Jacques I Aubry de la Noë (1670-?) et son fils Joseph-Etienne (1710-1789)

Jacques I est encore moins connu que son père Philippe Aubry. De lui, les papiers de l’oncle mentionnent « il fut prodigue et des biens autrefois considérables que sa famille possédait, il dissipa en grande partie ce qui restait à la mort de son père ». 

Né en 1670, il épouse Madeleine Binet de Montifray le 23 septembre 1708. On en sait davantage sur cette famille qui est originaire de Beaumont la Ronce près de Tours. Montifray appartenait à la famille Binet depuis au moins 1535 (1) famille qui possède aussi La Bottière, Nitray, Valmer, Pichaudière, Andigny etc… et fait ses preuves de noblesse devant la chambre de Bretagne en 1669 (2).

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Armes de la famille  Binet

Madeleine meurt jeune en 1711, quelques temps après la naissance de son deuxième fils Joseph Etienne.

Son fils premier né, dont on ne connaît pas le prénom, lui survivra un an et meurt à l’âge de trois ans, en 1712.

Jacques ne se remarie pas mais, dit la chronique de l’oncle, « Il paraît avoir doté ses bâtards et laissa un patrimoine réduit à son fils Joseph Etienne ».

C’est tout ce que je sais de lui. Toute nouvelle information est la bienvenue.

Joseph Etienne né à Caen le 24 novembre 1710, semble avoir dépensé le « patrimoine réduit » puisque la chronique poursuit: « généreux, prodigue même, il dissipa en partie ce que son père lui avait laissé du patrimoine de ses ancêtres, bientôt réduit au domaine et au manoir de la Noë aujourd’hui détruit- près de Bernières sur la côte normande, un bel hôtel sur la place royale de Caen et quelques terres éparses à Carpiquet ».

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Caen Place Royale à la belle époque. Source 

Le besoin d’argent est pressant car, en 1768, Joseph Etienne vend sa peinture pour vivre: il figure au rôle de la capitation de Caen comme peintre, ainsi qu’en 1773, 1779, 1782.  Il possédait « maison, cour et jardin et 6 acres de terre labourable ». Il est domicilié place Royale, paroisse Notre Dame (4).  Il figure aussi aux 20ème de Carpiquet en 1773 c’est à dire qu’il doit une somme égale au vingtième de son industrie »(4).

La capitation est payée par tous : nobles, bourgeois, artisans etc. et les classes d’imposition se font par catégorie professionnelle. Joseph Etienne apparait dans celle de l’industrie comme peintre. Sa situation financière est si mauvaise qu’il semble avoir « dérogé », c’est-à-dire qu’il s’est mis à faire commerce de son art, chose interdite aux nobles sous peine de perdre leurs privilèges et particulièrement celui d’être dispensé du paiement de la Taille. Pour en savoir plus sur la dérogeance, cliquer ici .  Cette activité nuit à son fils Thomas Aubry de la Noë seigneur du Ronceret, garde du corps de Louis XVI: « Gendarme surnuméraire de la compagnie anglaise le 9 mars 1779, en pied le 1er avril suivant ; reçu dans la compagnie de Luxembourg le 2 octobre 1784, fut rayé au cours du quartier du 1er avril 1785 ayant été jugé ne pouvoir y rester en raison de l’état de peintre qu’exerçait son père. » (5). Ceci est en contradiction avec la chronique de l’oncle et les nobiliaires qui indiquent que Joseph Etienne fût maintenu dans sa noblesse par jugement rendu par Feydau, intendant de Caen, le 11 octobre 1784 (6). Si l’activité interdite cessait, le déchu pouvait retrouver sa condition de noble.

Le goût d’Etienne pour la peinture vient peut-être du voyage qu’il effectua à Rome. La chronique dit qu’il en rapporta son premier tableau. Très cultivé, avant-gardiste, fréquentant artistes et gens de lettres, il fût encouragé par la duchesse de Châteauroux (Marie-Anne de Mailly Nesle (1717-1744)). On se souvient que son grand-père, Philippe Aubry de la Noë était trésorier du Duc de Mayenne, Armand Charles de la Porte de la Meilleray , l’arrière-grand-père des soeurs Mailly Nesle .

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Marie Anne de Mailly Nesle par Nattier

 

La chronique dit aussi qu’il fût l’amant de Marie Françoise Renée de Forcalquier, un (court) temps maîtresse de Louis XV, qu’il se plaît à la cour et passe beaucoup de temps à Versailles. Deux informations  semblent sujettes à caution:

Madame de Forcalquier par Nattier

Madame de Forcalquier par Nattier

1) Il serait rentré à l’Académie Royale en 1771. Cela me semble impossible : il a déjà 60 ans, est un peintre établi. Il me semble que l’oncle le confond avec Etienne Aubry (1745-1781)  qui entre à l’académie en 1771 comme portraitiste. Joseph Etienne n’apparaît dans aucune liste d’élèves de l’Académie (9).

2) Il aurait été pressenti pour le poste d’intendant de Guyenne qu’il aurait refusé et celui-ci serait allé à Monsieur de Tourny.

