Joseph Etienne Aubry peintre normand en rupture de banc

Joseph Etienne était passionné de peinture. Un document familial dit même qu’il fait le voyage d’Italie. Désargenté, il dut vivre de sa peinture ce qui le fit déroger donc perdre son statut de noble puis le retrouver car la dérogeance n’était pas toujours définitive.

Une fois n’ est pas coutume, commençons par l’acte d’inhumation de Joseph Etienne le 23 février 1789, « décédé hier ». Sur cet acte il est nommé écuyer. Sur l’acte de baptème de son petit fils Jean Baptiste en 1784, Joseph est nommé « noble homme », il est nommé sieur mais « père de noble homme Joseph Michel Antoine » lors du mariage de ce dernier en 1783. Il est « sieur » et sa femme « dame » lors du baptème de Jean Michel Antoine en 1755, n’est rien du tout mais qualifié de « peintre » lors du baptème de son deuxième fils, Thomas, en 1760.

Des inconvénients de la vie d’artiste pour un noble du XVIIIème

Lors de son mariage, le 8 novembre 1753 en la paroisse ND rue Froide de Caen, aucune mention particulière d’un état de noblesse, pas même pour son père Jacques Aubry Delanoë, ni pour sa mère, Julie Marie Madeleine Binet tous deux déjà décédés à cette date. Par contraste, dans tous ces registres, les célébrants ne manquent pas d’indiquer les titres des nobles qui se marient ou baptisent leurs enfants dans l’église i.e. noble, dame, écuyer, etc. Il semble donc que Joseph ne soit pas (ou plus) considéré comme noble et que sa noblesse n’ait été reconnue que dans la deuxième partie de sa vie. Une explication se trouve dans l’ouvrage de Gilbert Bodiner (2005) où l’on voit Thomas Aubry, son fils cadet, perdre son emploi de mousquetaire à cause de l’état de peintre de son père. De fait, Joseph Etienne Aubry est qualifié de peintre sur le rôle du vingtième de Carpiquet où il apparaît en 1773 sous le numéro 109 « comme peintre, hériter à cause de son épouse du S(ieu)r Lecanu Descourtchamps, héritier de Thomas Le Canu son père » puis en 1777 comme peintre « possédant maison et jardin et six ares de bonne terre labourable ». Il figure au rôle de la capitation de Caen comme peintre, ainsi qu’en 1773, 1779, 1782 et est domicilié place Royale, paroisse Notre Dame (Bénet, 1899). D’après l’association Cadomus, Joseph Etienne a vendu sa maison de la place Royale et, vers 1780 (les dates correspondent donc à peu près avec les rôles de la capitation), a été construit à sa place l’hôtel Paisant, encore debout après les bombardements de 44.

Dans les nobiliaires du XIXème siècle et le document familial il est précisé qu’un jugement rendu le 11 octobre 1784, par M. Feydeau, intendant de la généralité de Caen l’a maintenu dans sa noblesse. Cela est cohérent avec le changement d’appellation observé cette année là et avec la mention de son fils Thomas comme « écuyer » lors de son mariage en 1791. C’est une information un peu étonnante. D’après l’archiviste des AD du Calvados : il n’est normalement pas du ressort d’un intendant de signer les maintenues de noblesse car la décision dépend du conseil du Roi, a fortiori d’en décider par jugement. En général les actes se trouvent à Paris aux Archives Nationales et sont enregistrées à la Cour des Aides dont le titulaire dépend (Rouen en l’occurence) et dans toutes les autres cours et baillages car la publicité de l’acte doit être maximale notamment pour des raisons fiscales. Il existe un certain nombre d’actes de maintien de noblesse en série B et E à Caen mais les dossiers explorés ne donnent rien. Il n’y a rien en série A. Il me faudra retourner à Rouen rechercher les enregistrements de la cour des aides.

