Fimbel. Le carnet noir (4). Appauvrissement ?

« Le 27 mars 1700 à Blodelsheim après décès de Anna Maria VONESCHErin il a été procédé à un inventaire des biens qui dit que Hans Georg FIMBEL est bourgeois de Blodelsheim, que sont patrimoine est répertorié et comprend une demeure, grange, écurie, des biens mobiliers, du matériel roulant et agricole etc. »(1) L’aieul avait donc du bien.

Par contraste voici ce que note son petit fils Franz Xavery à propos de son père, Ignace Francois petit-fils de Hans Georg

« Description du mobilier et autre que moi, Xavery Fimbel, ai réservé à mon père le 10 janvier 1845, à vie ou jusqu’à sa mort.
Premièrement un lit complet avec matelas, paillasse et bois de lit.
2- 8 costumes, 8 [Zichen??], et 13 draps de lit
3- 4 nouvelles serviettes
4- une poire à lavements [??]
5- une table en bois de cerisier
6- 3 chaises en bois de cerisier et 3 vieilles chaises
7- une boîte en bois de noyer
8- une petite table de nuit
9- un récipient de cuisine avec compartiment pour vaisselle
10- un moulin avec couvercle
11- un setier
12- une chaise de toilette
13- un grand baquet et deux petits, un chaudron et un drap pour cendres
14- 10 barils, un de 43 ohm [150 litres, ndlt], un de 31, un de 22? Un de 9, un de 7, un de 5, un de 3? Un de 2 et un de 1 ohm et un entonnoir
16- 16 cuves
17- 2 bacs à herbes, un de 8 ohm et un de 5 ohm
18- une brouette
19- deux vieux bois de lit, un bon lit, deux vieux. Une bonne paillasse et deux vieilles, et un matelas.
20- un robinet à vin »

A la génération suivante, à la mort de Franz Xavery, son fils Ignace qui lui a succédé à la forge note :
« Du mobilier que mon père a eu toute sa vie: premièrement 8 costumes, 8 [Zichen??], et 13 draps de lit.
2- 4 nouvelles serviettes
3- 2 chaises et le fauteuil, une petite table de nuit, une boîte et une table en bois de sapin.
4- une couverture de laine
5- une bible »
Petit fils et arrière petit fils de Hans Georg étaient donc appauvris. Sans doute l’effet de la natalité de la natalité débordante et de la structure familiale.
D’après A. Wahl (2) , les catholiques (alsaciens) sont groupés en une société hiérarchisée de gros propriétaires-exploitants, avec familles surchargées d’enfants avec de nombreux adultes au foyer ( qui ne se mariaient pas). » Hans Georg ayant eu 18 enfants on se doute de la difficulté à survivre de ceux qui n’héritaient pas de la terre. Dans cette optique, le maréchal ferrand, indispensable à la vie du village ne s’en tirait pas si mal.

 

Sources:

(1) Emile DECKER – Blodelsheim 2003 sur page web du CDHF consacré à Blodelsheim.

(2) Wahl Alfred. Patrimoine, confession et pouvoir dans les campagnes d’Alsace, 1850-1940. In: Études rurales, N°63-64, 1976. Pouvoir et patrimoine au village – 1. pp. 235-245.

 

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Fimbel : Le carnet noir (3)

A la lecture du carnet noir je suis frappé par la faible importance des événements historiques nationaux à peine mentionnés.
Dans son petit village d’Hattstatt, Francois Xavier (1779-1852)  a traversé:
– La révolution de 1789. « En 1788 le froid fut à nouveau tel que le Rhin gela et qu’on le traversa en chariot pour atteindre Vieux-Brisach. La même année débuta la Révolution française. »
– La guerre contre l’Autriche en 1792. Pas de mention.
– La fin de la campagne de russie et l’arrivée des cosaques venus en renfort des autrichiens (1804). Pas de mention.
– La confédération du Rhin (1806-1813)
« Forgeage pour les troupes alliées que moi, Xavery Fimbel, forgeron à Hattstatt, ai livré et fait quotidiennement: Le 29 juin 1811 j’ai livré 50 nouveaux fers à cheval à 15 sols l’unité…..37*10c
Le 30 juin j’ai posé 10 fers, 8 de la commune …3*10c
Le 31 juin j’ai posé 18 fers pour les cuirassiers. Ils sont de plus venus chercher du pain et du vin. 4 morceaux de la commune……………………………..7*8c
Le 4 juillet j’ai posé 2 fers……1*10 »

– Le complot de la charbonnerie à Colmar tout proche. Pas de mention.
– Le réaménagement du cours du Rhin ( 1820-1846). Pas de mention.
– La restauration. Pas de mention.
– L’arrivée de Napoléon III. Pas de mention.

