Jean (1720-1790) et Thérèse « Marguerite » Fraissinet (1723-1778)

Jean est le premier Fraissinet à s’installer à Marseille en 1748 (1). C’est la fin de la guerre de succession d’Autriche qui laisse la marine française affaiblie mais le commerce  maritime français épargné pour l’essentiel. Jean saura tirer parti de la paix revenue. Il est le fils d’Antoine Fraissinet (1693-1760) et de Jeanne Boichon (1692-1782).

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Intérieur du port de Marseille par Joseph Vernet (1714-1789) Musée du Louvre. Paris

Il vient du Languedoc, plus exactement de Sète où son père possède un florissant négoce (article sur Antoine à venir).

Au XVIIl’ siècle le négociant est un homme polyvalent qui fait aussi de l’armement, de la banque, de l’assurance et parfois même, commandite l’industrie. Jean est lui-même négociant. Comme de nombreux Fraissinet, Jean est envoyé en dehors de la base géographique familiale (Sète) afin d’étendre le réseau commercial. A Marseille au milieu du XVII eme siècle, il s’associe aux frères Pierre et Henry Deveer, deux amstellodamois avec qui il partage la direction de « Deveer frères & Fraissinet ». Cette firme renforce des liens préexistants entre la maison Antoine Fraissinet de Montpellier et la maison A. Deveer d’Amsterdam. Forte de ces relations, elle connaît une réussite rapide et figure dès le début de la décennie 1750, aux premiers rangs du commerce marseillais. Au décès de Pierre Deveer, en 1754, la collaboration se poursuit avec sa veuve à travers la création de la maison Veuve Deveer & Fraissinet.  En 1756 Jean crée une filiale à Livourne  mais la guerre de 7 ans commence. Elle aura une forte incidence sur le commerce  puisque l’entreprise fait faillite en 1763 malgré l’arrêt des hostilités cette année là. La maison de Marseille reste très proche de celle de Sète, l’étroitesse de leurs relations se manifestant par la corrélation de leurs difficultés en 1763 quand la faillite de Jean Fraissinet correspond à celle de la maison de son frère Marc à Sète.

Le passif qui s’élève à 637.000 livres révèle une importante maison aux activités nationales et internationales dont le champ d’activité s’étend de la Méditerranée (l’Egypte, Gênes, Sète, Barcelone, Livourne (Jean s’y installe quelques années vers 1756-1758) à l’Atlantique et à la Manche (Cadix, Bordeaux, Rouen) mais surtout à la Mer du Nord (Dunkerque, Amsterdam, Hambourg) et jusqu’à Saint-Pétersbourg (2)

Localement, Jean Fraissinet est en lien avec d’autres négociants protestants:

  • Jean Baux (1716-?), négociant marseillais d’origine Castraise, qui épouse en juillet 1750 Constance Fraissinet (1733-1801), soeur de Jean.
  • Les frères David et Roger Roux, présents en mai 1749, lors de son mariage.

Marc Fraissinet (1732-1801), frère de Jeanvient le rejoindre à Marseille en 1778, avant de retourner à Sète lors de la Révolution.

A Marseille, la population protestante compte environ 2000 personnes en 1785 (pour une ville de 100 000 habitants) (3). Les protestants sont très soudés et se retrouvent non seulement dans les maisons particulières pour célébrer le culte (depuis la révocation de l’Edit de Nantes  les temple sont interdits et/ou détruits) mais aussi au sein de la loge Saint Jean d’Ecosse dont les ramifications européennes et levantines permettent de tisser et de renforcer de nombreux liens commerciaux (4).

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Initiation d’un apprenti maçon au XVIIIeme (d’après Gabanon, 1745) .

En font partie Jean Fraissinet et beaucoup d’autres parmi lesquels je relève Jean-Christophe Hornbostel, Louis Tarteiron de Sète, vénérable depuis 1767, Jacques Seimandy, David Baux, François-Philippe Folsch, Jean Romagnac, Henry Roullet  (4) et (5).

