(3) Essai sur le Commerce de Marseille, Volume 3
Par Jules Julliany. 1842.

(4) Traité pratique de savonnerie par Edouard Moride. Paris, Baudry&cie, 1892

(5) Les juifs de Montpellier au XVIIIème siècle par S. Kahn. Revue d’Etudes juives, vol 33. 1896.

(6) Les juifs du pape: Avignon et le Comtat Venaissin. René Moulinas. Albin Michel.

 Juifs du Languedoc, de la Provence, et des États français du pape par Armand Lunel, Albin Michel, 1975.

(7) http://www.geneanet.org, arbre « jupape » de Jean-Paul Bourlac et arbre Henri de Dianous

(8) http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/lot-ventes-aux-encheres.jsp?id=1963292

Photo à la une: Avignon vu de la rive droite du Rône. By Abderitestatos (Own work)  via Wikimedia Commons

Jacques I Aubry de la Noë (1670-?) et son fils Joseph-Etienne (1710-1789)

Jacques I est encore moins connu que son père Philippe Aubry. De lui, les papiers de l’oncle mentionnent « il fut prodigue et des biens autrefois considérables que sa famille possédait, il dissipa en grande partie ce qui restait à la mort de son père ». 

Né en 1670, il épouse Madeleine Binet de Montifray le 23 septembre 1708. On en sait davantage sur cette famille qui est originaire de Beaumont la Ronce près de Tours. Montifray appartenait à la famille Binet depuis au moins 1535 (1) famille qui possède aussi La Bottière, Nitray, Valmer, Pichaudière, Andigny etc… et fait ses preuves de noblesse devant la chambre de Bretagne en 1669 (2).

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Armes de la famille  Binet

Madeleine meurt jeune en 1711, quelques temps après la naissance de son deuxième fils Joseph Etienne.

Son fils premier né, dont on ne connaît pas le prénom, lui survivra un an et meurt à l’âge de trois ans, en 1712.

Jacques ne se remarie pas mais, dit la chronique de l’oncle, « Il paraît avoir doté ses bâtards et laissa un patrimoine réduit à son fils Joseph Etienne ».

C’est tout ce que je sais de lui. Toute nouvelle information est la bienvenue.

Joseph Etienne né à Caen le 24 novembre 1710, semble avoir dépensé le « patrimoine réduit » puisque la chronique poursuit: « généreux, prodigue même, il dissipa en partie ce que son père lui avait laissé du patrimoine de ses ancêtres, bientôt réduit au domaine et au manoir de la Noë aujourd’hui détruit- près de Bernières sur la côte normande, un bel hôtel sur la place royale de Caen et quelques terres éparses à Carpiquet ».

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Caen Place Royale à la belle époque. Source 

Le besoin d’argent est pressant car, en 1768, Joseph Etienne vend sa peinture pour vivre: il figure au rôle de la capitation de Caen comme peintre, ainsi qu’en 1773, 1779, 1782.  Il possédait « maison, cour et jardin et 6 acres de terre labourable ». Il est domicilié place Royale, paroisse Notre Dame (4).  Il figure aussi aux 20ème de Carpiquet en 1773 c’est à dire qu’il doit une somme égale au vingtième de son industrie »(4).

La capitation est payée par tous : nobles, bourgeois, artisans etc. et les classes d’imposition se font par catégorie professionnelle. Joseph Etienne apparait dans celle de l’industrie comme peintre. Sa situation financière est si mauvaise qu’il semble avoir « dérogé », c’est-à-dire qu’il s’est mis à faire commerce de son art, chose interdite aux nobles sous peine de perdre leurs privilèges et particulièrement celui d’être dispensé du paiement de la Taille. Pour en savoir plus sur la dérogeance, cliquer ici .  Cette activité nuit à son fils Thomas Aubry de la Noë seigneur du Ronceret, garde du corps de Louis XVI: « Gendarme surnuméraire de la compagnie anglaise le 9 mars 1779, en pied le 1er avril suivant ; reçu dans la compagnie de Luxembourg le 2 octobre 1784, fut rayé au cours du quartier du 1er avril 1785 ayant été jugé ne pouvoir y rester en raison de l’état de peintre qu’exerçait son père. » (5). Ceci est en contradiction avec la chronique de l’oncle et les nobiliaires qui indiquent que Joseph Etienne fût maintenu dans sa noblesse par jugement rendu par Feydau, intendant de Caen, le 11 octobre 1784 (6). Si l’activité interdite cessait, le déchu pouvait retrouver sa condition de noble.