Son fils, Ignace (1817-1866) est plus bavard et mentionne lui la crise économique grave de 1847 qui déboucha sur des émeutes de la faim durement réprimées.
« Description 1847
La hausse des prix a continué en 1847 jusqu’à ce que le quart de blé ait augmenté jusqu’à 55 francs. Et ainsi l’un après l’autre – une miche de pain noir coûtait 26 sous, et les pommes de terre sont montées à 15 francs. De plus la même année chez nous les vignes ont gelé, fin 1846 le 9 et 10 décembre, en une nuit, mais le deuxième [Gelend??] est resté bon, et au printemps il y a eu tellement de semence, on avait jamais vu les vignes si hautes. Mais ce qui s’est passé c’est que comme on a eu un si bon printemps, déjà en mai il a fait plus chaud que le plus chaud des étés. Et le 29 mai il y a eu un lourd orage et de midi à 2 heures la grêle est tant tombée, de mémoire d’homme on n’avait pas vu tant de destruction et de perte. Après la récolte tout est devenu bon marché. La miche de bain a baissé à 7 sous et les pommes de terres à 18 sous. Chez nous il n’y a eu que très peu de vin, mais de bons fruits et il y a eu plein de nourriture et il n’y eut pas d’hiver froid. »
Les élections de 1848 et la naissance de la seconde république sont mentionnées par «  En l’an 1848 le 24 février nous sommes devenus une république, il y a eu de grandes émeutes dans le pays parce que comme le pays a beaucoup de dettes tous les citoyens ont dû payer 9 sous, dans tout le pays. »

 

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Fontaine Sainte Colombe construite en 1845 alors que François Xavier et Ignace Fimbel vivent au village.                                         Source: Ralph Hammann CC BY-SA4.0 http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0 via Wikimedia Commons

La préoccupation économique, le souci de la dépendance aux récoltes restent constants et prévalent sur la politique.

« Ensuite il y eut à nouveau des élections, le 13 mai 1849 pour 700 députés qui partirent à Paris et sont payés 4000 francs par an. Louis Napoléon a été élu président du peuple. La même année, il y eut pas mal de blé, beaucoup de foin et de légumes et du vin mais en quantité négligeable.
1850 la même année qu’en 1849 il y eut suffisamment de tout sauf de pommes de terre qui sont devenues noires. Il y eut du vin mais pas tellement et ça a peu convenu.
1851 fut une mauvaise année, une année infernale, il plut tout le temps, tout ce qui a poussé était faible et les pommes de terres étaient à nouveau noires. Il y eut du vin mais aussi peu qu’en 50. 1852 et 1853 furent en tout point comme les deux années précédentes, la dernière cependant était encore plus humide. Le foin et les fruits n’ont pas pu être rentrés à cause de l’humidité, mais les pommes de terre ont bien poussé, et le vin est devenu un peu meilleur, à peu près comme celui de 1849, mais en très petites quantités parce que les vignes fleurirent mal à cause de la pluie. La même année Louis Napoléon fut fait empereur. »

En définitive on n’apprend malheureusement rien sur les fêtes de famille, la vie du village d’Hattstatt, les relations avec les voisins, les protestants ou  les autorités locales. On perçoit seulement la dureté de la vie et  la dépendance totale à l’agriculture locale.

Hélène Costes (1881-1941)

Marie Rose «Hélène » Costes est née en 1841. Son père, Augustin Martin Costes (1814-1898) est économe du lycée. Sa mère se nomme Jeanne Célestine Lescale (1828-1909) fille de Jean-Baptiste Lescale (1777- 1841) et de Marie Rigal (1792-1869). Jean-Baptiste est receveur de l’Enseignement puis contrôleur à Penne, un petit village médiéval du Tarn. Tout ce petit monde naît et meurt à Cahors.

