Joseph Michel Antoine Aubry de la Noë (1755-1836)

Joseph Michel Antoine Aubry dela noe

Fils de Joseph Etienne Aubry de la Noë et de Françoise Julie Le Canu, Joseph Michel Antoine (Antoine semble être son prénom usuel) est baptisé dans l’église Saint Jean de Caen le 26 mai 1755 (1).

Il embrasse la carrière militaire:

Entré au service comme volontaire, 1773; il est officier au bataillon de garnison du régiment de Chartres-infanterie lors de son mariage le 19 février 1783 à Carpiquet avec Marie Anne Angélique Duprey dame de Mesnillet (1758-après 1841) (2), (3), (4).

« Leurs dots étaient modestes et l’avenir d’un lieutenant d’infanterie s’annonçait peu brillant quand un avis paru dans les journaux  fit savoir que le comte de Provence qui avait à son apanage la forêt de Brix, la fieffait et donnerait la préférence aux officiers de l’armée » (5).

Antoine donne donc sa démission en 1784 et va s’installer à Tourlaville, triage de La Glacerie, près de Cherbourg dans la Manche. Antoine y construit la maison de l’Aubrisserie.

Je ne sais si cette maison existe encore aujourd’hui mais la ferme oui. On peut la voir sur Googlemap.

« Le lot étant considérable pour qu’il put l’exploiter en entier, il garda pour lui environ 50 hectares et sous-fieffa le reste en demeurant seul responsable du paiement de la redevance annuelle au mandant du Comte de Provence »

Il conserve ses terres de Carpiquet où on le trouve 1789 inscrit au rôle de la capitation des nobles de cette ville pour 42 livres.

C’est dans la Manche que la révolution les retrouve. Non inquiété jusqu’en 1792, Antoine est prévenu d’une arrestation imminente en janvier 1793 et part en pleine nuit, avec sa femme et ses trois enfants se réfugier à Valognes.  Angélique et les enfants furent cachés au couvent des Cordeliers (bien National depuis 1791 qui n’existe plus aujourd’hui) par le sieur Manchon, un révolutionnaire nommé représentant du peuple, à condition qu’Antoine quitte la ville.
Ce dernier émigre, rejoint l’armée catholique de l’Ouest où il devient chef de division puis colonel. Après l’exécution de Robespierre, le 27 juillet 1794, la situation semble se calmer. Angélique et ses enfants regagnent l’Aubrisserie laissée à l’abandon.

 » C’est à grand peine que l’on put se procurer les chevaux et le bétail, en un mot tout ce qui est nécessaire à une exploitation agricole ».

Antoine reviendra en 1796 date où il demande un congé illimité de l’armée. Il reste en contact avec ses anciens camarades de l’armée catholique. C’est l’époque de la seconde Chouannerie Normande (1799-1800) et,  dès 1798,  il organise la division de Dives avec Monsieur de Bruslart.

 » Elle avait pour chef, dans la seconde guerre ( la seconde Chouannerie), Aubry de la Noë, et pour commandant en second, le chevalier de la Porte; tous deux anciens officiers, mais étrangers à la première guerre…un aumônier (l’abbé Poret) et 3 capitaines, dont l’un, Devox, était un ancien sergent républicain qui avait déserté avec presque toute sa compagnie. Elle ne rendit que peu de services au parti » (5).

Georges_Cadoudal_Coutan

Georges Cadoudal Coutan Par Amable Paul Coutan (1792-1837) — Musée d’art et d’histoire de Cholet,

En 1803, certaines sources le présentent comme impliqué dans l’affaire Georges Cadoudal, dont l’objet était d’enlever Bonaparte. Evénement à la suite duquel il est  arrêté à Caen, enfermé au Temple puis exilé en 1804 (7). Dans quel pays se réfugia-t-il ? Sans doute l’Angleterre où se trouvait toute la cour en exil mais je n’en trouve pas trace.

Il est de retour à L’ Aubrisserie en 1808 où il se voit expulsé de ses terres car il n’avait pas payé sa redevance depuis 1792. Il aurait pu le faire pour lui même mais ne pouvait le faire pour ses sous- fieffés. Ceux-ci ne voulant payer, c’est lui qui fut expulsé. Les chroniques familiales estiment que c’est le fruit de la cupidité des gens pour la belle ferme qu’était devenue l’Aubrisserie et parce qu’Antoine était royaliste.