Le goût d’Etienne pour la peinture vient peut-être du voyage qu’il effectua à Rome. La chronique dit qu’il en rapporta son premier tableau. Très cultivé, avant-gardiste, fréquentant artistes et gens de lettres, il fût encouragé par la duchesse de Châteauroux (Marie-Anne de Mailly Nesle (1717-1744)). On se souvient que son grand-père, Philippe Aubry de la Noë était trésorier du Duc de Mayenne, Armand Charles de la Porte de la Meilleray , l’arrière-grand-père des soeurs Mailly Nesle .

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Marie Anne de Mailly Nesle par Nattier

 

La chronique dit aussi qu’il fût l’amant de Marie Françoise Renée de Forcalquier, un (court) temps maîtresse de Louis XV, qu’il se plaît à la cour et passe beaucoup de temps à Versailles. Deux informations  semblent sujettes à caution:

Madame de Forcalquier par Nattier

Madame de Forcalquier par Nattier

1) Il serait rentré à l’Académie Royale en 1771. Cela me semble impossible : il a déjà 60 ans, est un peintre établi. Il me semble que l’oncle le confond avec Etienne Aubry (1745-1781)  qui entre à l’académie en 1771 comme portraitiste. Joseph Etienne n’apparaît dans aucune liste d’élèves de l’Académie (9).

2) Il aurait été pressenti pour le poste d’intendant de Guyenne qu’il aurait refusé et celui-ci serait allé à Monsieur de Tourny.

Louis Urbain Aubert de Tourny (1695-1760) a été nommé intendant de Guyenne en 1743 alors que Joseph Etienne a 32 ans et est, à ma connaissance, sans grande expérience administrative contrairement à Aubert. A la mort de ce dernier, en 1760, c’est son fils Claude Etienne Aubert qui hérite de la charge d’intendant. Est-ce à ce moment là que Joseph Etienne a été pressenti ? Cela aurait fait du bien aux finances familiales…

 Après la mort de Louis XV en 1774, Etienne retourne en Normandie où il avait épousé le 8 novembre 1754 à Caen, église ND rue Froide, Françoise Gabrielle Julie Le Canu (1737-1813), une jeune fille de Carpiquet âgée de 15 ans 1/2 ( lui a 42 ans !!). Le père de Francoise, Thomas Le Canu, avait acheté à Carpiquet une propriété appartenant à la famille Ruel de La Motte. La chronique nous dit que Françoise Gabrielle ne quitta jamais Caen et ne semble pas avoir été heureuse…

Joseph Etienne décore l’une des salles de l’habitation de son beau-père, où l’on voyait encore, en 1944, les peintures qu’il exécuta. « Cette salle fait partie des bâtiments de la ferme longtemps exploitée par M. Baudoin« (7).

Il prend sous son aile Jacques Noury (1747-1832), qui deviendra un petit maître normand, et lui apprend la peinture jusqu’à sa 20ème année. Il sera son seul professeur (6).

« Carpiquet doit à Aubry de La Noë deux des tableaux qui ornent son église. Ces tableaux étaient en 1944 au bas de la nef et doivent être considérés comme des tableaux de valeur. Au sujet de ces deux tableaux, un registre des délibérations de la paroisse de Carpiquet nous apprend qu’en 1776, Aubry de La Noë, peintre de Caen et tréfoncier de la paroisse de Carpiquet, avait été chargé de faire deux tableaux, l’un de saint Martin, l’autre de sainte Anne pour le grand autel qui venait d’être construit, et ce aux frais de la fabrique : « qu’Aubry les a faits de très bon goût et de prix, mais il n’a voulu y en mettre aucun. Il en fait présent à la fabrique. Sur quoi les paroissiens reconnaissants le déchargent d’une rente de 3 livres qu’il était- tenu de faire, pour la place de banc qu’il occupe dans l’église. » Ce tableau de sainte Anne  figurait à l’Exposition d’art religieux qui se tint à Caen sur le terrain de la Foire-Exposition, place d’Armes, dans la semaine qui a précédé la guerre, en 1939. Il existe dans l’église de Carpiquet un troisième tableau représentant le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste. Les habitants l’attribuent également à Aubry de La Noë »(6). Tout a été enseveli sous les bombes du débarquement mais peut-être quelques tableaux ont-ils survécus ailleurs qui sait?