Sourde à la fin de sa vie, Hélène vivait à Marseille au deuxième étage de l’immeuble de la rue Saint Jacques où son fils exerçait la médecine. Après la mort de celui-ci elle emménagea à Lafarre-les-Oliviers dans une maison de retraite où elle mourut en 1936 y laissant ses meubles et le portrait de son mari Louis Ignace Fimbel (1848-1912) peut-être celui que que l’on aperçoit ici sur le mur.

Hélène Coste

Hélène Coste à la fin de sa vie Credit photo : I Haynes

Ma mère se souvient qu’elle avait gardé une grande amie de Cahors qui venait la voir à Marseille et, plus tristement, qu’elle ne pouvait s’arrêter de pleurer lors de l’enterrement de son fils, Maurice, mort avant elle en 1938.

Sa vie de mère fût difficile : des cinq enfants qu’elle eût avec son mari, trois moururent en bas-âge et un autre, donc, quatre ans avant elle.

Je sais peu de choses sur la famille Coste (ou Costes l’orthographe varie). D’après les renseignements trouvés sur Geneanet, le père d’Augustin Martin, Jean-Francois (1782-1848), est dit marchand (de quoi?) propriétaire à Lagrave près d’Albi, tout comme son père Jean Antoine (1753-1841) et son grand-père Jean-Pierre (1715-?). Ce dernier étant lui, marchand à Labastide-de-Levis anciennement la Labastide de Montfort, petit bourg situé à quelques kilomètres de Lagrave.
Jean Antoine Costes meurt à Lagrave mais était né à Labastide-de-Levis.

 

Il faut remonter au père de Jean-Pierre, Bernard (1670-1743), pour trouver une racine paysanne puisque Bernard est dit «laboureur du masage du Vignié, paysan », métiers que l’on retrouve pour :

  • son père Bernard dit « le vieux » (1626-1686) ,
  • son grand-père Bernard (1580-1631),
  • son arrière-grand-père Jean (vers 1550-1622)

qui étaient, eux, laboureurs au masage des Costes sive de Gauzide, d’où, je suppose, leur nom de famille.

Carte de Labastide-de-Lévis et de ses environs

Carte de Labastide-de-Lévis et de ses environs. Données de carte: Google, 2016

Une petite recherche Google m’apprend que le site de Gauzide un peu à l’écart du village existe toujours et vient d’être loti.

On remarque un peu plus au Nord  le lieu-dit Le Vignal, était-ce autrefois Le Vigné ?

Les Costes sont une famille paysanne mais, grâce à l’aide trouvée sur Généanet, c’est celle que l’on  trace le plus loin: 1550 presque les débuts de l’Etat civil. C’est assez impressionnant.

Les Costes se marient avec des jeunes filles du coin et les voilà donc alliés aux Maillol, Poujade, Galaup, Delmur, Reynaud (ou RAYNAUD), Chaynes (elle vient de Lagrave) et Calmes.

Cette famille traverse les grands événements de son temps, les guerres de religion ou l’épidémie de peste de 1630 -1631 qui ravage Languedoc et Provence.

Atteint de ce mal, Bernard (1580-1631) fait son testament le 25 août 1631 et décède. Sa veuve, Jeanne Poujade, enceinte, craignant d’être elle-même atteinte de la maladie, teste à son tour le 27 août. Mais elle survivra et François, leur dernier enfant, naîtra le 29 février 1632, six mois après le décès de son père.

Un Léon Costes exerce comme médecin à Lagrave vers 1905. Maurice Fimbel le connaissait-il ? En tout cas ma mère se souvient d’avoir entendu prononcer le nom de Lagrave et suppose qu’Hélène s’y était retiré avant d’habiter chez son fils.

Une Mona écrit de Lagrave en 1920 et transmet les pensées de « Maman, Maria et tante Suzanne ». Je retrouve une Suzanne Lescale née en 1888, fille de Paul Lescale enseignant en droit au lycée de Cahors. Compte tenu de la proximité des lieux et des professions (Augustin Martin travaille aussi au lycée) il doit s’agir de cousins mais je n’arrive pas à établir d’autres liens.