 Cette loge ambitieuse apparaît comme la loge du négoce international, où se rencontrent les hommes les plus influents de la Chambre de commerce, les représentants en vue de l’élite économique régnicole et étrangère. Sous leur impulsion, elle calque son dispositif, ses réseaux sur ceux du port… L’expansion commerciale et l’expansion maçonnique voguent de conserve, les supports de la première soutiennent la seconde, comme les difficultés de l’une contrarient le succès de l’autre. Saint-Jean d’Ecosse est à l’unisson du négoce marseillais jusque dans sa magnificence matérielle, son temple est l’un des plus richement ornés du siècle (5).
Loges filles de Saint-Jean d’Ecosse à l’étranger et dans les colonies: Avignon, Cap Français (Haïti), Constantinople, Gênes, Malte, Palerme, Saint-Pierre de la Martinique, Salonique, Smyrne.

Jean se marie avec sa cousine-germaine Thérèse « Marguerite » Fraissinet (Sète 1723-Marseille, 1778). En la circonstance, Marguerite Fraissinet se voit doter de 20.000 £t de la part de ses parents et de 10.000 £t de Pierre Deveer, chez qui est signé le contrat de mariage.  Marguerite est la fille de Jean Isaac Fraissinet (1690-1749)  et d’Anne Gervais.

Les mariages entre cousins sont fréquents dans le milieu protestant et les mariages  Fraissinet ne font pas exception à la règle. Ce qui est intéressant ici c’est que le mariage est célébré dans l’Eglise catholique Saint Martin de Marseille  (maintenant rasée pour faire place à la rue Colbert) le 7 mai 1749.

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Eglise Saint Martin de Marseille avant sa démolition en 1887 Par Rivalette — Travail personnel. Wikimedia

Comment expliquer cela  puisque les Fraissinet sont des protestants convaincus ?

Après la révocation de l’Edit de Nantes, les protestants ont dû faire le choix d’émigrer dans les pays dits  » du refuge »  ( Pays-Bas, Angleterre, Prusse, Suisse ) ou de se convertir sous peine de persécution ou de mort. Contrairement à une légende familiale (plusieurs personnes m’ont dit que notre branche de la famille avait trouvé refuge en Hollande), c’est la deuxième solution qui est retenue par les Fraissinet de Sète, puis de Marseille (certains de Montpellier partiront effectivement aux Pays Bas). Ils deviennent ce que l’on appelle les Nouveaux Convertis ou bien des « ex adeptes de la R.P.R » (Religion Prétendument Réformée). Cette conversion n’est que de façade : parents, parrains et marraines n’assistent pas ou peu  au baptême de leurs enfants à l’église. Ce qui entraîne des mesures de rétorsion de la part des clercs catholiques. En particulier, le refus de conférer la qualité de  parrain ou marraine ou un refis de sépulture au cimetière catholique.Un permis d’inhumer doit souvent être demandé aux autorités municipales et un cimetière est réservé aux protestants étrangers et R.P.R.

Ainsi:

  • Marguerite Thérèse est  baptisée à l’église Saint Louis de Sète en l’absence de ses parents le 19 avril 1723. Deux personnes représentent le parrain, Isaac Fraissinet, et la marraine, Marguerite de Montguiran, absents eux aussi.
  • A l’inverse le parrain et la marraine de Jean Fraissinet – Jean Boichon (grand-père maternel)  et Françoise Bousquet (grand-mère paternelle) – ne sont pas retenus lors du baptême de Jean, le 23 février 1720, en l’église Sainte Anne de Montpellier car « Nouveaux catholiques »
  • A la mort de Thérèse Marguerite, le 30 septembre 1778, Jean son mari doit présenter une demande de permis d’inhumer car elle est considérée comme protestante (5)…
Les protestants étrangers furent d’abord seuls à bénéficier (du cimetière). Plus tard, en vertu de l’articte 13 de la déclaration royale du 9 avril 1736, les protestants originaires de France furent soumis au même régime et le même cimetière servit pour les uns comme pour les autres. Ce cimetière se trouvait, au XVIIIe siècle, derrière les Accoules. La liste des personnes inhumées entre 1727 et 1788 a été conservée.