Etienne meurt le 22 février 1789 à Carpiquet où il est enterré .

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Eglise Saint Martin de Carpiquet. Source : Ikmo-ned (Own work) Wikimedia Commons.

Il laisse deux fils :

  1. Thomas Antoine Aubry de la Noe (1760-1795)

« Après avoir été contraint de quitter son corps d’armée, il émigra en décembre 1791, servit à l’armée des Princes dans la 3e compagnie des gendarmes bourguignons des hommes  d’armes, entra à l’armée de Condé le 31 juillet 1794 et y mourut l’année suivante lors du siège de Mainheim en janvier 1795″(5). Thomas avait épousé le 15 février 1791 à Caen, Cécile Félicité Le Romain, (vers 1772-An III) dont il eût une fille, Monique Perrine Aubry de la Noë du Ronceret (1791-?) qui épousa, en 1808 à Carpiquet, Jean Nicolas Cauvet Duhamel.

2. Joseph Michel Antoine (1755-1836) qui fera l’objet d’un prochain article.

 

 

Sources:

(1) Bulletin de la Société archéologique de Touraine, juillet 1915

(2) Georges Le Gentil de Rosmorduc, La noblesse de Bretagne devant la Chambre de la Réformation 1668-1671, t. IV, p. 21-35.en ligne sur Tudchentil.org, consulté le 6 décembre 2016.

(3) Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie.  1942

(4) Note sur les artistes caennais du XVIII ème siècle. Armand Bénet. Réunion des sociétés des beaux-arts des départements. 1899.

(5) Les gardes du corps de Louis XVI, Gilbert Bodinier, ER ed, 2005.

(6) Nobiliaire universel de France, ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume (Volume 10) par  Saint-Allais, Nicolas Viton de, 1773-1842

(6) Annuaire des cinq départements de Normandie.

(7) Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie . Séance du 1er décembre 1945.

(8) Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790. Calvados. Archives civiles. Série E supplément (Volume 1-2).

(9) L’Académie royale de peinture et de sculpture : étude historique  par Ludovic Vitet,
Michel Lévy frères ed (Paris), 1861.

 

Les fils de René 1 Aubry

René 1 Aubry  anobli en 1676 -soit deux ans avant sa mort- avait eu quatre fils de son union avec Louise Marguerite Berryer.

Philippe (1627-1709) dont descend la branche actuelle, François-Louis  (1632-1696), René 2 (1637-1713) dont il a déjà été question et Jean-Baptiste Louis (1645-1734 ?).

Que sait-on de ces frères  ?

La plupart suivent la tradition familiale et travaillent dans l’administration fiscale .

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Source : Armorial d’Hozier (7)

1) François-Louis né en 1632, devient receveur des tailles à Bayeux, à 35 ans, en 1667. La charge coûte 19 500 livres somme considérable avancée par son frère René, le « success boy » de la famille.  Le voilà installé. Il peut prendre femme et épouse en 1668 Eglise Saint Paul à Paris, Marie Farcy (1), fille de bourgeois parisiens. La dote est de 60 000 livres ce qui permet de financer l’achat de la terre de Trungy. François Louis devient donc seigneur de Trungy puis du Troncet (pas de seigneurerie de Trungy avant cette date donc pour ceux qui ont des papiers de famille)
De ce mariage sont issus, à ma connaissance, trois enfants:

  • Guillaume baptisé le 6 mai 1684 à Saint Malo de Bayeux. Sans descendance connue.
  • Jean-Baptiste, seigneur de Trungy, qui reprendra la charge de receveur des tailles  en 1704 au lieu de Jacques Farcy, frère de sa mère (en place jusqu’en 1722 au minimum).  Il épouse le 9 juillet 1719 à Bayeux, église Saint-Sauveur, Françoise Lemaigre, fille du lieutenant criminel en Bayeux, sieur de Laon.  Ils auront deux enfants:
    a) Charles-Louis né le 24 mars 1716 -décédé le 22 aout 1764 à Caen. Ecuyer, sieur de Trungy et du Troncet.  Sans descendance connue.
    b) Marie-Françoise Julienne baptisée le 8 septembre 1719 à Bayeux, épouse de Jean Baptiste, Louis, Marc Tulle d’Antignatte, entreposeur de tabac qui reprendra lui aussi la charge de receveur des tailles de Bayeux de son beau-père en 1756. Criblé de dettes, il s’évade pendant la nuit en 1775 afin d’échapper à la prison et vendra la terre de Trungy en 1776 pour les rembourser.
  • Louis-François décédé en 1698, inhumé à Bayeux.