Les Costes sont de fervents catholiques. Notons que le premier monastère féminin bénédictin de Gaule est fondé à Lagrave en 614. Si un prêtre concordataire, Joseph Hippolythe Costes (1787-1829) fils de Jean Antoine Costes et Marie Chaynes (1757-1815), mes aïeuls directs, prête serment en 1792, deux prêtres réfractaires du nom de Costes existent dans les archives du Tarn mais il ne m’est pas possible de les lier directement avec la famille.

Infos sur Labastide de Lévis. http://labastide2levis.free.fr

Sur l’église. voir lien

Les Fimbel : une famille de musiciens.

Maurice Fimbel (1881-1938), médecin, était fou de musique. Il avait trois pianos chez lui: un demi-queue, un piano droit dans le salon et un autre piano droit dans sa chambre et organisait régulièrement des concerts, certains avec des cantatrices.

Tous ses enfants devaient apprendre le solfège avec la méthode Leyat sous la férule de Monsieur Lopez. Comme chaque enfant faisait de mauvaises notes au même endroit et que son cabinet de médecin se trouvait dans la maison, Maurice, furieux, quittait alors son bureau pour gronder le malheureux, voire, pour les garçons, leur donner une fessée. Méthode éducative un peu particulière….
La méthode Leyat prônée par Maurice, avant-gardiste sur ce point, était très bizarre.

Wikipédia la décrit ainsi : «  Marcel Leyat a inventé en 1927 une méthode d’apprentissage de la musique alternative au solfège. Cette méthode était incluse dans une méthodologie plus large qui regroupe ses disciplines de prédilection, appelée MALLER pour ‘Méthode Analytique Logique Leyat d’Éducation Rationnelle’, et qui se compose de quatre parties : la sonologie, la logologie, la cogitologie et la locomotologie. Le système de transcription de la musique est basé sur des partitions représentant graphiquement les touches d’un piano, un trait noir couvrant la touche à jouer, la longueur du trait déterminant la longueur de la note. Il fait construire un piano portant la marque Leyat, doté d’un clavier de 85 touches. Il construit également un autre clavier de piano doté de touches alternativement blanches et noires. Leyat instruit à cette méthode sa fille Odette qui donna le 29 octobre 1929 une représentation à la salle Molière à Lyon. »

Le résultat de cette méthode semble que, sur six enfants Fimbel, seulement deux restent capables de lire la musique.
Il y avait beaucoup de disques chez Maurice et ma mère se souvient particulièrement de ceux de Dinu Lipatti, un pianiste roumain.

Robert (1893-1949), frère de Maurice, était titulaire de l’orgue à l’abbaye de Ligugé où il était moine.

Robert Fimbel

Dom Robert Fimbel

 

Cet amour de la musique avait été nourri par leur père, Louis Ignace FIMBEL  (1848-1912) qui fût organiste à la cathédrale ND de l’Annonciation de Moulins et professeur de musique dans la même ville puis à Thiers.

Louis Ignace Fimbel (1848-1912)

Louis Ignace Fimbel
(1848-1912)

 

La revue « Le ménestrel » de 1833 relate:

« La Société Symphonique de Moulins vient de donner un intéressant concert. Le programme se composait d’oeuvres de Rameau, Haydn, Beethoven, Mendelssohn, ..Massenet,., Widor et Salvayre. Habilement dirigée par M. Louis Fimbel, qui a reçu une véritable ovation comme pianiste dans le concerto en sol mineur de Mendelssohn »

L’une des élèves de Louis était Hélène Costes (1851-1941), fille de l’intendant du lycée de Moulins. Il l’épousa en 1872.

Louis avait un frère, François (1854-1916), violoniste, lui aussi professeur de musique à Moulins et tenant un magasin de musique près de la cathédrale.

François Fimbel (1854-1916)

François Fimbel
(1854-1916)

Marie-Laure (1897-1969), fille de François, était violoniste et André (1895-1975), son frère, était luthier. Il avait repris la boutique de son père où il installa d’autres instruments puis des phonographes. Il envoya à ses neveux de Marseille l’un des premiers tourne-disques en forme de « jambon » puis, deux ou trois ans après, un tourne-disques portable inséré dans une petite valise. Une merveille qui servit de base à leurs surprise-parties.

Marie Laure Fimbel et Juliette de la Noe

Marie Laure Fimbel et Juliette de la Noe. 

Ma mère se souvient des visites d’André et François à Marseille. André possédait un grand chapeau noir d’artiste, une lavallière noire et une canne montée sur une colonne vertébrale de requin qui l’impressionnait.