Joseph Etienne est mentionné comme peintre dans plusieurs ouvrages sur les artistes de l’époque:

  • « Peintre travaillant à Caen dans la deuxième moitié du XVIII ème siecle » (Benezit, 1924).
  • « Il prend sous son aile Jacques Noury (1747-1832), qui deviendra un petit maître normand, et lui apprend la peinture jusqu’à sa 20ème année. Il sera son seul professeur… Carpiquet doit à Aubry de La Noë deux des tableaux qui ornent son église. Ces tableaux étaient en 1944 au bas de la nef et doivent être considérés comme des tableaux de valeur. Au sujet de ces deux tableaux, un registre des délibérations de la paroisse de Carpiquet nous apprend qu’en 1776, Aubry de La Noë, peintre de Caen et tréfoncier de la paroisse de Carpiquet, avait été chargé de faire deux tableaux, l’un de saint Martin, l’autre de sainte Anne pour le grand autel qui venait d’être construit, et ce aux frais de la fabrique : « qu’Aubry les a faits de très bon goût et de prix, mais il n’a voulu y en mettre aucun. Il en fait présent à la fabrique. » Sur quoi les paroissiens reconnaissants le déchargent d’une rente de 3 livres qu’il était tenu de faire, pour la place de banc qu’il occupe dans l’église. Ce tableau de sainte Anne figurait à l’Exposition d’art religieux qui se tint à Caen sur le terrain de la Foire-Exposition, place d’Armes, dans la semaine qui a précédé la guerre, en 1939. Il existe dans l’église de Carpiquet un troisième tableau représentant le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste. Les habitants l’attribuent également à Aubry de La Noë » (Bonnel, 1945).

Frédéric Delanoë avait de qui tenir ! Je suis allée à la recherche des tableaux de l’église mais elle était fermée. Il semblerait qu’il ne reste plus rien dans le bâtiment lequel a quand même survécu aux bombardements.

Eglise de Carpiquet. Photo: I Scherer 2019


Via son épouse, Joseph Etienne hérite aussi, après la mort de Thomas Le Canu, de biens dans la paroisse de Verson (Hunger,1908) et le rôle du vingtième indique qu’il est également imposé à Bretteville.

Joseph a donc épousé en 1753 Julie Gabrielle Le Canu d’une famille de notables de Caen. L’acte de mariage indique l’âge approximatif de Joseph en 1753 : 40 ans environ (42 ans si on se réfère à son acte de décès) donc né entre 1710 et 1713 et celle de Françoise Julie Gabrielle, 19 ans environ. Joseph Etienne se marie sur le tard et avec une beaucoup plus jeune femme. Notons que Bonnel (1945) affirme que Joseph était né à Caen en 1711 et que sa femme était âgée de 15 ans et demi lors de leur mariage tandis que Mergnac et al (1993) qui semblent se fonder sur Révérend (1897), donnent une date précise pour la naissance de Joseph : le 24 novembre 1710. Malheureusement les archives sur lesquelles sont basés ces ouvrages écrits avant la première guerre mondiale, n’existent plus tout ayant brûlé pendant la seconde guerre mondiale.

Joseph Michel Antoine semble être le seul fils légitime issu de ce mariage.


Il avait un frère aîné, Charles, cité par Jouglas de Morenas (1975) qui, selon le document familial (qui ne mentionne pas son prénom), n’a pas survécu. Il n’apparait pas dans les autres nobiliaires.

Sources :

  • http://www.cadomus.org/ Contact avril 2019. L’association reconstitue en 3D le Caen d’avant guerre.
  • Benezit, Emmanuel : « Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs & graveurs de tous les temps et de tous les pays ». Tome 1 A-C, Grund ed. 1924, page 262
  • Bénet, Armand : « Note sur les artistes caennais du XVIII ème siècle ». Réunion des sociétés des beaux arts des départements. 1899
  • Bodinier, Gilles : « Les gardes du corps de Louis XVI » Mémoires et documents ed. 2005.
  • Bonnel (colonel) : «Le peintre caennais Jacques Noury (1747-1832)» Bulletin de la société des Antiquaires de Normandie. Séance du 1/12/945. En ligne sur Gallica : ark:/12148/bpt6k96051309. Consultation 9 octobre 2018.
  • Hunger, V : « Histoire de Verson » Brunet ed. 1936. En ligne sur Gallica: ark:/12148/bpt6k5726038j. Consultation 10 octobre 2018
  • Jouglas de Morenas, Henri : « Grand armorial de France » Tome 1. Frankelve et Berger-Levrault ed. 1973
  • Mergnac, Marie Odile, Pirez Marie-Anne, Trouvelot Marie Hélène : « Les Aubry » Archives & culture ed. 1993
  • Révérend, Albert Vt : « Annuaire de la noblesse de France » 1897.