Francois-Louis meurt en 1696 à Caen peu après avoir acheté une charge anoblissante de secrétaire du Roi et fait enregistrer son titre à l’armorial général mais je n’en trouve pas le dessin.  Il est enterré dans la cathédrale (2).
Marie Farcy se remarie en 1719 avec Louis Hardy, bourgeois de Rouen, mariage qui nécessite une dispense de consanguinité. Elle décède trois ans plus tard, le 26 avril 1722, à Caen.

2) Jean-Baptiste Louis, né en 1645, est conseiller du Roi, receveur des tailles et gabelles d’Evreux et de Couches. En 1667, présent au conseil de famille, il signe l’acte d’émancipation de sa soeur Marie. Il épouse le 18 mai 1672 à Nogent-le-Rotrou Françoise Marie Gouin de la Raspillère en présence de son frère René 2. Je ne trouve pas d’autre trace.  En 1713, René 2 son frère laisse par testament  une somme d’argent pour subvenir à son frère Aubry « Le muet » retiré chez les pénitents de Nazareth à Louviers. Cette somme sera versée jusqu’en 1734, date hypothétique de la mort de Jean-Baptiste (3)

3) Quand à Philippe Aubry, l’aîné des enfants, né, d’après la chronique familiale, en 1627, il reste un mystère: on ne sait quasiment rien de lui ce qui est fort étonnant si l’on considère la relative renommée de son père et de ses frères et soeurs et le nombre de documents où ils apparaissent. Il est en tout cas le premier à posséder la terre de la Noë puisque son père meurt en ne possédant que La Barrière (5). Notons au passage que les documents anciens écrivent « de Lanoë » ou « Delanoë »
On trouve trace de son mariage par contrat du 28 août 1662, passé devant Isaïe le Bourgeois et Jacob Morice, tabellions royaux aux bourg et siège de la vicomté de Saint-Sylvain, un petit village près de Caen, par lequel il épouse Marie Thiment, fille de Pierre Thiment, bourgeois de Caen, et d’Anne Languille (4).
Il apparaît comme trésorier et procureur du duc de Mayenne en 1670 (6) . A cette époque, le duc de Mayenne est une duchesse : Hortense Mancini, nièce de Mazarin, mariée à Philippe de la Porte de la Meilleraye.  La même année naît son fils Jacques Aubry  sur lequel il n’existe aucune information si ce n’est qu’il épouse en 1708 Madeleine Binet (de Montifray)  (5) laquelle trépasse trois ans plus tard (1711) non sans lui avoir donné deux fils. L’un meurt en bas âge. L’autre est Joseph Etienne, né en 1710, à qui sera consacré un autre article. Jacques ne se remariera pas mais on sait qu’il eut un certain nombre d’autres enfants lesquels- considérés comme  » bâtards » – n’apparaissent pas dans les archives familiales.
La chronique de l’oncle corroborée par un internaute qui possède celle des descendants Cousin nous dit que Philippe meurt le 19 mars 1709 et est enterré dans l’église de Saint Sylvain. Celle-ci fût quasi totalement détruite pendant la guerre de 39-45. Nous y sommes allés il y a quelques années, rien ne semble subsister de Philippe Aubry.