Louis et François Fimbel avaient été formés à l’école de musique religieuse de Louis Niedermeyer, fondée en 1853 et située alors à Paris, Passage de l’Elysée des Beaux Arts, près de la place Pigalle.

«  Cette école, destinée à former les organistes et maîtres de chapelle en étudiant la musique sacrée, ainsi que les chefs d’oeuvre classiques des grands maîtres des X°, XVI° et XVII° siècles, était fort connue des alsaciens. Sa renommé était certainement parvenue aux oreilles d’Antoine Boëllmann dans sa pharmacie d’Ensisheim, fréquentée par de nombreux alsaciens de la région. Justement, non loin de là à Gundolsheim, Soultz, Rouffach, Hattsatt, Soultzmatt notamment, plusieurs jeunes artistes originaires de ces villages sont en train de terminer leurs études à l’Ecole Niedermeyer ou en sont fraîchement sortis pour mener une carrière de musiciens accomplis : Jérôme Gross, l’un des futurs successeurs de Gabriel Fauré à l’orgue de choeur de Saint-Sulpice; Joseph Eberling, titulaire du grand orgue de la cathédrale de Selestat depuis 1870, où il succédait à Nicolas-Joseph Wackenthaler, un autre alsacien issu de la même école; Jean-Baptiste Bischoff, maître de chapelle de la cathédrale de Rodez depuis la même époque; Louis et François Fimbel, organistes à Moulins; Jean-Baptiste Elminger dont le frère exerce à Mortain…« .(2)

« La musique ? nous en étions imprégnés, nous y vivions comme dans un bain, elle nous pénétrait par tous les pores.(…) L’École réunissait des élèves de tout âge. Ainsi avait-on pu créer un cours de chant simultané dont les exercices étaient strictement consacrés à l’exécution des œuvres de Palestrina, de Vittoria, d’Orlando Lasso ou de Bach et de Hændel. À cette époque, les chefs-d’œuvre de Bach, qui constituaient notre pain quotidien, n’avaient pas encore pénétré dans la classe d’orgue du Conservatoire. Avouerai-je que la dignité, la sévérité de l’enseignement que nous devions à la ferme et cependant si paternelle direction de Niedermeyer nous rendait peut-être un peu vains, un peu pédants et que, s’il arrivait qu’on qualifiât devant nous le Conservatoire de « mauvais lieu de la musique », nous ne protestions pas ? » Gabriel Fauré à propos de l’école Niedermeyer

Dès leur enfance, Louis et François purent entendre l’orgue de Sainte Colombe, l’église de Hattstatt, (XI ème siècle,)  acquis par la commune en 1834. L’Alsace est un haut lieu de l’orgue et des facteurs d’orgue.

Hattstatt-4861

Eglise d’Hattstatt (XIème siècle) « Hattstatt-4861 » par Psu973 — Travail personnel (1)

Est-ce qu’Ignace Fimbel, le maréchal-ferrand d’Hattstatt, leur père avait aussi cet amour de la musique ? En Alsace, il est de tradition que chaque famille ait un violon et que l’aîné en hérite. Le seul héritage actuel semble être la baguette honorifique de chef d’orchestre de Louis Ignace dont je rêve de pouvoir mettre ici la photo…

 

Plus d’infos sur Niedermeyer:

(1) Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hattstatt-4861.jpg#/media/File:Hattstatt-4861.jpg

(2) http://www.musimem.com/boellmann.htm

Le carnet noir Fimbel (2) Astrologie sidérale

astrologie siderale

Francois Ignace FIMBEL (1779-1852), le maréchal-ferrant d’Hattstatt était intéressé par l’astrologie. Dans son livre de raison il mentionne le signe de naissance de chacun de ses enfants mais en se référant à des signes qui ne correspondent pas aux dates des nôtres. Renseignements pris, il s’agit de dates correspondant à l’astrologie sidérale, c’est à dire une astrologie qui tient compte des positions actuelles des astres dans les planète i.e. de la constellation qui faisait face au soleil au moment de la naissance. Cette position a changé depuis la définition des signes astrologiques ce qui fait qu’un Verseau par exemple, est souvent en réalité Capricorne.