Jean décède le 7 juin 1790 à Marseille laissant quatre enfants de son mariage avec Marguerite:

  • Antoine Pierre (1749-1808)
  • Jeanne (1751-1784) épouse de Nicolas Suenson
  • Jean-Marc  (1752-1816)  qui succède à son père à Marseille, époux d’Anne Françoise Bellard (1765-1841)
  • Jacques-Marc (1753-1833) s’établit aux Pays-Bas après son mariage avec sa cousine  Elizabeth Fraissinet Van Arp (1765-1827)

 

Sources

(1) Lionel Dumond, « Maisons de commerce bas-languedociennes et réseaux négociants méridionaux : l’exemple des Balguerie et des Fraissinet (xviiie-xixe siècles) », Liame [En ligne], 25 | 2012, mis en ligne le 05 décembre 2012, consulté le 25 janvier 2017. URL : http://liame.revues.org/282 ; DOI : 10.4000/liame.282

(2)   Eliane Richard, « Un siècle d’ascension  sociale : Les Fraissinet »

(3) Puget Julien, « Les négociants marseillais et la fabrique urbaine, entre désintérêt immobilier et implication politique (1666-1789)‪ », Rives méditerranéennes, 3/2014 (n°49), p. 141-158.

(4) Pierre-Yves Beaurepaire, « Saint-Jean d’Ecosse de Marseille », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 72 | 2006, mis en ligne le 17 septembre 2007, consulté le 25 janvier 2017. URL : http://cdlm.revues.org/1161

(5) Bulletin du protestantisme français (Vol. 59) Janvier-Février 1910. Internet archives

 

 

Une branche Folsch en Australie !

« Si vous vivez dispersés sur une vaste étendue raison de plus pour rester unis par la correspondance  pour garder le contact entre vous sinon, au bout d’une génération seulement, vous deviendrez étrangers les uns aux autres » Auguste Boucherie  16 mars 1931

C’est pour n’avoir pas suivi ce sage conseil, que les descendants de William Henri Grant (1846-1929)  arrière-arrière-petit fils de François Philippe Folsch de Fels ( 1755-1832) et de Marguerite Newenham (1759-1843) immigré en Australie ont perdu tout contact avec leurs cousins français.

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William Henri Grant Marseille 1846-Sydney 1929 Source: whgrant.com.au

C’est aussi l’un des plaisirs donnés par ce blog d’avoir pu les retrouver, un cousin australien étant tombé sur la page consacrée aux Folsch de Fels en surfant sur internet. L’histoire ne s’arrête pas là, en 1907, Auguste Boucherie,  cousin de Charles Grant, le père de William (via sa mère, Caroline Schnell) correspond avec son neveu australien et lui envoie un extraordinaire livre de famille le « black book » où il dresse toute la généalogie des Folsch  et fournit des renseignements dont certains jusque là inconnus par nous, sur les ascendants irlando-britanniques Newenham. Par bonheur, les Grant australiens ont conservé ce document ainsi que les lettres échangées entre Marseille et Paris et les ont mis en ligne. Vous pouvez découvrir toute cette histoire en cliquant ici.

Vous verrez notamment que William Henri Grant émigra en Australie en 1877  (le bateau utilisé pour son voyage le « Dumbar Castle » est représenté en tête d’article) ; il eut 13 enfants de deux femmes  (Mary Chambers(1847-1885) et Francis Anne Hammerton (1855-1943), adopta ceux de sa première femme (deux enfants) et donna comme prénom à plusieurs de ses fils les noms de famille de leurs ancêtres. Ainsi :

  • Albert Richardson GRANT (1888-1978)
  • Folsch Newenham GRANT (1890-1918)
  • Selwood Hammerton GRANT (1894-1956)

Cinq de ses enfants participèrent à la première guerre mondiale et l’un deux, Folsch Newenham,  y laissa la vie.