©Isabelle Scherer 2020

Joseph Michel Antoine Aubry : une vie mouvementée

Joseph Michel Antoine Aubry, écuyer, sieur de la Noë, est officier de garnison du régiment de Chartres infanterie. Il est appelé noble homme ce qui est preuve de noblesse en Normandie mais pas toujours ailleurs. La noblesse est confirmée par la mention «écuyer ».

Officier au régiment de Chartre infanterie. Le régiment a été créé le 14 novembre 1691 à Chartres. Le site ancestramil qui recense les fiches du Général Susane sur les divers corps de l’armée française (Susane, 1876), nous explique que :

« Revenu sur le Rhin au commencement de 1758 le régiment de Chartres cessa de faire partie des armées actives et fut exclusivement employé à la garde des places jusqu’à la fin de la guerre… Pour la période qui nous préoccupe, en 1784, le régiment est commandé par Jacques Philippe VERNON du HAGET, il se trouve à Valenciennes puis au Quesnoy en 1785. Le 1er janvier 1784 il se trouve à Charlemont en octobre 1786, à Givet en juin 1787, à Landrecies et Avesnes en mars 1788. Au mois de juillet de cette année il se rend à Blois, et il revenait à Avesnes en octobre. Il fut de là à Givet et à Charlemont en avril 1789, et il revint encore une fois à Avesnes en juin 1790 pour passer à Douai au mois d’octobre.« 
Un document de famille raconte que Joseph Michel Antoine est entré au service comme volontaire, en 1773 et qu’il a été officier dans les régiments provinciaux de Mantes et de Chartres, jusqu’en 1785. Il m’est impossible de vérifier ces informations à Vincennes au Service des armées car les documents concernant ces régiments sont en cours de numérisation mais cela correspond aux indications mentionnées sur les actes de baptème des enfants.

Propriétaire terrien

Le document raconte ensuite qu’il s’est installé à Tourlaville en forêt de Brix, où il prit des terres « en fief » du comte de Provence et a créé la ferme de l’Aubrisserie dont la perte est toujours dans la mémoire familiale.

Ces éléments semblent exacts. En effet :
Ses deux derniers fils sont nés à Tourlaville qui est, à cette époque, en pleine forêt de Brix.
L’histoire du comte de Provence semble réelle : « Forêt royale, autrefois immense, qui couvrait jusqu’au début de l’époque moderne une grande partie du Cotentin, la forêt de Brix a été progressivement défrichée, les derniers pans étant aliénés par Louis XIV au profit de Phélipeaux, puis revendue à Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence, frère de Louis XVI qui la sous-inféode à des défricheurs. »
L’Aubrisserie figure sur le cadastre Napoléonien de Tourlaville (1814) près de la Glacerie aujourd’hui sur la commune de Cherbourg. Cette propriété est tellement mythique dans la famille que je décide d’en avoir le coeur net et prends rendez-vous avec l’actuelle propriétaire qui ne peut m’en dire plus. Il ne reste pas grand chose du lieu qu’a connu Joseph Michel Antoine mais l’allée figurant sur le cadastre existe toujours et la disposition des bâtiments est la même.

La ferme est assez isolée, le défrichage de la forêt se sent encore. La propriétaire m’a raconté que le toit était tenu par des troncs d’arbres entiers (malheureusement enlevés depuis) lorsqu’elle a repris les bâtiments qui étaient en ruine. Les bois commencent à quelques centaines de mètres…

Royaliste

Joseph Michel Antoine doit choisir entre la royauté et la République et il choisit la royauté. Le nobiliaire universel de France (Viton de Saint Allais,1836) indique qu’il fût chef de division des armées catholiques et royales de l’ouest en 1790, le Bulletin de l’Avranchin nous apprend que « rentré d’émigration en 1796, il organisa la division de Dives et fut arrêté en 1804 pour la conjuration de Cadoudal. La restauration le nomma gouverneur d’un des palais royaux».

Quelle trace trouve-t-on de son émigration ?