Pourquoi un tel intérêt de Francois Ignace pour l’astrologie ? Vivant à la campagne il devait pouvoir reconnaître dans quelle constellation se levait le soleil mais pourquoi l’a-t-il mentionné ? Ce type d’astrologie, peu répandu à notre époque, était-il courant au XIX ème siècle ? Je me souviens d’un de mes oncles FIMBEL me parlant avec force de la bêtise de l’astrologie «classique » qui ne correspondait pas au ciel réel. En avait-il déjà entendu parler par son père? Mystère.

En l’an de Dieu 1846, le 25 août au soir à 9 heures est venue au monde Maria Louisa Fimbel, notre première fille, dans le signe de la balance (normalement ce serait la Vierge). Son parrain fut Sebastian Abtey le jeune et sa marraine Franzischka Biechy sœur de mon épouse, tous deux d’ici.

En l’an de Dieu le 1er août 1848 au matin à 8 heures est venu au monde Louis Ignace Fimbel, notre premier fils, dans le signe de la vierge. Son parrain fut Joseph Biechy, frère de mon épouse, et sa marraine est Maria Anna Fimbell, ma sœur.

En l’an de Dieu le 11 décembre 1850 est née notre deuxième fille, au soir à 11 heures dans le signe du poisson, au nom de Adelhaïd. Son parrain est Joseph Biechy, frère de mon épouse, et sa marraine est Maria Anna Weibel, cousine de mon épouse. Le 10 juillet 1850 cet enfant est mort de convulsions.

En l’an de Dieu le 13 octobre 1852 est venue au monde notre troisième fille, au matin à 7 heures dans le signe de la balance, et nommée Julia ou Julli. Son parrain est Sebastian Abtey le jeune et sa marraine est Maria Anna Fimbel, ma sœur, tous deux de Hattstatt.

En l’an de Dieu 1854 le 30 novembre dans le signe du bélier est né notre deuxième fils, nommé Andreas Franciscus Xavery, le soir à 10h. Son parrain est Joseph Biechy, frère de mon épouse, et sa marraine est Catarina Leimbach, enfant de ma sœur, tous deux d’ici

Image : Signes_astronomiques_et_astrologiques.svg: Trex derivative work: Leovilok (Signes_astronomiques_et_astrologiques.svg) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.orDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html)%5D, via Wikimedia Commonsg/licenses/by-sa/3.0) or GF

Le carnet noir Fimbel (1)

 

Il y a quelques années après le décès de son père ma cousine a trouvé le carnet noir dont il m’avait parlé.
Ce carnet retrace le journal de Franz Xavery Fimbel (1774-1852) fils d’Ignace Francois (1722-1799, petit-fils de François (1684-? ) et de son fils Francois Ignace (1817-1866). Comme on voit l’imagination pour les prénoms n’était pas de mise puisque les fils de Francois Ignace (1817-1866) se nomment Louis Ignace et André Francois Xavier. Quand aux filles à chaque génération une Anne-Marie ou une Marie-Anne !!

Le carnet dit « Livre de raison » a été complété et recopié par Julia Heyberger (1852-1924) mon arrière-grande tante.

heyberger fimbel

Photo de la tombe de Julie Heyberger née FIMBEL à Hattstatt. Source : CDHF (2006 – JRB)

 

Une rapide consultation de wikipédia m’apprends qu’un «  Un livre de raison (du latin liber rationis ou liber rationum, c’est-à-dire « livre de comptes ») est un registre de comptabilité domestique comportant également des notations à caractère familial ou local. Tenu par le père de famille, il constituait un aide-mémoire pour l’auteur, mais il était principalement destiné à renseigner ses héritiers. Fréquemment, un même livre de raison se transmettait de génération en génération, chaque chef de famille le tenant à son tour. »

C’est exactement le cas de celui-ci qui mêle renseignements domestiques, événements, comptabilité.
Il est écrit en alsacien et je n’y comprends rien. Je pars donc en quête d’une personne parlant suffisamment bien allemand pour pouvoir ne pas être perdue en alsacien.
Au bout de quelques temps, la traductrice est trouvée et la traduction arrive. Je l’envoie à tous les cousins FIMBEL.