« C’était si bien lui seul qui était visé, qu’on s’arrangeat pour faire savoir à ses débiteurs ( les sous-fieffés)qu’ils n’avaient pas à se préoccuper de payer Monsieur de la Noë, qu’ils ne seraient pas inquiétés Pas un seul ne paya et certains eussent pu le faire aisément. Mon grand-père fut poursuivi, saisi et expulsé »

Les récits familiaux ne mentionnent pas l’affaire Cadoudal, ni la Chouannerie, ni l’exil. Or cela a sans doute été, en 1808, un facteur de la sévérité dont il fut l’objet de la part de l’administration Napoléonienne.

La famille se trouve alors plongée dans la misère. Les deux aînés partent à l’aventure subvenir à leurs besoins tandis que le benjamin est berger (et toujours illettré à l’âge de huit ans).

Après la restauration, en 1814, Antoine reçoit de l’administration de Louis XVIII, une retraite de lieutenant colonel et est fait chevalier de Saint-Louis.

Billard de Vaux, dans ses mémoires qui sont passionnantes, ne le présente pas sous un très bon jour et est féroce à l’égard de Bruslart. « M. de Montciel me pria de lui faire un rapport détaillé sur l’esprit de mon pays, sur les autorités civiles et militaires bonnes à conserver ou à renvoyer je le rédigeai de mon mieux et en homme d’honneur, et le lui remis le 12 au soir. Deux jours après, il m’écrivit pour m’engager à passer chez lui aux Tuileries sur les huit heures du soir. Je m’y rendis avec M. de Lanoë-Aubry qui m’avait prié de le lui présenter. (Il ne m’a pas présenté depuis à ses connaissances, lui qui en avait de si bonnes et qui avait fait si peu de choses, pour ne pas dire rien !) » (6)

Présenté au frère du Roi, futur Charles X, il est nommé gouverneur en second du château de Rambouillet lorsque ce dernier monte sur le trône.

« Le gouverneur, le duc de Durfort pair de France, venait assez rarement au château et c’est, en réalité, mon grand-père qui assurait les services ».

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Cjâteau de Rambouillet.  François Philipp, CC BY-SA 3.0,

Antoine meurt au village de Bourg l’Abbé, maintenant un quartier de Caen, 35 rue de Bretagne, le 20 février 1836.

Sa femme reçoit 500 f de pension annuelle en tant que fille d’émigré et 400 en tant que femme d’un « colonel vendéen » en 1831  (8)

Les trois garçons issus de  son mariage avec Marie Anne Angélique Duprey

  • Jean Baptiste Joseph (1784-1824)
  • Antoine Olivier Frédéric ( 1789-1861)
  • Jean Antoine Hippolyte (1792-1870)

feront l’objet d’une prochaine rubrique.

Sources:

(1) Acte de baptème

(2) Louis de Frotté et les insurrections normandes, 1793-1832 / par L. de La Sicotière,… – T2

(3) Mémoires de Michelot Moulin sur la chouannerie normande / [publ. pour la Société d’histoire contemporaine] , [préf. L. Rioult de Neuville]

(4) Acte de mariage

(5) Mémoires familiales

(6) Mémoires ou biographie des personnes marquantes de la Chouannerie et de la Vendée pour servir à l’histoire de France et détourner les habitants de l’Ouest de toute tentative d’insurrection. par Billard de Veaux, Robert Julien, dit Alexandre. (État de 1814 ;  t. I, p. 53, 206 ; t. II, p. 195 ; t. III, p. 379, 394, 411, et Titres et corresp., p. 17.)

(7) Revue de l’Avranchin: bulletin trimestriel de la Société d’archéologie, de de littérature, sciences et arts d’Avranches et de Mortain. (Volume 9-10) , 1898.

(8) Liste générale des pensionnaires de l’ancienne liste civile, avec l’indication sommaire des motifs de la concession de la pension…. T. 2.  1833. En ligne sur Gallica.