La chouannerie normande est moins connue que celle de Bretagne ou de Vendée. Elle est menée par Louis de Frotté lors de deux campagnes (1795-1796) et (1799-1800). Michel Antoine Joseph aurait donc participé à la deuxième. De fait, son nom est mentionné dans l’ouvrage de La Sicotière (1889) sur Louis de Frotté l’un des chefs de l’insurrection normande et dans les mémoires de deux chouans : Michelot Moulin (Moulin,1893) et Billard de Veaux, (Billard de Veaux, 1814) mais de façon peu flatteuse. Le premier mentionne que la division de Dives, organisée avec Bruslart « ne rendit que peu de services au parti », le second partage la même opinion : « Deux jours après, (Monsieur de Montciel) m’écrivit pour m’engager à passer chez lui aux Tuileries sur les huit heures du soir. Je m’y rendis avec M. de Lanoë-Aubry qui m’avait prié de le lui présenter. (Il ne m’a pas présenté depuis à ses connaissances, lui qui en avait de si bonnes et qui avait fait si peu de choses, pour ne pas dire rien!) ». Billard de Veaux ne l’apprécie pas du tout et en parle plusieurs fois de façon méprisante dans ses mémoires (mais il en est ainsi pour la plupart de ses anciens camarades). Joseph Michel Antoine ne lui en veut pas puisqu’il fait partie des « officiers supérieurs de l’armée catholique et royale de Normandie » signataires des états de services de Billard de Veaux, le 13 juin 1814. D’après le Bulletin de l’Avranchin, Joseph Michel Antoine est ensuite pris dans la deuxième conjuration de Cadoudal contre Bonaparte.

Avec quelques conjurés Cadoudal tente de mettre au point un plan visant à enlever Bonaparte et à le livrer aux Britanniques. Il gagne à sa cause le général Jean-Charles Pichegru mais ne parvient pas à s’entendre avec le général breton et très républicain Jean Victor Marie Moreau.Trahi, Cadoudal est arrêté par la police de Fouché le 9 mars 1804. Du 27 mai au 9 juin il est jugé avec plusieurs autres conjurés, il reconnait avoir comploté contre le premier consul mais nie avoir participé à l’attentat du 24 décembre 1800. Cadoudal est finalement condamné à mort, ainsi que 12 autres conjurés, et exécuté le 25 juin 1804. » La consultation de l’acte d’accusation de Cadoudal ne me permet pas de retrouver le nom de Joseph Michel Antoine parmi les accusés ce qui laisse penser qu’il a joué un rôle mineur dans cette affaire.


Gouverneur

Puisque Joseph Michel Antoine a émigré, l’Aubrisserie a peut-être été vendue comme bien national. Malheureusement la liste des biens nationaux n’existe plus pour Tourlaville. Si cela n’a pas été le cas, participer à une conspiration contre Bonaparte n’était pas la meilleure façon de se voir restituer ses biens.
Après la restauration, en 1814, Joseph Michel Antoine est dit gouverneur d’un des palais royaux, celui de Rambouillet selon le document familial (il existe une section « Maison du Roi » aux AN de Pierrefite qui sera à explorer lors d’un prochain voyage en France pour en avoir la preuve). Il est fait chevalier de Saint-Louis le 20 août de la même année et se retire à Caen où il meurt le 20 février 1836. L’acte de décès mentionne que Joseph Michel Antoine était né dans la paroisse Saint Jean de Caen et qu’il est âgé de quatre vingt ans, neuf mois. Son acte de baptème date du 26 mai 1755. Le parrain est Guillaume Leroy, la marraine Marguerite Lecarpentier qui signent tous les deux.

Mariage

Il avait épousé Marie Anne Angélique Duprey le 19 février 1783 à Carpiquet (Calvados) et obtenu pour cela, une dispense de bans enregistrée au greffe des insinuations du diocèse de Bayeux. De ce mariage naissent trois enfants :


La dernière adresse du couple est le 37 rue de Bretagne, Bourg l’Abbé.

Sources:

https://www.ancestramil.fr/cms/recherche-au-shd-vincennes.html Consultation 4 octobre 2018.

Archives départementales du Calvados

Frederic Delanoë (1789 – 1861) peintre d’histoire

Frédéric est né à Tourlaville  le 8 juillet 1789. Comme ses frères Jean Baptiste Joseph et Antoine,  il vit à Valognes avec sa mère Angélique Duprey de Mesnillet pendant la Terreur,  retourne travailler la terre de l’Aubrisserie à l’adolescence puis doit vite trouver un emploi.