Le texte raconte la vie difficile d’un petit artisan maréchal-ferrand de Hattstatt dont le revenu dépend des saisons ( donc de ce que gagnent les paysans) et des passages dans le village, notamment ceux de l’armée. Il montre aussi les maigres possessions des Fimbel d’Hattstatt.

Hattstatt_058

« Hattstatt 058 » par Bernard Chenal — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Généalogiquement, il permet de mettre de l’ordre dans les indications de l’oncle et celles trouvées au CDHF ou sur Généanet

Origine Suisse: Les ancêtres étaient bien suisses et de Bremgarten comme je le supposais et non du Valais

Le père de Ignace Francois (1722-1799) Fimbel, qui n’est pas nommé dans le document, est de Bremgarten et semble s’être installé en Alsace avec trois de ses frères: l’un à Blodesheim, le deuxième à Bantzheim et le troisième à Ottmarsheim. Un nouveau frère est donc apparu par rapport au document du CDHF qui n’en mentionnait que deux: Laurent et Quirin.

Hypothèse 1 : on pourrait identifier celui de Bantzheim avec les documents du CDHF : un certain Laurent Fimbel bourgeois de Bantzheim se marie à Kemp avec Anne Marguerite Buckler le 22 janvier 1674. Il est dit fils de Georges.

Hypothèse 2 : Les relevés paroissiaux mentionnent qu’en la paroisse catholique Saint-Maurice de Soultz, Laurent FIMBEL, fils de Jean-Ulrich et de Catherine LANG, en leur vivant conjoints demeurant à Ottmarsheim, épousa Catherine GERBER en février 1781. Jean Ulrich serait le frère inconnu ?

Hans Georg le père de Frantz installé à Fessenheim se marie et finit ses jours à Blodesheim village d’origine de sa femme, ses premiers enfants naissent à Fessenheim, les autres à Blodelsheim. Il est dit « premier de la lignée de Fessenheim. »

Quand à Michel dit originaire de Bantzenheim ( où il habite avec son frère ou cousin? ), il se marie en 1684 à Eschentzwiller puis s’installe à Fessenheim ou il épouse sa deuxième femme en 1700.

Hypothèse 3 : Quirin est-il le frère de Blodelsheim ? Les seules indication sur Geneanet sont celles d’un Quirin né vers 1668 à Bantzenheim, fils de Joachim, Prévôt de Bantzenheim de 1679 à 1719.

Il y a donc, peut-être, deux familles Fimbel à cette époque dans la région.

Par ailleurs, si les trois frères sont, comme l’indique le carnet de l’aieul tous nés à Bremgarten, quel est leur lien avec Frantz FIMBEL, vétéran soldat dragon sous Monsieur RENIAC de Breisach décédé en 1713 à Blodelsheim ( je n’oublie pas que mon oncle faisait l’hypothèse de l’enracinement d’un soldat suisse) et avec Jean Michel FIMBEL garde ou vigile à Hammerstatt décédé à Blodelscheim en 1723?

Soit l’un s’est installé et a fait venir d’autres membres de sa famille depuis la Suisse quand l’occasion s’en est présentée en profitant de l’édit de 1662.

Soit Frantz est le père des quatre frères Fimbel et notre aïeul s’est trompé en rédigeant ses souvenirs : il a fait naître à Bremgarten des ancêtres nés en Alsace dont le père était de Bremgarten et est mort à Blodelsheim.

A suivre….

FIMBEL : La carte d’oncle J

Pour commencer la généalogie Fimbel j’interroge mon oncle qui m’envoie par la poste une carte où il a inscrit ses ascendants.
L’oncle me dit que les premiers Fimbel venaient de Suisse, du Valais, que leur village a brûlé, il ne se souvient pas de son nom.

Eléments de départ. Fimbel.

Eléments de départ. Fimbel.

Ils se sont ensuite installés à Fessenheim puis à Hattstat en Alsace.

Je prends contact avec le centre des familles CDHF du Bas Rhin, (malheureusement fermé depuis juillet 2015). Il y a un certain nombre de Fimbel dans leur base et je commence à construire l’arbre généalogique à partir de ces deux sources.
La théorie de l’oncle est qu’un soldat de la guerre trente ans a fait souche en Alsace. Cela signifierait qu’il s’y est établi après 1648 ou bien, ce qui est aussi possible, que les FIMBEL ( lire aussi Fümpel) ont répondu à l’appel de Louis XIV à repeupler l’Alsace après la guerre de Trente ans et font partie des nombreux suisses qui ont quitté leur pays pour s’y installer. La frontière n’était pas loin, la langue commune ou presque, l’intégration en était sans doute facilitée.