Je vous laisse découvrir le site des GRANT et les albums qui y figurent c’est un vrai bonheur!

Ces cousins éloignés sont à la recherche de contacts avec leurs cousins français les plus proches i.e. Richardson, Vardy, Hodgson, Hediger, Symonds, Ropp et Grant bien sûr. Si vous en connaissez , merci de laisser un message !

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La maison de WH Grant à Sydney, une maison coloniale typique de la ville. Source : whgrant.com.au

 

Une ancêtre à la Tour de Constance ?

Le 22 septembre 1824, Gustave Edouard Folsch de Fels épouse à Nîmes Rose Léa Bruguière (an XI-1882). Elle est la fille d’Alexandre Bruguière (Saint-Chaptes 1758 -Nîmes 1838) et d’Anne Defaux. Sur cette dernière, je ne trouve rien ( pour l’instant) mais le nom et surtout le lieu de naissance d’Alexandre m’intriguent car Anne Bruguière, née Meynier, est l’une des prisonnières les plus célèbres de la Tour de Constance. Elle était de Saint Chaptes. Y a-t-il un lien entre ces deux personnages?

Pour les protestants, la Tour de Constance à Aigues-Mortes (Gard) est l’un des symboles des persécutions qui ont suivi la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV en 1685. Les fidèles surpris à participer à des assemblées clandestines sont arrêtés, emprisonnés, les pasteurs condamnés à mort. Les femmes ne sont pas épargnées et se retrouvent enfermées dans de nombreuses prisons dont la plus célèbre est la Tour de Constance. Les conditions de vie dans cet édifice construit par Saint Louis en 1242 sont très difficiles. Sans argent ou secours extérieur, c’est la famine.

Grâce au centre de documentation et d’archives du parc National des Cévennes (4) et à l’ACPR ( 5)  je découvre qu’Anne (aussi appelée Marie) Meynier (1705-?), veuve de Pierre Bruguière (1692-<1737)  est la belle-soeur d’Henry Bruguière (1698-1776), le grand-père de Rose Léa. Ce dernier était en 1745 « fermier général des droits et revenus de cette province » – un collecteur d’impôts donc – ce qu’un autre document, antérieur, daté du 17 mars 1733 confirme : il y est présenté comme fermier des équivalents pour le diocèse de Mende (6). Il avait dû monter en grade entre-temps.

Anne est la fille de David Meynier, viguier d’Aigaliers (sorte de juge de première instance) et d’Isabelle Rossel. Son cousin germain Etienne David Meynier, deviendra seigneur de Salinelles, député du Tiers-Etat à la Constituante, maire de Nîmes et finira décapité en 1794. Son neveu, Louis Antoine Bruguière, frère d’Alexandre, sera le premier maire de Saint-Chaptes après la révolution.

Nous sommes donc dans le monde de la petite bourgeoisie cévenole en pleine ascension sociale.

Anne, protestante convaincue, donne le jour en 1726 à Elizabeth sa fille unique. Dès ses 10 ans celle-ci est placée aux frais du Roi dans un couvent du Gévaudan. Est-ce un moyen de la soustraire à une éducation protestante ? D’après une lettre d’Anne Meynier (1), il semblerait qu’il s’agisse aussi d’une sombre affaire de succession. Peu avant sa mort vers 1736, Pierre Bruguière, influencé par son frère Henry, aurait déshérité sa fille au profit de son frère et se serait fâché avec sa femme laquelle se trouva « obligée de quitter la maison« . Henry aurait ensuite intrigué pour que sa nièce soit envoyée au couvent.