Doué pour le dessin, peut-être inspiré par les oeuvres de son grand-père Joseph, il devient l’élève de David. Il signera d’ailleurs une pétition  des anciens élèves du maître à Louis XVIII pour demander le retour en France du peintre émigré, sans résultat. (5)

Peintre d’histoire, il expose au Salon de Paris de 1822 à 1838. En 1830 il quitte Paris au moment de la révolution de juillet qui voit la chute de Charles X et s’installe à Pontlevoy près de sa belle-mère. De 1835 à 1846, il est professeur de dessin au collège de Pontlevoy et a laissé plusieurs fresques dans la chapelle de l’établissement. Cet emploi ne suffit pas à nourrir sa famille. De retour à Paris, il habite rue d’Enfer ( où se trouve maintenant l’école des Mines boulevard Saint Michel)  et obtient la charge de commissaire du Gouvernement aux chemins de fer de Sceaux en 1848. Il a près de 60 ans. Il meurt à Paris le 24 septembre 1861.

Il épouse sa cousine germaine, Louise Adelaïde Duprey de Mesnillet ( 1794-1852) le 23 mars 1823.

De cette union naîtront  quatre enfants :

Paul Emile en 1826. Il semble être mort dans l’enfance

Pauline en 1827.  Célèbre pour sa beauté, elle meurt à 19 ans en 1847 à Paris.

Sophie (1828-1900)

Albert (1841- 1885)  sujet d’articles précédents voir ici et ici

Liste des oeuvres (4)

Date inconnue

  •  Philippe d’Orléans. Musée de Versailles (4)
  • Femme dans un intérieur
  • Portrait du Roi Louis Philippe. Musée de Vernon (27)
  • St Vincent de Paul prêchant à des villageois. Eglise Saint Germain l’Auxerrois, Paris (4)
  • Portrait de sa fille Sophie
  • Portrait de son neveu

Date connue :

  • 1818 Mort d’Alcibiade (1)
  • 1819  Tobie
  • tobie
  • 1821 Cephaîe et Procris (1)
  • 1822 La mort de Procris (présenté au salon de 1822) (2)
  • 1824 Mort d’Héraclée
  • 1827 Sainte famille. Eglise Saint Jacques du Haut-Pas, Paris. (4)
  • 1827 Saint Jean écrivant l’Apocalypse à Patmos. Cathédrale de Montauban.
  • 1830 Portrait de femme en pied
  • 1834 Portrait du cardinal d’Amboise
Georges Ier, cardinal d'Amboise (1460-1510)

 

Vouet Simon (1590-1649) (d’après) Georges Ier, cardinal d’Amboise (1460-1510) Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon Photo (C) RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

1835

  • Portrait de Pauline Delanoë sa fille.
  • Jean-Mathieu-Philibert Sérurier, lieutenant-colonel au 68e de ligne en 1792 (1742-1819). Musée de Versailles.
Delanoe Frédéric (1800-vers 1870). Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon. MV2390.

Delanoe Frédéric 
Jean Mathieu Philibert Serurier (1742-1819)
Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon
Photo (C) Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Sources :

(1) Augustin Deloye. « Notice des tableaux exposés dans les galeries du Museum-Calvet à Avignon » Publié sous les auspices de l’administration du MuséeSeguin frères, ed. 1872

(2)  C.P. Landon « Annales du Musée et de l’École moderne des beaux-arts: Recueil du salon de 1822 ». Bureau des annales du Musée ed. 1822

(3) Charles Gabet. « Dictionnaire des artistes de l’école française, au XIXe siècle: peinture ». Madame Vergne ed. 1831.

(4) Bénézit, Emmanuel. « Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs & graveurs de tous les temps et de tous les pays ». Vol 2. Ernest Gründ ed. Paris. 1924

(5) L’intermédiaire des chercheurs et curieux : questions et réponses, communications diverses à l’usage de tous, littérateurs et gens du monde, artistes, bibliophiles, archéologues, généalogistes, etc.. Vol 18. Paris, 1913.