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Eglise Saint Sylvain (Calvados) Source: Roi Dagobert via Wikimedia commons

Plusieurs questions se posent:

a) Comment se fait-il qu’avec un emploi aussi prestigieux Philippe n’apparaisse pas dans l’armorial d’Hozier  alors que quasiment tout le reste de sa famille y est – y compris deux de ses soeurs?  C’est d’autant plus étonnant que, par un acte de 1696, Louis XIV décide de percevoir une taxe sur les blasons nobles ou bourgeois. « Le recouvrement fût affermé à Adrien Vanier, bourgeois de Paris qui s’engage à faire rapporter 7 millions. » L’une des cautions est René Aubry , le propre frère de Philippe (4). Les frères et soeurs de Philippe « brisent »  (c’est à dire modifient les couleurs et le dessin) les armes Aubry ce qui tendrait à confirmer que Philippe est bien le fils aîné qui seul, a le droit de conserver les armes.

b) Pourquoi Aubry est-il devenu « muet » ? S’agit-il vraiment de Jean-Baptiste?

c) Quels sont les liens de Philippe avec les protestants? La famille Thiment de Rouen d’où provient sa femme Marie est, au moins en partie, protestante ainsi que Jacob Morice le tabellion qui enregistre son contrat de mariage.  A cette époque la Normandie compte de nombreux protestants que les autorités commencent à persécuter même avant l’abrogation de l’Edit de Nantes en 1685. Un nobiliaire (8) mentionne que la principale alliance de la famille est  » de Brossard », or ce nom n’apparaît pas dans les archives en ma possession et il est celui d’une famille protestante normande connue (9).

NOTES

1. Ne pas confondre Marie Farcy et Marie de Farcy qui vit aussi  en Normandie à la même époque. Les deux ont un frère nommé Jacques mais les familles n’ont rien à voir bien que beaucoup de généalogistes les confondent.

2. Sépulture des églises paroissiales. Normandie. Vol 11.

3. Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie

4. Dictionnaire des familles anciennes ou notables à la fin du XIX

5. Acte de mariage ND rue Froide. Caen

6. Francois Dornic « Louis Berryer agent de Mazarin et de Colbert »Université de Caen.ed.

7.Armorial général de France (édit de novembre 1696) : généralité de Rouen. T. 1 / publ. d’après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, avec introduction, notes et tables par G.-A. Prévost ; [dressé sous la dir. de C. d’Hozier]

8. Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle (Volume 2)

9.  http://www.lemarois.com/jlm/data/j30bcanivet.html

Les filles de René 1 Aubry

René 1 Aubry et Marguerite « Louise » Berryer eurent trois filles dont les destins sont intéressants parce qu’ils nous donnent une idée du niveau social acquis par les parents Aubry; les mariages du monde de la finance et quelques anecdotes sur les relations familiales.

  • Marie Aubry (1652- Le Mans 1712). On ne sait pas grand chose de sa vie si ce n’est qu’elle épouse  le 20 octobre 1670 au Mans- paroisse Saint Benoît- Pierre Cousin, fermier général des monnaies et des domaines, écuyer, sieur de Valcabot, baron de Conteville et du Marais Vernier, secrétaire ordinaire du duc d’Orléans.  « Originaire de Rouen, juriste licencié en droit et avocat, Pierre Cousin devient receveur général des finances de Rouen en 1677 tout en étant propriétaire de l’office de receveur des tailles de Caen et Pont-Audemer. Il s’ennoblit en 1676 par l’achat d’une charge de secrétaire du Roi. D’après Daniel Dessert (1), son mariage avec Marie Aubry est déterminant pour son ascension sociale car il le fait entrer dans le cercle des proches de Colbert.  Entre 1689 et 1707, il devient l’un des gros traitants de la fin du règne de Louis XIV ».  Pierre Cousin

Le couple Cousin habite au manoir du Val Cabot (actuellement manoir d’Hermos à Saint Eloi de Fourques ) ou  vous pouvez séjourner car il a été transformé en chambre d’hôtes.

manoir d'Hermos, Saint Nicolas de Fourques

Manoir du Val Cabot

Il fait ensuite acquisition en 1685 de la seigneurie et du château du Landin où vous pouvez dormir également.

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Chateau du Landin. Photo: Francis Cormon

Il l’échange avec les terres de Conteville en 1689. Pierre Cousin y investit énormément d’argent pour obtenir un domaine de 350 hectares qu’ils devra vendre en 1719 car son entretien coûte trop cher (4).

L’une des filles de Marie, Nicole Ursule, épouse en 1710 Nicolas de Grouchy (1673-1734)  capitaine garde-côtes à Dieppe, lieutenant de vaisseaux, seigneur de la Marre-Gouvie. Née au manoir du Val Cabot (Eure) où habitent Marie et Pierre,  elle meurt dans celui de la Villette créé par Mansard, à Condécourt dans l’Oise.