Anne Meynier proteste de l’éloignement de sa fille et se plaint des manoeuvres de son beau-frère. En 1741, le Duc de Richelieu accepte qu’Elizabeth soit placée dans un couvent plus proche de Saint-Chaptes et accorde sa sortie en 1743.

Mais dès 1744, Elisabeth abjure sa foi catholique lors d’une assemblée au « désert » (pour la notion de « désert » voire (3)). Prévenu par le curé de Saint-Chaptes ou, selon Anne Meynier,  par Henry – qu’elle accuse de voir d’un mauvais oeil le retour de sa nièce- l’évêque d’Uzès ordonne qu’Elizabeth soit renvoyée au couvent. Celle-ci se cache mais, rattrapée, est enfermée chez les Ursulines.

Sa mère se révolte (5). Elle écrit à Louis Phélypeaux, comte de Saint-Florentin, secrétaire d’État de la « Religion prétendue réformée (RPR)  » sous Louis XV, un mémoire « impertinent »  où elle fait « l’apologie de l’apostasie de sa fille » et donne « ses conseils sur le gouvernement de l’État par rapport à la religion »(2). C’en est trop. Anne est recherchée puis écrouée à ses frais à la Tour de Constance, le 2 juillet 1746.

***

De l’autre côté du mur du couvent d’Elisabeth se trouve la propriété des Trinquelage, famille de notaires. Le sieur Trinquelage (ou Trinquelaigues) a un neveu, Jean, dont Elizabeth a fait connaissance en 1744. Les jeunes gens se plaisent et je ne peux résister au plaisir de copier la suite :

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Source : (1)

« Elizabeth fût obligée de sortir du couvent pour faire ses couches et n’y est plus retournée depuis »(2)

Depuis sa prison Anne Meynier est ravie. Elle et la famille Trinquelage donnent leur consentement au mariage. Cela rend difficile les poursuites contre Jean qui finit par être condamné à donner 50 livres aux pauvres de l’hôpital d’Uzès pour avoir rendu Elizabeth enceinte. Charles, fils naturel du couple, naît en 1747 et les parents finissent par se marier.

Après avoir été l’une des égéries des prisonnières de la Tour, Anne semble plus docile. L’intendant assure, le 4 janvier 1752 qu’elle a souvent témoigné son repentir. Elle est libérée par lettre de Rappel le 23 janvier 1752.

Son petit-fils a 7 ans.

Sources:

  • (1) Jean Gabriel Pieters avec Anne Ancelin  » Elisabeth Bruguière une protestante au couvent« , Le Lien des Chercheurs Cévenols- LCC n° 168.
  • (2) Charles Sagnier « La tour de Constance et ses prisonnières » Lacour ed, Nîmes, 1996 et  la Revue « Itinéraires protestants », tome 2, page 289
  • (3) Site du Musée du Désert
  • (4) Merci au Centre de documentation et d’archives du Parc National des Cévennes
  • (5) Un grand remerciement aussi à l’Association pour la conservation du Patrimoine et de la Ruralité (ACPR) de Saint-Chaptes pour l’aide apportée par ses adhérents pour l’établissement de la généalogie Bruguière.
  • (6) Charles Porée « Le Consulat et l’administration municipale de Mende : (des origines à la Révolution)« , Librairie d’Alphon, Paris, 1901.

Consuls de Suède à Marseille : les Folsch (1735-1881)

Dans la famille Folsch on est consuls de Suède de père en fils.

Henry Jacques Folsch Von Fels, né à Hambourg en 1707 de Henry Jacques ( 1664-1731) et de Elisabeth Reinsbagen (-1731) est d’abord commis chez Philippe Mathias Weber négociant à Hambourg puis part en 1730 travailler chez les frères Butini, négociants à Marseille. C’est un précurseur. L’immigration de négociants allemands à Marseille ne deviendra plus importante que dans la seconde moitié du XVIIIème siècle (1)

Les Butini sont issus d’une grande famille genevoise dont on a des traces dès le XV ème siècle. Jean Antoine Butini (1693-1779), l’un de ses patrons, est consul de Suède à Marseille depuis la création de ce poste en 1731.