©Isabelle Scherer

Jean Baptiste Aubry : une mort sociale

Jean Baptiste Joseph est né à Carpiquet, Calvados, le 9 février 1784. Il y est baptisé le lendemain. Comme le précise l’acte de baptème, son parrain et sa marraine sont ses grands-parents : noble homme Joseph Aubry aïeul paternel d’une part, Dame Marie Jean Baptiste Autin, épouse d’Olivier Jean Duprey, officier d’infanterie, aïeule maternelle de l’autre. Jean Baptiste prend donc l’un des prénoms de sa grand-mère, très masculin, Jean Baptiste, et celui de son grand-père Joseph. L’acte précise aussi le nom des parents : noble homme Joseph Michel Antoine Aubry, sieur de la Noë, officier de garnison du régiment de Chartres Infanterie et de Madame Marie Anne Angélique Duprey « de cette paroisse ».
Par sa naissance, Jean Baptiste Joseph fait donc partie de la noblesse normande et c’est avec cette étiquette qu’il va devoir traverser la Révolution. Il a dix ans au moment de la Terreur.
En 1789 et sans doute avant, la famille a quitté le Calvados et s’est établie à Tourlaville dans la Manche. Elle s’y trouve en 1792.
De là, la trace de Jean Baptiste Joseph se perd jusqu’en 1821. Etant de la classe 1804 (an XII), il a dû faire les guerres napoléoniennes mais les conscriptions et levées d’hommes de la classe 1804 n’existent plus pour Tourlaville ou Cherbourg, elles ont été brûlées en 44. En ce qui concerne Carpiquet (ville rattachée à Caen car les deux communes sont voisines), la plupart des documents datent de la Restauration. A tout hasard, j’ai consulté les éléments les plus anciens en particulier ceux concernant la garde nationale de Caen qui avait envoyé un contingent à Cherbourg, sans résultat. A 15 ans, Jean Baptiste Joseph aurait pu rejoindre l’armée de Condé ou se battre avec la chouannerie mais je n’ai, à ce jour, trouvé, aucune trace de sa présence. Les ouvrages anciens se concentrent sur les officiers.

Il a laissé le souvenir d’un grand chasseur et d’une vigueur peu commune qui lui permit un jour de ramener sur la route, en le prenant par le garrot, son cheval tombé avec lui dans le fossé.

Jean Baptiste Joseph se trouve à Rugles (Eure) en 1820 et y exerce le métier de receveur des contributions indirectes.
Une page des archives départementales des Yvelines explique l’histoire de la profession de receveur des contributions indirectes :

« Supprimé, en même temps que ces impôts, par les décrets des 19-25 février et 2-17 mars 1791, le service des contributions indirectes est rétabli sous la dénomination de par la loi du 5 ventôse an XII. Ses attributions sont : les voitures publiques, la garantie des matières d’or et d’argent, les cartes, l’octroi de la navigation, les boissons (vins, liqueurs, cidres, poirés, bières, vinaigres) et les distilleries, les tabacs, les sels, les poudres et salpêtres, les octrois municipaux et de bienfaisance.
Régie des Droits Réunis
Ayant conscience de l’impopularité de tels droits auprès de la population, particulièrement ceux portant sur les boissons, Louis XVIII promet leur suppression, mais les difficultés financières de l’État ont raison de son engagement. Il change alors le nom du service à laquelle il joint, en 1814, la Régie des douanes qui en sera cependant à plusieurs reprises dissociée : d’abord par le décret du 25 mars 1815, jusqu’au décret du 27 décembre 1851 qui les réunit à nouveau …, avant que le décret du 19 mars 1869 ne les sépare à nouveau…; À la multitude des droits, répond une organisation complexe, dont l’architecture reste globalement la même tout au long des XIXe et XXe siècles. La direction générale des contributions indirectes dépend du ministère des finances. Il y a une direction par département siégeant généralement au chef-lieu
. »
Jean Baptiste Joseph exerce le métier de collecteur d’impôts mais il ne l’exerce pas au chef lieu du département, Evreux. Il a donc un emploi moins important dans la hiérarchie administrative. La lecture du Bulletin des Lois de 1855 qui énonce les pensions nous apprend qu’il était receveur à cheval c’est à dire qu’il allait par ce moyen recueillir les impôts directement auprès des contribuables. Je pense à l’ anecdote qui le décrit traînant son cheval et à ce que les livres d’histoire régionale écrivent sur l’importance de la forêt et des chevaux à Rugles.
Lors du mariage de son frère en 1822, Jean Baptiste Joseph est témoin et cité comme «chevalier du Lys ».