D’où venait donc Hans Georg Pfimbel le premier ancêtre ? Etait-il militaire?

Par le CDHF j’apprends que :
1) «  Le registre paroissial des décès nous fait part, que le 22 mars 1713 est décédé à Blodelsheim, Frantz FIMBEL, vétéran soldat dragon sous Monsieur RENIAC de Breisach. »

2) Un autre cahier recensant les Alsaciens du régiment de cavalerie Helmstadt-Rosen-Wurtemberg montre qu’un Frantz Joseph Fimbel de Fessenheim s’enrôle en 1733 dans le régiment Rosen compagnie du chevalier de Rosen. Et les tables de naissance mentionnent effectivement un François Joseph né en 1710, fils de Hans Georg.

3) Le 4 mai de l’an 1700, le veuf Michel FIMBEL épousa en l’église paroissiale de Fessenheim la célibataire Marie MANN, issue d’une très ancienne famille d’Oberhergheim. Le curé a mentionné dans cet acte de mariage que l’époux venait « d’Eschetswiler » (Eschentzwiller). Michel FIMBEL (FÜMPEL) habitait depuis quelques années déjà Fessenheim puisque deux de ses enfants furent baptisés en ce lieu : Marie-Gertrude en 1688 et Catherine en 1690. Il avait épousé en premières noces dans l’église Saints Pierre et Paul d’Eschentzwiller, en 1684, Jeanne-Françoise RIZART originaire de Bremgarten dans le canton d’Argovie. Leur premier enfant vit le jour à Eschentzwiller et fut baptisé sous les prénoms de François Léon.
Bremgarten est-elle la ville d’origine des Fimbel ? En général les liens entre familles et villages restaient vifs. C’est une hypothèse à prendre en compte mais Bremgarten n’est pas en Valais mais dans le canton d’Argovie.
Quel est le lien entre Michel et Hans Georg ? Peut être cousins car un Francois Léon Rizart est parrain de son fils Georges Léon.

En 2015, une deuxième note du CDH m’apprend que deux frères de Hans: Quirin et Lorentz sont désignés comme tuteurs des huit enfants que Hans Georg a eu avec Anna Maria VONESCH(er) après le décès de celle-ci en 1700 ( en fait selon les archives il y en a deux autres morts en bas âge). Cela n’empêche pas l’ancêtre de reconvoler la même année avec Madeleine SUGER dont il aura neuf enfants: record toute catégorie battu : 19 enfants. Pas étonnant qu’il y ait une multitude de Fimbels de par le monde.

Il est donc probable que l’hypothèse de l’oncle soit correcte à une génération près :

Frantz vétéran décédé en 1713 aurait donc eu pour fils
– Hans Georg
– Quirin
– Lorentz
À vérifier……

4° Enfin, mon aieul Ignatius Franciscus (1722- 1799) est connu comme militaire et vétéran sur les actes de mariage de son fils et sur son acte de décès.
J’ai revérifié mes données en 2015 il y a quelques erreurs (mais ce que j’avais trouvé tient la route) et je tombe par hasard sur l’acte de décès d’Anne Marie Fimbel fille illégitime de Maria Louisa la soeur de mon arrière-grand-père. Le déclarant , Sebastian Abtey, se dit oncle de la décédée. J’en déduis donc que Maria Louisa a eu une histoire avec un Abtey sans savoir lequel.
Geneanet m’apprend que Marie Louise finira par épouser Frantz Nicolas Abtey, 6 ans plus tard en 1872. Ils auront six autres enfants et resteront en Alsace.
Dans la famille de l’arrière grand-père, les hommes ont quitté l’Alsace au moment du conflit avec l’Allemagne en 1870 et opté pour la nationalité française alors que les femmes sont restées en Alsace avec leur époux devenant ipso facto allemandes jusqu’en 1918. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les frères Fimbel semblent avoir gardé peu de relations avec leurs soeurs.
L’oncle me parle d’un carnet noir qu’il conserve précieusement dans un coffre. Il contient semble-t-il la mémoire de la famille ( à suivre…)