La fonction de consul de Suède ( ou de Danemark) ne peut être tenue que par des négociants nommées par le Collège du Commerce (Kommerskollegium). Il est demandé au personnel consulaire de rédiger des rapports en cette langue  et d’appartenir obligatoirement au monde du négoce ….Les consuls du royaume scandinave doivent leurs revenus à cette activité tout particulièrement celle de commissionnaire. ..La grande originalité du système est que tous les navires suédois qui abordent un port d’un département ne paient pas de droits si le consul a la charge de la commission de la cargaison (2) 

Henry Jacques rencontre l’une des filles de Jean Antoine Butini, Anne Elisabeth (1725-1813) et l’épouse à Vandoeuvres (Suisse) en 1745 peu avant ou après la création d’une société  de commerce avec son beau-père sous le nom « Butini & Folsch ».

Il devient consul en 1753 en remplacement de son beau-père puis consul général en 1780.

De son mariage avec Anne Elisabeth, Henry Jacques aura 9 enfants dont 6 meurent en bas-âge.

Sur les trois survivants,

  • Jeanne Louise  épouse en 1722 Jean-Christophe Hornborstel, négociant, autre allemand arrivé à Marseille vers 1753 qui ne retourne à Hambourg qu’en 1771 et ne paraît pas avoir renouvelé ce voyage
  • Francois Philip (1755-1832), négociant, devient consul de Suède à son tour.
  • Mariette, née en 1756, sur laquelle je n’ai pas d’autre information.

« À l’exemple des grandes dynasties négociantes suédoises, certaines familles ou groupes familiaux monopolisent les postes consulaires…Il est très fréquent que l’on se succède de père en fils …. Il se constitue de véritables réseaux de consuls négociants scandinaves. À Marseille, dans les années 1780, Jacques Fölsch, consul de Suède, est associé avec son gendre Jean-Christophe Hornbostel. Le frère cadet de ce dernier, Nicolas Hornbostel, est associé dans une autre affaire négociante avec Lars Lassen, consul du Danemark dans la ville provençale. »(2). On peut rajouter que François Philip de retour à Marseille en février 1780 après un long voyage de formation (voir encadré) s’associe à son tour avec son beau-frère Hornborstel,  après la mort de son père le 12 avril 1780. Le 6 juin, il prend la charge de consul de Suède. Il sera nommé consul général en 1783. Il s’acquittera fort bien de sa tâche puisqu’il est nommé Chevalier de l’ordre royal de l’Etoile Polaire en 1818.

La formation d’un jeune consul

François Philip part, à 12 ans, faire des études au séminaire d’Hadenlstine près de Coire (Grisons). Il y reste 4 ans et revient à Marseille en juillet 1771 pour travailler chez son père au comptoir « Buttini, Folsh et Hornbortel » jusqu’en 1776
Parti à Genève chez son grand père maternel, il y passe trois mois avant de revenir à Marseille où il reprend le même travail avant de partir pour la Suède le 27/10/1777 via Nîmes, Montpellier, Lyon, Strasbourg, Francfort, Hambourg, Stralfund où il embarque et arrive le 25/12 à Ystad en Scanie.
Repart le 10/06/1779 de Stockolm pour Marseille via Noorköping, Jönkoping,uddewala et Gothembourg en Suède, traverse le Subd passe par Copenhague, Flensbourg, Lübeck, Hambourg, Brême, Hanovre Francfort, Strasbourg, Bâle, Berne, Geneve où il arrive le lendemain de la mort de sa grand-mère (3) .

Un exemple des multiples tâches des consuls de Suède à Marseille nous est donné par Pierre Yves Beaurepaire (5) à propos de la circulation des oeuvres d’art et des objets précieux.