La décoration du LYS
Par ordre du jour, le 9 mai 1814, le roi Louis XVIII approuve la création de la Décoration du Lys en l’étendant à l’ensemble des gardes nationales de France (ce n’est pas un ordre comme celui de la Légion d’honneur). Elle était remise aux gardes nationaux après avoir prêté le serment suivant : « Je jure fidélité à Dieu et au Roi pour toujours. » L’attribution de la Décoration du Lys entraînait la remise d’un brevet officiel. Assurant à la nouvelle monarchie la fidélité de l’élite sociale grâce à ce simple honneur, l’attribution de la Décoration du Lys sera répandue dans toutes les régions de France puisque des délégations de pouvoir furent données successivement aux généraux, aux ministres, aux préfets et enfin aux maires… Interdite pendant les Cent-jours, puis remise à l’ordre du jour lors de la Seconde Restauration, c’est sous Louis-Philippe, par ordonnance datée du 10 février 1831, que sera définitivement supprimée la Décoration du Lys (Wikipédia, consultation Novembre 2018.)

C’est à tort que la mention « chevalier » est utilisée, elle semble plutôt le fait des milieux royalistes car il ne s’agit que d’une décoration et non d’un ordre de chevalerie, ce que confirme un courriel de l’archiviste de la Légion d’honneur qui oriente mes recherches vers le site des Archives Nationales (AN) à Pierrefite où il n’est malheureusement pas possible d’en savoir plus sur les raisons qui ont motivé l’attribution de cette décoration à Jean Baptiste.
Pendant sa vie professionnelle, il habite rue de la Bové mais c’est au hameau de Sainte Opportune, à quelques kilomètres de là, qu’il meurt le 27 décembre 1854.

Mésalliance :

Le document familial fournit quelques informations sur Jean Baptiste
« Jean Baptiste Joseph, l’aîné, chevalier du Lys, né en 1784, mourut en 1825 sans alliance …Il eut deux bâtards, Frédéric et Pauline qu’il reconnut in extremis et dont la trace est perdue depuis longtemps. »

Or il a épousé à Rugles le 18 mars 1835. Julie Mary, fille d’un garde champêtre de Curcy (Orne). Et le document familial raconte que les Aubry sont marquis de Curcy … La nouvelle mariée ne devait pas entrer dans les critères de sélection des épouses de la famille.

Le mariage civil est suivi d’un mariage religieux dix jours plus tard en l’église de Rugles. Aucun parent n’est présent ni ne signe que ce soit à la mairie ou à l’église.

L’acte de mariage du couple mentionne que les conjoints reconnaissent à cette occasion deux enfants, « Frédéric » Hyppolite Joseph né en 1821 et Rose Pauline, née en 1823. Particularité : Julie n’est pas leur mère. La mère de Frédéric se nomme Marie Adrienne Dufour, celle de Rose Pauline, Julie Marie Saint-Jean, le père étant Jean Baptiste Joseph. Les conjoints demandent que Julie Mary soit reconnue comme la véritable mère des deux enfants.

L’histoire familiale est donc fausse : Jean Baptiste Joseph est censé être mort au moment de son mariage et avoir reconnu ses enfants sans être marié juste avant de mourir. D’une certaine façon, la date de son mariage est celle de sa mort familiale. Ce mensonge me fait douter de la véracité des informations contenues dans mon document et montre le poids que pouvait avoir une mésalliance.

Celle-ci aura des conséquences terribles sur le couple et sur les enfants qui s’enfoncent dans les difficultés financières et restent coupés de la famille. A sa mort Jean Baptiste ne laisse quasiment rien à son fils et rien à sa fille.

  • Rose Pauline meurt sans alliance et indigente à Rouen en 1873
  • Frédéric Hippolite Joseph pourtant bien inscrit par son père dans la lignée familiale puisqu’il porte le prénom de ses oncles et de son grand-père, poursuit une modeste carrière de receveur. Son petit-fils Victor Frédéric Jules sera le dernier de la lignée Aubry-Delanoë en Normandie. La descendance de sa petite fille Marie Juliette Valentine Aubry-Delanoë se poursuit jusqu’à nos jours.

©Isabelle Scherer