Louis Urbain Aubert de Tourny (1695-1760) a été nommé intendant de Guyenne en 1743 alors que Joseph Etienne a 32 ans et est, à ma connaissance, sans grande expérience administrative contrairement à Aubert. A la mort de ce dernier, en 1760, c’est son fils Claude Etienne Aubert qui hérite de la charge d’intendant. Est-ce à ce moment là que Joseph Etienne a été pressenti ? Cela aurait fait du bien aux finances familiales…

 Après la mort de Louis XV en 1774, Etienne retourne en Normandie où il avait épousé le 8 novembre 1754 à Caen, église ND rue Froide, Françoise Gabrielle Julie Le Canu (1737-1813), une jeune fille de Carpiquet âgée de 15 ans 1/2 ( lui a 42 ans !!). Le père de Francoise, Thomas Le Canu, avait acheté à Carpiquet une propriété appartenant à la famille Ruel de La Motte. La chronique nous dit que Françoise Gabrielle ne quitta jamais Caen et ne semble pas avoir été heureuse…

Joseph Etienne décore l’une des salles de l’habitation de son beau-père, où l’on voyait encore, en 1944, les peintures qu’il exécuta. « Cette salle fait partie des bâtiments de la ferme longtemps exploitée par M. Baudoin« (7).

Il prend sous son aile Jacques Noury (1747-1832), qui deviendra un petit maître normand, et lui apprend la peinture jusqu’à sa 20ème année. Il sera son seul professeur (6).

« Carpiquet doit à Aubry de La Noë deux des tableaux qui ornent son église. Ces tableaux étaient en 1944 au bas de la nef et doivent être considérés comme des tableaux de valeur. Au sujet de ces deux tableaux, un registre des délibérations de la paroisse de Carpiquet nous apprend qu’en 1776, Aubry de La Noë, peintre de Caen et tréfoncier de la paroisse de Carpiquet, avait été chargé de faire deux tableaux, l’un de saint Martin, l’autre de sainte Anne pour le grand autel qui venait d’être construit, et ce aux frais de la fabrique : « qu’Aubry les a faits de très bon goût et de prix, mais il n’a voulu y en mettre aucun. Il en fait présent à la fabrique. Sur quoi les paroissiens reconnaissants le déchargent d’une rente de 3 livres qu’il était- tenu de faire, pour la place de banc qu’il occupe dans l’église. » Ce tableau de sainte Anne  figurait à l’Exposition d’art religieux qui se tint à Caen sur le terrain de la Foire-Exposition, place d’Armes, dans la semaine qui a précédé la guerre, en 1939. Il existe dans l’église de Carpiquet un troisième tableau représentant le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste. Les habitants l’attribuent également à Aubry de La Noë »(6). Tout a été enseveli sous les bombes du débarquement mais peut-être quelques tableaux ont-ils survécus ailleurs qui sait?

Etienne meurt le 22 février 1789 à Carpiquet où il est enterré .

francenormandiecarpiqueteglise

Eglise Saint Martin de Carpiquet. Source : Ikmo-ned (Own work) Wikimedia Commons.

Il laisse deux fils :

  1. Thomas Antoine Aubry de la Noe (1760-1795)

« Après avoir été contraint de quitter son corps d’armée, il émigra en décembre 1791, servit à l’armée des Princes dans la 3e compagnie des gendarmes bourguignons des hommes  d’armes, entra à l’armée de Condé le 31 juillet 1794 et y mourut l’année suivante lors du siège de Mainheim en janvier 1795″(5). Thomas avait épousé le 15 février 1791 à Caen, Cécile Félicité Le Romain, (vers 1772-An III) dont il eût une fille, Monique Perrine Aubry de la Noë du Ronceret (1791-?) qui épousa, en 1808 à Carpiquet, Jean Nicolas Cauvet Duhamel.

2. Joseph Michel Antoine (1755-1836) qui fera l’objet d’un prochain article.

 

 

Sources:

(1) Bulletin de la Société archéologique de Touraine, juillet 1915

(2) Georges Le Gentil de Rosmorduc, La noblesse de Bretagne devant la Chambre de la Réformation 1668-1671, t. IV, p. 21-35.en ligne sur Tudchentil.org, consulté le 6 décembre 2016.

(3) Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie.  1942

(4) Note sur les artistes caennais du XVIII ème siècle. Armand Bénet. Réunion des sociétés des beaux-arts des départements. 1899.

(5) Les gardes du corps de Louis XVI, Gilbert Bodinier, ER ed, 2005.

(6) Nobiliaire universel de France, ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume (Volume 10) par  Saint-Allais, Nicolas Viton de, 1773-1842

(6) Annuaire des cinq départements de Normandie.

(7) Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie . Séance du 1er décembre 1945.

(8) Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790. Calvados. Archives civiles. Série E supplément (Volume 1-2).

(9) L’Académie royale de peinture et de sculpture : étude historique  par Ludovic Vitet,
Michel Lévy frères ed (Paris), 1861.

 

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