« La correspondance des Fels avec les collèges royaux de la chancellerie, du commerce et des affaires étrangères, recèle des informations importantes concernant les commandes princières. En effet, la commande passée, il faut en suivre l’exécution et l’expédition dans une Europe dont on oublie trop souvent qu’elle est, au XVIIIe siècle, en guerre, trois années sur quatre.
Par ailleurs, la course barbaresque demeure un véritable obstacle à la navigation et nécessite l’intégration d’un surcoût représenté par l’obtention d’un sauf conduit, sans compter la récurrence des poussées pesteuses. Le rôle des puissances neutres est donc essentiel pour assurer la continuité des échanges, et François Philippe Fölsch a notamment soin de le mettre systématiquement en avant. Il approvisionne via ses contacts à Alger (deuxième poste consulaire suédois ouvert en Méditerranée, après Livourne, mais avant Marseille) la cour et l’aristocratie suédoise en produits exotiques, tels que plumes d’autruche ou chevaux arabes« (5).

François Philip avait épousé en 1783 (contrat) le mariage étant célébré à Marseille en 1788 Marguerite Newenham fille d’Edward Newenham ( 1732-1814), en photo, député unioniste d’Irlande du Nord dont vous trouverez facilement la biographie sur internet. edward newenhamCe mariage montre l’existence d’un véritable réseau  international de familles de négociants (4).  François Philippe eut 6 enfants dont cinq filles. Toutes (sauf Marguerite Maurette décédée à 12 ans) se marient à des membres de la société protestante.  La religion est en effet un lien puissant entre tous ces négociants venus du Nord mais pas seulement. Il faut y ajouter la franc maçonnerie. Tous les Folsch font partie de la loge écossaise de Marseille où ils retrouvent, d’ailleurs, des Fraissinet. « Les négociants représentent alors l’élite commerciale, le sommet de la pyramide socioprofessionnelle. Ce nom est d’ailleurs apparu à Marseille, dans son sens plénier, avec les premières années du XVIIIe siècle exprimant une volonté de discrimination d’avec les bourgeois, non commerçants, et les marchands, catégorie d’un rang inférieur même si, parfois, les limites sont peu sensibles. Pour les négociants, «gens de loge tenant banque », aucune confusion n’était possible« (1) . L’Europe des Lumières passe par les réseaux de négociants et les loges ainsi que le montrent également les travaux de Pierre Yves Beaurepaire (6).

Francois Philippe meurt sans douleur à Marseille le 25 janvier 1832 entouré de sa famille. Il avait eu deux attaques le 19 janvier après lesquelles il ne repris pas connaissance.

Le seul fils de François Philippe, Gustave Edouard, est né à Marseille le 7 octobre 1787.

Il ne devait pas être présent lors de la mort de François Philip puisque la chronique familiale nous raconte qu’il fait exhumer la dépouille de son père le 28 février, en présence de Marion Dhombre, Mme Schnell et Ulrich Schnell afin de le reconnaître et lui dire un dernier adieu. C’est quand même un signe peu banal de dévotion filiale.

François Philippe sera ensuite inhumé dans un caveau neuf hors les murs de la Porte d’Aix.  » L’ouverture au midi est fermée par une pierre de taille et recouverte de terre ».

Une édition de sa correspondance est en préparation (6)

Négociant, Gustave Edouard, reprend l’activité consulaire de son père, devient consul de Norvège en 1832  puis gère le consulat général de Russie pendant la guerre de Crimée 1854-1856.

Pour ces activités il est nommé Chevalier de Wasa en 1813, Chevalier de l’Etoile Polaire en 1818 et en 1856, chevalier de 2nd classe de St Stanislas de Russie, chevalier de 3eme classe de l’aigle rouge de Prusse et commandeur du Nicham.