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Chateau de la Villette à Condécourt (Oise). Photo : René Clémenti

 

Elle sera la grand-mère d’Emmanuel de Grouchy (1766-1847) Maréchal de France.

  • Louise Aubry. Je ne connais ni la date de sa naissance ni celle de son décès mais pas mal de choses sur sa vie. Elle épouse le 26 avril 1659 Jacques Ledemé, seigneur du Lude près de Domfront (Orne) lequel décède rapidement non sans lui avoir donné un fils, Jacques 2 Ledemé, seigneur du Lude.  Elle se remarie alors avec Guillaume Le Débotté, seigneur des Jugeries d’une vieille famille de Domfront. Le Lude et les Jugeries sont distants de 7 km à peu près. S’il ne semble plus rien rester du manoir du Lude, celui des Jugeries existe toujours.
Château des Jugeries.

Château des Jugeries. ancienne carte postale

 

Ils habitent Alençon.

guillaume le debotteBlason de Guillaume Le Debotté d’après l’armorial d’Hozier

Guillaume est contrôleur général des gabelles de la ville. Il en deviendra le contrôleur général des finances vers 1685. Comme son beau-père, René 1 Aubry, il se lance dans les forges et achète la grosse forge de la Sauvagère qu’il  transfère en 1678 au « gué du Cleret ». D’après Louis Duval (2), compte tenu des sommes importantes dont il dote ses cinq enfants, sa fortune devait être considérable.

En 1678, Renée Hameau, tante de Louise, la femme de Louis Berryer, demande à sa nièce de prendre la tête d’une fabrique de point d’Alençon.

Dentelle mise au point par Madame de la Perrière, produite par la manufacture royale d’Alençon (crée par Colbert, encore lui),  elle est l’une des plus coûteuse à réaliser et fait maintenant partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

 L’histoire qui s’en suit est celle d’une arnaque de Renée au dépend de Louise. Je met le lien avec le document de la BnF qui en fait le récit ici. Vous n’aurez qu’à lire la suite….

On connaît les blasons de trois des cinq enfants Le Debotté :

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Source : armorial d’Hozier

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Source : armorial d’Hozier

bernard le debotte

Source : armorial d’Hozier

 

On sait aussi qu’ils bénéficièrent de la terre du Lude au préjudice de Jacques Ledemé leur demi-frère (1660-1707) (3). Celui-ci avait épousé Marie Vasse (1646-1717) de plus de dix ans son aînée, héritière du fief de Chères mais dont la famille avait fait de multiples dettes afin de garder son rang. Jacques, déjà dépouillé de la terre du Lude, presque ruiné par le remboursement des dettes de sa femme, trouva une ressource de dernière extrémité en vendant ses bois et en obtenant un prêt de sa grand-mère Louise Berryer, sans aucune aide de sa mère, cela dit en passant. La fortune de la famille continua a péricliter. Peut-être est- ce cela qui retentit sur l’éducation des enfants Ledemé (3). Leur fille, Louise Ledemé, née en 1660, veuve, écrivait très mal le français. Mariée à Charles Denis Chouet de la Gandie, elle laissât ses enfants dont ses fils, tous militaires, sans grande instruction (3).

  • Jeanne Aubry. On sait peu de choses sur Jeanne si ce n’est qu’elle épousa en 1777 paroisse Saint Benoît du Mans, Jacques Aubert, seigneur de Launay, receveur général des gabelles, conseiller à la cour des Aydes. Ils eurent au moins trois filles, Louise, Marie et Marguerite. Les deux dernières entrent au monastère d’Evron (Mayenne) en 1678 et sont dotées par leur oncle René 2 Aubry à cette occasion .
Jeanne Aubry

Source : armorial d’Hozier

La soeur de Jacques, Marie Aubert épousa vers 1645, Jean Vasse et leur fille Marie (1646-1717) épousa donc son cousin Jacques Ledemé cité plus haut. En 1688 ils habitaient le manoir de Chères (ou Cherres) près de Savigné l’Evêque où se situe également la terre de la Barrière dont René  1 Aubry est seigneur.

On trouve trace en 1743 d’une action intentée par Louise Le Demé, leur fille, née en 1690 à Savigné, veuve de Charles-Denis Chouet, écuyer, sieur de La Gandie, contre Marguerite Aubert (sa cousine issue de germains donc), veuve en premières noces du sieur de Saint-Laurent et en secondes de Louis-Zacharie Geré de Vaubois.