Administrateur de la caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône, dont son oncle Jean Christophe Hornbostel avait été nommé directeur lors de sa création en 1821, il semblerait qu’il en soit devenu également le directeur.  Il était membre du consistoire de l’Eglise Réformée et de plusieurs sociétés savantes.

Le 22 septembre 1824 à Nimes, il épouse Rose Lea Bruguiere (an XI-1882). Les Brugière ont une histoire intéressante qui fera l’objet d’un prochain article.

Trois enfants  sont issus de cette union:

  • Anna Eugénie (1826-1893) épouse Jules Theodore Frisch (1818-1895) courtier maritime, vice-consul du Danemark à Marseille.
  • Elodie  qui meurt à 4 ans en 1840
  • Charles Henry né le 17 juillet 1827 à Marseille

Gustave Edouard meurt à Marseille le 24 décembre 1865 après cinq jours de maladie.

Charles Henry (1827-1899).

De 1842 à 1846, Charles Henry fait ses études à Uppsala où il loge chez le baron Von Kroemer gouverneur de la ville .
Rentré à Marseille fin 1846,  il travaille dans la maison de commerce de son père mais doit la liquider à la suite d’un revers de fortune en 1875.

Négociant, admistrateur de la baisse d’épargne en 1868, consul de Suède, Norvège et Danemark- fonctions dont il démissionnera en 1882 et 1883 (Danemark)- Chevalier du Dannebrog en 1867, de Wasa en 1869. Secrétaire de la société Internationale de secours aux blessés des armées de terre et de mer (section de Marseille) jusqu’en 1871, il obtint la médaille de bronze pendant la guerre et fut, comme son père, membre du consistoire de l’Eglise Réformée de Marseille.

Il épouse le 4 novembre 1853 Anne Justine Jackson (1834-1915) dont il aura 4 enfants :

  • Alice Eugénie (1854-1900) mariée à Adrien Fraissinet (1843-1918),
  • Anna Mathilde (1859-1886)
  • Charles Edouard (1866-1919) marié à Gilberte Camille Rabaud (1862->1914)
  • Charles Gustave décédé à 12 ans en 1876

Il meurt le 31 décembre 1899 d’une plaie gangréneuse à la jambe occasionnée par le diabète. Il est inhumé à St Pierre dans le caveau de famille.

Il fut le dernier consul de Suède de la dynastie Folsch de Fels, poste occupé sans interruption par la famille de 1731 à 1881  soit 150 ans.

villa Fraissinet Edouard Bd Joseph Vernet ancienne demeure des Folsch à Marseille

Villa d’Edouard Fraissinet avenue du parc Borely, ancienne demeure des Folsch à Marseille

 

SOURCES

(1) Gilbert Buti, « Négociants d’expression allemande à Marseille (1750-1793) », Cahiers de la Méditerranée [Online], 84 | 2012, Online since 15 December 2012, connection on 13 January 2016.

(2) Pierrick Pourchasse,  » Les consulats, un service essentiel pour le monde négociant : une approche comparative entre la France et la Scandinavie » In : La fonction consulaire à l’époque moderne : L’affirmation d’une institution économique et politique (1500-1800). Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2006 (généré le 13 janvier 2016)

(3) Archives familiales de Thomas Sauvaget

(4) Victor N Sakharov « Merchant Colonies in the Early Modern Period »

(5) Pierre Yves Beaurepaire  « Pour une approche historique de la diplomatie culturelle et artistique au siècle des Lumières » communication présentée lors du colloque international des 27 et 28 septembre 2012, au Petit Palais, Paris, organisé en mémoire de Jean Nérée Ronfort.

(6) Pierre-Yves Beaurepaire, Gustaf Fryksén, Silvia Marzagalli et Fredrik Thomasson (éd.), Un consul suédois en Méditerranée. La correspondance de François Philip Fölsch, consul à Marseille (1780-1804), Paris, Classiques Garnier, Les Méditerranées, à paraître en 2016.