 

Bibliographie

(1) Daniel Dessert « Argent, pouvoir et société au Grand siècle ». Fayard ed.1984

(2) Louis Duval « Documents pour servir à l’histoire de la fabrication du point d’Alençon. » Renaut de Broise ed. 1883

(3) Revue historique et archéologique du Maine, tome 2, 1877

(4) Lettre d’un voyageur à l’embouchure de la Seine, Armand Claude Masson de Saint Amand. Guibert ed, 1828

(5) Armorial d’Hozier en ligne sur Gallica

 

J’ai retrouvé l’hôtel de René 2 Aubry

Grâce au très bon blog paris.bise.art qui présente l’histoire de Paris et de ses quartiers, j’ai retrouvé l’hôtel de René 2 Aubry. Contrairement à ce que je pensais l’ancienne rue des Deux Portes est maintenant la rue Dussoubs et non le début de la rue des Archives. Plus précisément il s’agissait autrefois de la rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur.

Au 22 se trouve l’hôtel du receveur des finances Aubry. Il ne se visite pas mais on peut passer la tête dans la cour les jours ouvrés. Une habitante nous a gentiment ouvert la porte. Merci à elle !

hotel aubry

« Datant du XVIII siècle, malheureusement surélevé. Perron en demi-lune à double révolution et rampe ferronnée. Portail accosté de demi-colonnes doriques, supportant l’architrave où alternent des médaillons ornés de motifs végétaux et des triglyphes. Entablement très saillant. Fenêtre centrale du premier étage accostée de pilastres ioniques soutenant l’architrave sculptée de rinceaux et de fleurs et surmontée d’une frise de feuilles et d’un entablement orné de rais de coeur. La large travée centrale, en retrait, coiffée d’une calotte, se raccorde aux travées latérales par des parois convexes. Au rez-de-chaussée, de très larges arcades cintrées logent des fenêtres curvilignes. Abondante décoration : refends, consoles, ferronneries, mascarons, panneaux, … Le perron donne accès au vaste vestibule de l’escalier d’honneur. Porte sculptée de coquilles; de rinceaux et de cornes d’abondance d’où s’échappent des fleurs. Escalier remarquable. Ancien boudoir (Rochegude) (in « Le quartier Montorgueil Saint-Denis », étude réalisée pour l’association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris historique, 1992). Source : Protection patrimoniale 2 ème arrondissement

 

 

hotel aubry (2)En 1780, l’hôtel Aubry devient hôtel de Launay. C’est tout à fait logique puisqu’en 1778 meurt Marie-Françoise Aubry, petite-fille de René II, fille unique de René III Aubry (1682-1740) et de Marie-Françoise David de Villeneuve (1681-1753). Elle a eu un fils de son premier mariage avec André Dastin, sieur du For et un autre de son mariage avec Alexandre Clère de Mazerolle. Ces deux jeunes hommes – dont j’ai découvert l’existence en lisant la plaidoirie de séparation de corps d’avec Alexandre Clere demandée par Marie-Françoise – sont sans doute déjà morts à cette époque (1) car les chroniques disent que Marie-Françoise n’eut pas de descendance. Selon la coutume de Normandie, son titre passe à la branche aînée représentée par Joseph Michel Antoine Aubry de la Noë (1755-1836) qui fera l’objet d’un prochain article. Une partie de ses biens a donc échu aux descendants du deuxième fils de René II, Alexandre Aubry d’Armanville dont la fille, Charlotte Renée Aubry d’Armanville( +1759), a épousé René Jourdan, sieur de Launay (1673-1749).

L’hôtel devient donc de Launay jusqu’à la Révolution. Je ne connaît pas la suite de son histoire.

Je trouve étonnant que le souvenir de l’existence  même de l’hôtel Aubry se soit complètement perdu dans notre branche de la famille sans doute parce qu’elle n’était pas concernée par l’héritage.

 

(1) Un lecteur du blog m’informe que le fils Dastin est né à Caen en 1737 et enterré dans l’Eglise de Basseneville ( Calvados)  sans doute comme ses grands-parents  René III Alexandre  Aubry et Marie Francoise David de Villeneuve qui habitaient le château de Basseneville aujourd’hui détruit.